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Programme pour les pays urbanisés

Rapport sur le développement dans le monde 2008: L’agriculture au service du développement

Le Programme Agriculture pour le Développement pour les pays d'Amérique Latine et des Caraïbes [a]  

En Amérique latine, en Europe et en Asie centrale, 88 % de la population rurale vit dans des pays urbanisés.

Les marchés alimentaires intérieurs de ces derniers se transforment sous l'effet, notamment, de la révolution des supermarchés, et plusieurs sous-secteurs agricoles affichent une croissance spectaculaire.

Toutefois, les bons résultats du secteur agricole n'ont pas permis de réduire la pauvreté rurale dans de nombreux pays.

Le but fondamental du recours à l’agriculture pour promouvoir le développement est de favoriser l'entrée des petits producteurs dans les nouveaux marchés alimentaires et de fournir de bons emplois dans l'agriculture et dans l'économie rurale non agricole.

Après l'ajustement structurel des années 80, les pays d'Amérique latine se sont efforcés d'accélérer la croissance de sous-secteurs agricoles compétitifs, avec l'appui d'investissements publics pour encourager l'investissement privé dans l'agriculture (au prix toutefois d'importants investissements injustifiés dans des subventions). Cet effort s’est accompagné d'une aide sociale sous forme de transferts monétaires (souvent conditionnels) aux populations chroniquement pauvres et aux habitants de régions comportant des poches de pauvreté. Au Brésil, dans le contexte d’une agriculture en pleine expansion, les transferts de sécurité sociale et l'économie rurale non agricole ont été les sources de revenus des ménages ruraux qui ont augmenté le plus rapidement sur la période 1991-2000 1. L'ajustement structurel étant dûment achevé au niveau macroéconomique, cette démarche, qui repose sur la croissance et les filets de protection sociale, s'est avérée coûteuse et a été une source de mécontentement au Brésil et ailleurs sur le continent.    

De nombreux pays ont adopté une démarche différente et ont cherché à réduire la pauvreté rurale par le biais d’un accroissement des revenus du travail agricole ou d’un emploi dans l'économie rurale non agricole plutôt que par la fourniture d’une assistance sociale, pour tenter de concilier la croissance et la réduction de la pauvreté tout en ayant moins recours à la protection sociale. En Équateur, le programme pour la réduction de la pauvreté et pour le développement rural de proximité (PROLOCAL) se fonde sur l'élargissement de l'accès des ruraux pauvres à des actifs, l'amélioration du cadre dans lequel ils peuvent utiliser les actifs, en particulièrement par le biais du développement territorial et la fourniture d'une protection sociale. Au Pérou, le programme Sierra Exportadora se fonde également sur l'élargissement de l'accès à des actifs, la fourniture d'un appui aux institutions rurales pour améliorer leur compétitivité, et l'offre d’une protection sociale 2. 

Dans ce nouveau modèle, les objectifs de l'action publique consistent à  3 :

  • permettre aux petits producteurs d'entrer sur les nouveaux marchĂ©s alimentaires, ce qui exige, entre autres, un plus large accès Ă  la terre et Ă  des compĂ©tences pertinentes pour la nouvelle agriculture. 
  • amĂ©liorer la productivitĂ© de l'agriculture de subsistance et assurer une assistance sociale, et aussi rĂ©munĂ©rer les services environnementaux pour crĂ©er des incitations Ă  la protection de l'environnement.
  • suivre une dĂ©marche territoriale pour promouvoir l'Ă©conomie rurale non agricole, et amĂ©liorer les compĂ©tences pour donner accès aux emplois et aux opportunitĂ©s d'investissement offerts par la croissance de l'Ă©conomie rurale non agricole.

Élargissement de l'accès à des actifs pour participer à la nouvelle agriculture. Pour accroître la participation des petits exploitants aux activités de marchés alimentaires intérieurs dynamiques, il est nécessaire d'accorder une attention particulière aux inégalités profondes qui caractérisent leur accès aux actifs et aux services publics et qui font obstacle à leur compétitivité 4. Ceux qui se trouvent encore en marge des marchés peuvent tirer avantage des nouvelles opportunités dues à l'élargissement de leur accès à des terres, aux travaux de recherche, à des formations, à l'assistance technique, à des services financiers et aux associations d'exploitants agricoles. Les organisations de producteurs et l'agriculture sous contrat revêtent une importance capitale pour les petits producteurs qui souhaitent participer aux chaînes de valeur et répondre à la demande des supermarchés. Les partenariats public-privé sont aussi importants, dans le contexte d’un secteur agroindustriel qui s'emploie à organiser les petits producteurs pour en faire des fournisseurs compétitifs sur ces marchés.

