CONTEXTE GÉNÉRAL Q. Comment l'équipe de rédaction du Rapport sur le développement dans le monde a-t-elle établi le dialogue avec les parties prenantes extérieures à la Banque mondiale ? Q. Comment puis-je apporter ma contribution à la réflexion menée par la Banque mondiale et par l'équipe de rédaction du Rapport sur le développement dans le monde sur ce thème ? Q. Comment puis-je me procurer un exemplaire du Rapport sur le développement dans le monde 2010 ? Q. Pourquoi le changement climatique a-t-il été choisi comme thème du Rapport sur le développement dans le monde 2010 ? Q. En publiant le Rapport sur le développement dans le monde juste avant que ne s'ouvrent des négociations internationales d'une importance capitale, la Banque poursuit-elle un objectif précis ? Q. Comment le changement climatique s'inscrit-il dans le modèle actuel de développement ? ACCÈS À L'ÉNERGIE ET CROISSANCE SOBRE EN CARBONE Q. Quels arbitrages faut-il opérer entre l'accès des pays en développement à l'énergie et la nécessité de passer à des modes de croissance sobres en carbone ? Q. Que fait le Groupe de la Banque mondiale pour promouvoir l'accès à l'énergie dans les pays en développement ? Q. Comment se présente actuellement le portefeuille de projets du Groupe de la Banque mondiale dans le secteur énergétique ? Q. Que dit le Rapport à propos des émissions de carbone dans les pays à faible revenu d'Afrique subsaharienne ? Q. Le Rapport plaide en faveur d'une transformation radicale du secteur de l'énergie dans les décennies à venir, en réponse aux problèmes liés aux changements climatiques. Comment une telle transformation peut-elle s'opérer ? Q. Comment concilier la fourniture de services énergétiques fiables et abordables dans les pays pauvres et les inquiétudes liées à l'augmentation des émissions de gaz à effet de serre ? Q. Quelle position le Rapport défend-il en ce qui concerne les solutions énergétiques à forte intensité de carbone, notamment le charbon, dans les pays en développement ? Q. Dans quelle mesure les technologies et de piégeage et de stockage du carbone peuvent-elles contribuer à la réduction des émissions de gaz à effet de serre ? Q. Quelles seront les incidences de la construction de nouvelles centrales au charbon dans les pays en développement? Q. Que dit le Rapport de l'éventuelle contribution du nucléaire aux approvisionnements énergétiques de demain ?
CONSIDÉRATIONS ÉCONOMIQUES ET FINANCIÈRES Q. On voit beaucoup de chiffres circuler sur les coûts d'adaptation et d'atténuation – D'après les estimations du Rapport sur le développement dans le monde, à combien s'élèveraient ces coûts ? Q. Pourquoi ces estimations de coût sont-elles si différentes ? Comment pouvons-nous savoir quels sont les coûts « réels » ? Q. Selon le Rapport sur le développement dans le monde, de « nouvelles ressources » permettront d'intégrer la dimension climatique dans le développement. Que se passera-t-il si ces ressources financières ne se matérialisent pas ? SUBVENTIONNEMENT DES COMBUSTIBLES FOSSILES Q. Quelle est la position du Rapport à propos du subventionnement des combustibles fossiles à la lumière de la décision prise récemment par les pays du G-20 de « rationaliser et éliminer progressivement à moyen terme les subventions inefficaces aux combustibles fossiles » ? Q. À l'échelon mondial, à combien se montent les subventions publiques en faveur des combustibles fossiles ? Q. L'élimination des subventions fera-t-elle réellement baisser la demande de combustibles polluants et réduira-t-elle les émissions de CO2 ? Dispose-t-on de données d'observation à ce sujet ? Q. Qu'est-il possible de faire pour atténuer l'impact sur les pauvres d'une hausse des prix des combustibles ?
Q. Comment l'équipe de rédaction du Rapport sur le développement dans le monde a-t-elle établi le dialogue avec les parties prenantes extérieures à la Banque mondiale ? L'équipe a procédé à de très larges consultations qui ont considérablement enrichi ses travaux, et elle a bénéficié des conseils d'universitaires et de chercheurs de cinq continents. Des réunions et des ateliers régionaux avec des professionnels d'horizons culturels et professionnels très divers ont été organisés localement ou par vidéoconférence (via le Réseau mondial du savoir au service du développement de la Banque mondiale). Q. Comment puis-je apporter ma contribution à la réflexion menée par la Banque mondiale et par l'équipe de rédaction du Rapport sur le développement dans le monde sur ce thème ? Nous vous engageons à nous faire part de vos idées sur le blog de l'équipe de rédaction du Rapport sur le développement dans le monde qui est consacré au changement