Des verres de lecture pour les pauvres en Inde Des problèmes de vision ont failli priver Mohammed Jabbar, gérant d’une société de réparation de cycles, des moyens de subvenir aux besoins de sa famille. Dans un pays où les services d’opticiens ne sont accessibles qu’à ceux qui en ont les moyens, l’entreprise de Jabbar a connu des difficultés lorsqu’il a commencé à souffrir de presbytie.
« Je ne savais pas quoi faire », dit-il. « Je n’arrivais plus à tenir ma comptabilité, et mes affaires en ont vraiment souffert. C’est alors que j’ai entendu dire qu’un entrepreneur de vision Scojo proposait un examen oculaire dans ma ville, et je suis allé le consulter. Je porte désormais mes lunettes en permanence, et mon entreprise est plus prospère que jamais. »
La Scojo Foundation (a), organisation à but non lucratif new yorkaise qui a été lauréate du concours du Development MarketPlace (DM) en 2003, à entrepris d’étendre son action aux 80 millions d’habitants de l’État d’Andhra Pradesh en Inde. Elle forme des femmes de la région à devenir des entrepreneurs de vision, capables de faire passer les tests de dépistage de la presbytie (qui affecte la vision rapprochée), de vendre des lunettes et autres produits pour les yeux à des prix abordables, et d’aiguiller ceux nécessitant des soins plus poussés vers des services de consultation ophtalmologique de bonne réputation. En 2001, la fondation a mené un programme pilote de six mois visant à développer en Inde son action fondée sur les mécanismes du marché. Mais le projet n’a pu aboutir, faute de financements suffisants.
« Pour que notre action porte ses fruits en Inde, nous avions besoin d’un niveau de financement significatif, et à cette époque nous ne savions pas comment l’obtenir », explique Graham MacMillan, de la Scojo Foundation. « Nous nous sommes alors lancés dans la compétition [pour le prix du Development MarketPlace]. Grâce à ce financement, nous avons pu réaliser tout ce que nous souhaitions. »
« Sans ce prix, nous ne serions pas ce que nous sommes aujourd’hui », ajoute-t-il. Au niveau des résultats, cela nous a permis de capitaliser l’entreprise, de faire avancer le projet, de créer toutes sortes de liens et de gagner en crédibilité. Ça a été une véritable marque de reconnaissance à un moment où il y avait très peu de jurys de haut niveau pour évaluer la qualité d’un projet. »
Depuis qu’elle a remporté le prix DM 2004, qui lui a permis de former 60 femmes à la vente de verres de lecture, la Scojo Foundation a vendu plus de 50 000 paires de lunettes. Le programme indien a également à son actif la formation de près de 500 « entrepreneurs de la vision » dans le cadre de son propre réseau et de contrats de franchise passés avec 20 partenaires. Il a étendu ses opérations au Bangladesh, au Mexique, au Guatemala, en El Salvador et au Ghana ― parfois à l’aide d’une bourse, mais le plus souvent grâce au revenu des franchises. Très récemment, la fondation a lancé un partenariat avec l’organisation Population Services International (PSI), afin d’utiliser son réseau de distribution constitué de pharmacies en milieu urbain, pour vendre des lunettes dans 30 pays d’Afrique subsaharienne.
Le concept de micro-franchise clé en main de Scojo a attiré l’attention d’autres donateurs, dont l’Acumen Fund, la Draper Richards Foundation, le Lavelle Fund for the Blind, l’USAID et l’Open Society Institute. En 2005, la fondation a remporté le Prix du capitalisme social du magazine Fast Company et du Monitor Group pour son action consistant à mettre les principes de l’entreprise au service de la résolution de grands problèmes sociaux.
Comme l’explique Jordan Kassalow, président et co-fondateur de Scojo : « Notre mission est d’aider ceux qui souffrent de presbytie et d’améliorer la qualité de vie de tous ceux qui dépendent, pour leur existence, de la capacité de voir de près. »
Près d’un milliard de personnes dans le monde en développement ont besoin de lunettes pour compenser une perte d’acuité visuelle rapprochée. Or, moins de 5 % d’entre elles ont les moyens de s’en procurer. |