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Amélioration des moyens de vivre de l'agriculture de subsistance et fourniture d'une assistance sociale. L'agriculture de subsistance peut être un système d'attente durant la longue transition qui marque la sortie d'un système de pratiques agricoles familiales ayant une faible productivité. Certains agriculteurs de subsistance peuvent devenir de petits producteurs viables en diversifiant leurs revenus de manière à améliorer leurs conditions de vie, mais la composante agricole de leurs revenus (activité non salariée) ne présente dans bien des cas que peu de perspectives de croissance. Il est toutefois manifestement avantageux pour eux d’investir dans cette composante agricole de leurs revenus pour deux raisons : elle revêt une importance cruciale pour leur sécurité alimentaire et leur nutrition de base, et elle leur permet de dégager des revenus en l'absence de meilleurs emplois. Les investissements nécessaires concernent notamment l’adoption de systèmes agricoles plus résistants et une meilleure satisfaction des besoins nutritifs à partir de la production domestique. L'amélioration des moyens de subsistance exige également une assistance sociale, en particulier le versement de pensions à ceux qui sont trop âgés pour pouvoir suivre une formation de recyclage. Les programmes de retraite ruraux non contributifs, qui se sont rapidement développés, permettent de donner aux jeunes plus rapidement accès à des terres et de lutter contre la migration sélective des individus les plus entreprenants.

Offre de services environnementaux.  Les pays d’Amérique latine et des Caraïbes et ceux d'Europe et Asie centrale ont entrepris de mettre en place des mécanismes réglementaires pour protéger l'environnement et de rémunérer les services environnementaux. Les réglementations doivent pouvoir être appliquées dans un cadre de gouvernance considérablement amélioré, et les mécanismes de paiement doivent être financièrement viables et transparents pour ceux qui achètent des services, et il importe d’en étendre la portée sur l’ensemble des continents.

Développement territorial et création d’emplois ruraux. L'économie rurale non agricole est source d'emplois non salariés et d'emplois salariés, mais elle est essentiellement une économie à deux vitesses, qui se caractérise par des emplois très ou peu qualifiés, et des entreprises à forte ou à faible valeur ajoutée. Encourager l'acquisition des qualifications requises par les emplois ayant une forte productivité peut offrir une voie de sortie de la pauvreté. Les pays d'Amérique latine poursuivent une démarche à caractère nettement territorial, qui encourage des groupes d'entreprises complémentaires à s'installer dans des sites géographiques déterminés. Les systèmes de production agricole locaux peuvent exploiter les avantages comparatifs de l'agroécologie du territoire, de la proximité de centres urbains ou de dotations institutionnelles, culturelles ou historiques. Les projets de développement territorial vont au-delà du développement communautaire pour créer de nouvelles opportunités économiques fondées sur l'échelle des activités, les synergies locales et l'accès aux marchés. Cette conception territoriale du développement rural est également appliquée en Europe de l'Est, où elle s’appuie sur les liens entre les campagnes et les agglomérations et les petites villes.

Afin de réduire la pauvreté au moyen des revenus du travail, il est nécessaire de réévaluer les mécanismes de gouvernance, les institutions et les agents qui, dans la plupart des cas, sont fondamentalement désorganisés. Les ministères de l'agriculture doivent être réorganisés compte tenu des nouvelles fonctions de l'État et de la transformation de l'agriculture dans les chaînes de valeur. La société civile doit également être un participant actif dans le cadre de la gouvernance, malgré une longue histoire d'exclusion sociale fondée sur de profondes inégalités 5. Il s'agit là d'un programme considérable. L'amélioration de la gouvernance dans l'agriculture et dans les zones rurales doit être un objectif prioritaire, et s’effectuer par des processus d’expérimentation et d'apprentissage.

 

1 Helfand & Levine 2005
2 Pichon 2007
3 Inter-American Development Bank 2005
4 World Bank 2005o
5 MartĂ­nez Nogueira 2007


Photographie: Yosef Hadar




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