climatique : http://blogs.worldbank.org/climatechange/ (a) Q. Q. Comment puis-je me procurer un exemplaire du Rapport sur le développement dans le monde 2010 ? L'édition 2010 du Rapport sur le développement dans le monde a été lancée le 15 septembre 2009 à Washington et à Nairobi. Une version papier préliminaire de l'Abrégé a été distribuée aux personnes qui participaient à ces conférences de lancement. Une version préliminaire des chapitres est actuellement accessible en ligne (a), et la version électronique du rapport final sera disponible vers le milieu de novembre 2009. Pour commander la version imprimée du rapport, cliquer ici (a). Les commandes peuvent être livrées à partir de novembre. Le rapport complet sera traduit ultérieurement en chinois, espagnol, français, portugais, russe, arabe, vietnamien et bahasa. Retour en haut de page Q. Pourquoi le changement climatique a-t-il été choisi comme thème du Rapport sur le développement dans le monde 2010 ? Le climat évolue à un rythme qui suscite des inquiétudes grandissantes, d'où la nécessité d'approfondir la réflexion sur les stratégies à mettre en place aux plans local, régional, national et international et de se fonder sur cette analyse pour prendre des décisions en toute connaissance de cause. Il importe également de dépasser le clivage entre développement et changement climatique ; sous un climat plus hostile, il sera en effet plus difficile à la Banque mondiale de s'acquitter de sa mission fondamentale de réduction de la pauvreté. Telles sont les raisons qui expliquent le choix du changement climatique et du développement comme thème du Rapport sur le développement dans le monde 2010. Q. En publiant le Rapport sur le développement dans le monde juste avant que ne s'ouvrent des négociations internationales d'une importance capitale, la Banque poursuit-elle un objectif précis ? Oui, la publication du Rapport sur le développement dans le monde sert un objectif bien précis : c'est un plaidoyer en faveur du développement, qui appelle à accorder une place centrale aux contraintes et aux préoccupations des pays en développement dans le contexte des négociations sur le changement climatique. En ce qui concerne les négociations internationales relatives à la mise en place d'un nouveau dispositif de lutte contre le changement climatique, le Groupe de la Banque mondiale a une position neutre, mais il génère et diffuse des connaissances sur l'impact du changement climatique sur les pays en développement, il contribue à la recherche d'une solution globale équitable, et il exhorte les pays développés à jouer un rôle moteur. Q. Comment le changement climatique s'inscrit-il dans le modèle actuel de développement ? Face aux problèmes posés par l'évolution du climat, le Rapport sur le développement dans le monde préconise un modèle de développement intégrant la dimension climatique, en particulier des mesures et des politiques publiques qui permettent de réduire rapidement et efficacement l'intensité de carbone du système énergétique mondial, de s'adapter au changement climatique pour que l'impact de ce changement soit le moins coûteux possible, et de tirer parti des nouvelles opportunités qui se présentent (promouvoir l'énergie solaire dans les pays en développement, par exemple). La voie qui mène au développement durable passe par l'atténuation des effets du changement climatique. Pour que le combat contre le changement climatique ne soit pas trop coûteux, il faudra innover. En fait, l'innovation est indissociable de la croissance et du développement en général, et il serait naturel que le processus de modernisation de l'outil industriel intègre la dimension environnementale. Le changement climatique est un problème hérité du passé, qui exige des générations actuelles des efforts d'adaptation afin de limiter l'ampleur du problème pour les générations futures ─ c'est la « tragédie des biens communs », décalée dans le temps. Le changement climatique a été qualifié de plus grave défaillance du marché que le monde a jamais connu. La crise financière actuelle a, elle aussi, été décrite en termes de dysfonctionnement ─ des marchés, des politiques publiques, de la réglementation. Dans l'un et l'autre cas, les défaillances incriminées font clairement ressortir les limites du marché et la nécessité de mettre en place des politiques publiques et une règlementation qui en tiennent compte. Retour en haut de page ACCÈS À L'ÉNERGIE ET CROISSANCE SOBRE EN CARBONE Q. Quels arbitrages faut-il opérer entre l'accès des pays en développement à l'énergie et la nécessité de passer à des modes de croissance sobres en carbone ? L'énergie est au cœur du débat sur le