
En Inde, l'État du Karnataka comprend cinq districts qui ont dans le passé été à la fois sujets aux sécheresses et tributaires d'une agriculture pluviale basée sur une gamme limitée de deux à cinq types de cultures. Dans cette région comptant 1 million d'habitants, le revenu moyen par ménage s'établissait aux alentours de 222 dollars. La disponibilité des nappes phréatiques se situait entre trois et quatre mois, et les terres collectives se détérioraient du fait d'être mal gérées. Pour le développement des bassins versants, les autorités suivaient pour l'essentiel une approche dictée d'en haut et non fondée sur la participation, ce qui se traduisait par un niveau limité de mobilisation sociale. Les groupes d'entraide étaient peu développés et incapables d'accumuler des actifs financiers.

- Les principaux objectifs de développement visés par le projet consistaient à améliorer le potentiel de production d'un certain nombre de bassins versants et de leurs ressources naturelles, et à renforcer les dispositifs institutionnels et communautaires pour la gestion de ces ressources au niveau de cinq districts de l'État du Karnataka.
- En termes chiffrés, il s'agissait de répondre aux besoins de conservation des sols et de l'eau sur une zone de 432 000 hectares de terres arables et non arables en instaurant de nouvelles méthodes de planification participative à l'échelon des communautés.
- La mise en œuvre du projet s'est faite en trois phases. Elle a été assurée par la Direction du développement des bassins versants, travaillant aux côtés des organisations non gouvernementales (ONG) présentes au niveau de l'État et des districts ainsi qu'au plan local, et en étroite collaboration avec les communautés participantes.

À ce jour, les travaux de conservation des sols et de l'eau ont été menés à bien sur plus de 200 000 hectares, ce qui s'est traduit par une amélioration des rendements moyens de l'ordre de 24 % et par une diversification accrue des cultures.
Principales réalisations :
- La disponibilité des nappes phréatiques s'est améliorée et est aujourd'hui de quatre à six mois. Les rendements des eaux souterraines ont augmenté de près de 1 000 litres par heure, ce qui offre plus de latitude aux agriculteurs quant aux cultures à pratiquer et permet, dans bien des cas, une double récolte sur les terres arables.
- Au niveau des communautés où la mise en œuvre du projet est achevée, les rendements des cultures ont augmenté de 24 % par rapport à leur niveau de départ, et les agriculteurs se sont tournés vers des types de cultures à plus forte valeur ajoutée, les rendements laitiers s'étant pour leur part accrus de 15 à 20 %.
- Le revenu annuel moyen des ménages a augmenté d'environ 66 %, pour s'établir aux alentours de 373 dollars. Cela a contribué à une réduction des migrations d'environ 70 %, les jeunes hommes n'ayant plus besoin de partir de chez eux pour trouver du travail.
- Le projet a déjà atteint ses objectifs consistant à établir 4 300 organisations d'agriculteurs et 6 600 nouveaux groupes d'entraide afin de perpétuer un mode de gestion participative des bassins versants au niveau de 7 000 communautés disséminées dans 742 micro-bassins. Les nouvelles méthodes de planification participative adoptées à ce niveau ont abouti à l'établissement de plans de gestion très intégrés des micro-bassins par les communautés concernées, qui font preuve d'un pouvoir de contrôle et d'un engagement accru à cet égard.
- Les groupes d'entraide se sont développés grâce aux appuis fournis dans le cadre du projet, et ont déjà mobilisé pour plus de 4 millions de dollars d'épargne en vue d'aider à la création de petites entreprises. Leurs membres sont en majorité des femmes, et plus de 60 % de ces groupes ont à présent des liens avec des organismes financiers commerciaux, ce qui leur permet de mobiliser des crédits supplémentaires pour le lancement d'entreprises de plus grande envergure. Au niveau des communautés en question, les usuriers ont perdu de leur pouvoir d'influence.
- Le projet a abouti à l'adoption par le pays d'une nouvelle politique de cogestion des terres collectives au niveau des bassins versants, laquelle aura des incidences à long terme sur les modes améliorés de conservation des ressources naturelles et de subsistance en milieu rural. Il a par ailleurs aidé à consolider le processus de décentralisation.

- L'IDA a contribué 100,5 millions de dollars sous forme de don, sur les 127,6 millions représentant le coût total du projet à sa date d'approbation ; à cela s'ajoutent l'apport du pays, pour 14,3 millions, et les contributions en espèces et en nature des bénéficiaires, pour 12,8 millions. À la suite du tsunami de décembre 2004, 20 millions de dollars ont été prélevés sur le montant initial du don et réaffectés au financement d'un programme de redressement d'urgence.
- L'IDA a joué un rôle clé pour ce qui est d'aider le pays à concevoir un projet qui lui permette de mettre à l'essai de nouvelles méthodes participatives de planification et de mise en place intégrées des bassins versants. Une plus réelle interaction avec les communautés est désormais assurée sur la base d'un effort approfondi de renforcement des capacités, de mobilisation sociale et de constitution de groupes, le recours à des cartes thématiques permettant par ailleurs d'assurer la planification participative des bassins. Ce nouveau modèle fait en outre des ONG des partenaires actifs.

- Le projet a été prolongé de 18 mois (sa date de clôture initiale était le 31 mars 2007) pour permettre l'achèvement des activités prévues dans ses phases finales ainsi que la réalisation de tous ses objectifs de développement. La viabilité à long terme de ses acquis sera en grande partie fonction de la solidité dont continueront de faire preuve les institutions établies au plan local et de la façon dont les populations des villages continueront d'appliquer les nouvelles pratiques agricoles et techniques de gestion des ressources naturelles. L'épargne et les fonds de roulement accumulés au niveau des groupes locaux permettront d'assurer l'entretien des ressources naturelles utilisées comme actifs à l'échelon des terres privées et collectives, et contribueront en outre à financer la création de nouvelles petites entreprises.
- Au niveau de l'État, le ministre de l'Agriculture a fait savoir que le Karnataka souhaiterait bénéficier d'un appui supplémentaire de la Banque pour pouvoir étendre le champ du projet à cinq autres districts, et ancrer ainsi plus largement les approches novatrices de gestion participative des bassins versants. À l'échelon central, le ministère indien de l'Agriculture utilise désormais certains aspects du système novateur de suivi et d'évaluation employé dans ce projet pour l'ensemble des programmes de gestion des bassins mis en œuvre à travers le pays.