Les garagistes automobiles protègent l’environnement en échange de financements NAIROBI -- Le garage Gifo, petit atelier de mécanique automobile implanté dans un bidonville de cette métropole africaine, a le vent en poupe. Le modeste cabanon auparavant cantonné aux réparations mécaniques se dote actuellement d’un hangar, destiné à accueillir les travaux de peinture, et d’un bureau digne de ce nom. Dans le même temps, le sol du garage – autrefois souillé d’huile de moteur usagée, source de pollution – est désormais plus propre.  | Le personnel d’EPS vient prélever l’huile usagée lorsque les garagistes en ont rempli un bidon de 240 litres. |
Ces changements se sont opérés lorsque l’officine a rejoint un projet financé par DM et mené par l’ONG kényane Enterprise Professional Services (EPS) (a), qui a développé un programme de crédits pour inciter les mécaniciens à éliminer l’huile usagée de manière écologique. L’huile de moteur usagée est un résidu hautement polluant qui, lorsqu’il n’est pas employé pour la décantation des poussières, est rejeté dans le système d’évacuation des eaux usées. Le Kenya consomme chaque année quelque 13 millions de litres d’huile lubrifiante. Le problème est particulièrement préoccupant à Nairobi : l’huile usagée y est le plus souvent dispersée dans le fleuve Muruku-Ngong, où les habitants des bidonvilles avoisinants puisent l’eau destinée à leur consommation ou à la cuisson des aliments. L’huile est également toxique pour l’écosystème du fleuve. Pour le garage Gifo comme pour les autres, l’initiative menée par EPS s’avère doublement payante : elle leur permet d’éliminer l’huile usagée sans nuire à l’environnement, mais aussi d’accéder pour la première fois à des prêts dans le but de développer leur entreprise. « L’idée m’est venue par hasard : ma voiture était très vieille et chaque fois que je me rendais chez le garagiste… je voyais les mécaniciens retirer une importante quantité d’huile, la verser dans un bidon et l’abandonner là, sans plus s’en préoccuper le moins du monde », a expliqué Collins Apouyo, chef d’équipe du projet au sein d’EPS. « Lorsque je leur ai demandé ce qu’ils en faisaient, ils m’ont indiqué qu’ils la jetaient en fin de journée. » « C’est ainsi que j’ai commencé à réfléchir et à me demander comment recycler cette huile. En menant mon enquête, j’ai découvert que l’huile récupérée pouvait avoir de multiples usages », a-t-il ajouté. 
| Dans un bidonville de Nairobi, un garagiste signe des documents indiquant à EPS la quantité d’huile fournie par son atelier. |
Les garagistes participant à l’opération recueillent l’huile usagée et contactent EPS dès qu’ils ont rempli un bidon de 240 litres. L’organisation vend ensuite cette huile à des cimentiers, des fabricants de produits de traitement pour le bois et d’autres types d’entreprises qui l’utilisent dans leurs processus de production. Les revenus ainsi engendrés viennent alimenter un fonds qui sert à financer des prêts accordés par EPS aux membres du programme. Les sommes prêtées varient en fonction de la quantité d’huile collectée. À ce jour, EPS a engagé environ 15 000 $ dans des financements compris entre 120 $ et 500 $, octroyés à une douzaine de garages ou groupes de mécaniciens. À titre d’exemple, le garage Giro, qui compte rembourser son emprunt en huit mois, projette déjà d’en souscrire un autre pour financer l’achat d’un nouvel équipement de diagnostic. Questionné sur la méthode utilisée pour éliminer l’huile avant d’adhérer à l’initiative d’EPS, l’un des copropriétaires du garage Gifo a répondu sans détour : « Nous jetions l’huile n’importe où… nous tuant nous-mêmes à petit feu. » Un autre garage, Carelink, a consacré les fonds empruntés à l’achat d’un puissant compresseur, plus performant et plus efficace que l’appareil précédent, pour peindre les carrosseries automobiles. Carelink accroît encore ses gains de 20 % en louant la machine à d’autres officines. « Ils nous disent : “Auparavant, nous pensions que [l’huile usagée] n’était bonne qu’à être jetée. Aujourd’hui, nous en retirons des bénéfices économiques.”, a déclaré M. Apouyo, citant les garagistes. Les premières études de marché indiquent que le potentiel des ventes pourrait se chiffrer à 60 000 litres d’huile recyclée par mois. La réduction de la pollution due aux huiles lubrifiantes dans le fleuve Mukuru-Ngong n’a pas encore été quantifiée. Toutefois, comme l’a indiqué M. Apouyo : « Une chose est sûre : depuis que nous entrepris cette action, nous avons réussi à récupérer près de 210 000 litres d’huile usagée auprès des garagistes. » Outre la collecte en vrac d’huile usagée, EPS organise des cours de sensibilisation à l’environnement pour apprendre aux professionnels du secteur motoriste à éliminer les substances polluantes en toute sécurité. Le projet de récupération de l’huile de vidange a été salué par de nombreux groupes de défense de l’environnement. En décembre 2006, M. Apouyo a également été désigné comme l’un des « Changemakers of the Month » d’Ashoka. Pour en savoir plus sur ce projet, consulter http://www.epsprogram.org. (a)
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