changement climatique. Le changement climatique aura un impact direct sur les populations les plus pauvres des pays en développement, qui seront les premiers et les plus durement touchés par des phénomènes qu'ils n'ont pas contribués à créer, et auxquels ils sont les moins préparés à faire face. Le défi consiste à répondre aux besoins des pays en développement tout en privilégiant l'utilisation d'énergies non polluantes, qui constitue désormais un impératif mondial. Si des arbitrages doivent nécessairement être opérés, il existe aussi des solutions qui permettent de gagner sur les deux tableaux, comme les systèmes photovoltaïques solaires hors réseau, grâce auxquels on peut approvisionner les régions les plus reculées en électricité. Dans nombre de cas, les solutions à faible intensité de carbone permettent non seulement de fournir des services énergétiques mais aussi de promouvoir le développement, de réduire la pollution et de garantir la sécurité des approvisionnements énergétiques. L'accès à l'énergie est une condition essentielle de la croissance économique et, partant, de la lutte contre la pauvreté. Aucune des économies du monde n'aurait pu se développer en en l'absence de ressources énergétiques abondantes. Dans les pays en développement, 1,6 milliard de personnes, dont la plupart vivent en Afrique et en Asie du Sud, sont actuellement privées d'électricité. Sans énergie, leurs perspectives en matière de croissance économique sont extrêmement limitées, voire nulles. Le Rapport sur le développement dans le monde 2010 souligne que l'utilisation d'un éventail équilibré de sources d'énergie sélectionnées en fonction des capacités et des besoins locaux, et la mise en place d'un cadre institutionnel et opérationnel moderne et efficace sont les seules solutions garantes de la sécurité énergétique, de la croissance économique et du développement des pays, dans des conditions respectueuses de l'environnement. Q. Que fait le Groupe de la Banque mondiale pour promouvoir l'accès à l'énergie dans les pays en développement ? Le développement des infrastructures est un des axes majeurs de l'action que mène la Banque mondiale depuis sa création, il y a plus de 65 ans. Il est primordial d'aider les pays à fournir à la population des services énergétiques efficaces, abordables, fiables et non polluants pour appuyer durablement le processus de développement et la lutte contre la pauvreté. Le Groupe de la Banque mondiale a fait de cet objectif un des volets essentiels de sa mission. Le Groupe de la Banque mondiale et la communauté internationale vont devoir relever un défi colossal : aider les pays en développement à se procurer l'énergie dont ils ont besoin sans aggraver le changement climatique et sans entraver les efforts axés sur la croissance et la lutte contre la pauvreté. Mais aucune solution n'est parfaite, et toute initiative suppose des arbitrages. L'essentiel est de mettre en place des dispositifs de financement internationaux innovants afin de faciliter le passage à des trajectoires de développement sobres en carbone. Il s'agit notamment de financer le transfert de technologies et l'adaptation. Ces nouveaux mécanismes de financement et de transfert de technologies permettront aux pays en développement de se doter de nouvelles technologies énergétiques à faible intensité de carbone et d'améliorer l'accès aux services énergétiques sans compromettre la croissance économique et la lutte contre la pauvreté. Pour déclencher des processus innovants et favoriser la diffusion de nouvelles technologies moins polluantes, les pays à revenu élevé doivent se fixer des objectifs ambitieux et s'employer résolument à réduire leurs propres émissions de gaz à effet de serre. Le Groupe de la Banque mondiale est une organisation qui représente la quasi-totalité des pays du monde et dont l'action est définie par les membres. Le Groupe et ses politiques ont pour ambition de répondre aux besoins et aux préoccupations de l'ensemble des membres. Les pays en développement s'inquiètent tout particulièrement des contraintes qu'une stratégie sobre en carbone pourrait faire peser sur leurs processus de développement. Il est donc primordial de travailler avec les pays développés et les pays en développement afin de débattre des arbitrages nécessaires pour faciliter la croissance économique et la lutte contre la pauvreté tout en limitant l'impact du changement climatique. Q. Comment se présente actuellement le portefeuille de projets du Groupe de la Banque mondiale dans le secteur énergétique ? Le Groupe de la Banque mondiale s'emploie activement à trouver des solutions aux problèmes énergétiques mondiaux, aux côtés des pays clients. Il a entrepris d'étendre et de transformer ses opérations dans le domaine énergétique. Toutes les analyses montrent qu'il faudra faire appel à toutes les sources d'énergie, en les adaptant aux conditions propres à chaque pays, pour que tous les citoyens puissent se procurer l'énergie qu'ils veulent ou dont ils ont besoin. Le Groupe intervient de plus en plus à l'appui du développement des énergies renouvelables et de l'amélioration du rendement énergétique. Au cours de l'exercice budgétaire 2009, le Groupe a investi 8,23 milliards de dollars dans le secteur énergétique, dont environ 76 % dans le domaine des combustibles non fossiles ; 40 % dans des projets axés sur les énergies renouvelables et l'amélioration du rendement énergétique (projets hydroélectriques compris) ; et 36 % dans la mise en place de systèmes et services de transport et de distribution, l'élaboration de politiques énergétiques et les réformes sectorielles. Les 24 % restants ont été alloués à des projets relatifs aux combustibles fossiles, dont la plupart concernaient le gaz naturel (production de gaz et d'énergie thermique). Au cours de l'exercice 2009, les financements consacrés aux énergies renouvelables et à l'amélioration du rendement énergétique ont atteint un niveau record de plus de 3,3 milliards de dollars, progressant ainsi de 24 % par rapport à l'exercice précédent, et ont représenté au total 40 % du volume total des investissements réalisés dans le secteur énergétique, soit la plus forte proportion jamais enregistrée. Retour en haut de page Q. Que dit le Rapport à propos des émissions de carbone dans les pays à faible revenu d'Afrique subsaharienne ? L'Afrique subsaharienne (hors Afrique du Sud) contribue à hauteur de 1,5 % aux émissions annuelles mondiales de gaz carbonique liées à la production d'énergie, et cette proportion ne devrait augmenter que de 2 à 3 % d'ici à 2050. La fourniture de services énergétiques modernes de base aux pays pauvres doit être une priorité absolue est n'entraînera qu'une très faible augmentation des émissions mondiales de gaz à effet de serre. Dans le même temps, les pays à faible revenu auraient tout à gagner d'une véritable révolution des énergies propres qui leur permettrait de passer directement à la prochaine génération de technologies. Les énergies non polluantes peuvent contribuer de manière déterminante à élargir l'accès à l'énergie, et les mesures d'amélioration du rendement énergétique offrent, dans le court terme, une solution économiquement efficace aux coupures de courant. Q. Le Rapport plaide apparemment en faveur d'une transformation radicale du secteur de l'énergie dans les décennies à venir, en réponse aux problèmes liés aux changements climatiques. Comment une telle transformation peut-elle s'opérer ? Pour que les températures mondiales n'augmentent pas de plus de 2 °C, il faudra réduire de 50 à 80 % le volume mondial des émissions de gaz à effet de serre au cours des prochaines décennies. Dans le court terme, on peut déjà réduire considérablement le volume des émissions en accélérant le déploiement, dans les pays à fort taux d'émission, des technologies de production d'électricité existantes qui émettent peu de CO2. En revanche, pour atteindre les objectifs plus ambitieux visés à moyen terme, il faudra mettre au point des technologies révolutionnaires dans quatre domaines qui sont au cœur de la solution à trouver : l'amélioration du rendement énergétique, le piégeage et le stockage du carbone, les énergies renouvelables de nouvelle génération (biomasse, énergie éolienne et solaire, notamment), et, éventuellement, l'énergie nucléaire. Il faut par conséquent poursuivre les travaux de recherche, de développement et de démonstration (RD & D) menés dans ces quatre domaines pour déterminer si les technologies considérées peuvent être rapidement déployées sur le marché sans conséquences néfastes. Les stratégies de réduction des émissions à court et moyen terme, bien que très prometteuses, se heurtent aujourd'hui encore à des problèmes considérables liés à la nécessaire évolution des comportements, des institutions et des technologies. Les innovations technologiques et les ajustements institutionnels qui en découlent sont des aspects essentiels de la gestion, à un coût raisonnable, du changement climatique. Le renforcement des capacités d'innovation et des moyens technologiques à l'échelle nationale peut être un puissant levier en matière de développement. Les pays à revenu élevé peuvent entreprendre dès maintenant de substituer à leurs technologies à forte intensité de carbone des solutions adaptées au changement climatique, tout en investissant massivement dans les technologies innovantes de demain. Les pays à revenu intermédiaire peuvent quant à eux s'assurer que leurs investissements vont le sens d'une croissance sobre en carbone, et que leurs entreprises mettent à profit les avantages que présentent les technologies existantes pour renforcer leur compétitivité sur les marchés mondiaux. Enfin, les pays à faible revenu peuvent sélectionner, évaluer, adopter et améliorer, grâce aux connaissances et compétences locales, les technologies existantes qui répondent le mieux à leurs besoins afin de se doter des capacités technologiques nécessaires pour s'adapter aux changements climatiques. Il leur faut pour cela renforcer leurs capacités techniques et organisationnelles, en appuyant le développement des entreprises. Q. Comment concilier la fourniture de services énergétiques fiables et abordables dans les pays pauvres et les inquiétudes liées à l'augmentation des émissions de gaz à effet de serre ? Les politiques énergétiques doivent trouver un juste équilibre entre quatre objectifs conflictuels et très ambitieux : promouvoir une croissance économique durable, élargir l'accès des plus pauvres aux services énergétiques, renforcer la sécurité énergétique et améliorer l'environnement. Les pays en développement doivent fournir une énergie peu coûteuse aux quelque 1,6 milliard de personnes actuellement privées d'électricité et aux 2,6 milliards d'individus qui sont contraints d'utiliser des combustibles polluants pour faire cuire leurs aliments. En élargissant l'accès aux services d'approvisionnement en électricité et aux combustibles de cuisine non polluants dans nombre de pays en développement à faible revenu, et en particulier en Asie du Sud et en Afrique subsaharienne, on augmenterait de moins de 2 % le volume mondial des émissions de gaz carbonique. La croissance passe nécessairement par l'accès à des approvisionnements en énergie abondants et fiables à un prix justifié. Si le Rapport sur le développement dans le monde 2010 plaide avec vigueur en faveur de solutions énergétiques à faible intensité de carbone, il reconnaît également que le charbon, le combustible fossile le plus polluant, est disponible en abondance à proximité de nombre des régions à forte croissance du monde en développement, et garantit des approvisionnements énergétiques sûrs et peu coûteux. De fait, depuis 2000, la consommation mondiale de charbon a augmenté plus vite que la consommation de tout autre combustible, ce qui constitue un redoutable dilemme pour qui souhaite concilier croissance économique, sécurité énergétique et changements climatique. Retour en haut de page Q. Quelle position le Rapport défend-il en ce qui concerne les solutions énergétiques à forte intensité de carbone, notamment le charbon, dans les pays en développement ? Le rapport sur l'environnement dans le monde est un document stratégique à caractère prospectif – il montre que, tant que la planète sera dépendante d'énergies à forte intensité de carbone, le changement climatique se poursuivra et aura des conséquences dramatiques pour tous, et en particulier pour les pays et les individus les plus pauvres. Il souligne également que des ressources considérables vont devoir être investies dans des politiques et des technologies innovantes. C'est la seule solution envisageable pour que le monde se détourne de trajectoires de développement à forte intensité de carbone. Le constat vaut tout particulièrement pour les pays en développement qui enregistrent un accroissement démographique rapide et vont devoir répondre aux besoins importants de la population en matière d'énergie, de transport, d'agriculture et d'aménagement urbain pour accélérer la croissance. Face à de tels besoins, l'innovation est le seul moyen de promouvoir durablement un mode de développement sobre en carbone et compatible avec une croissance économique rapide. Les pays à revenu élevé devront eux aussi apporter aux nations en développement une assistance technique et financière de grande ampleur. En conséquence, le Rapport s'interroge sur la manière dont on va pouvoir générer les ressources et les innovations nécessaires pour placer le monde sur une trajectoire à faible intensité de carbone, tout en favorisant le développement durable. Dans certains pays, et dans certaines situations, le développement fondé sur l'utilisation des combustibles fossiles semble la seule voie possible, notamment lorsque les options envisageables en matière de sources d'énergie non fossiles sont très limitées, voire inexistantes. Au Botswana, par exemple, il n'y a pas de ressources hydrauliques, et la vitesse des vents est insuffisante pour permettre le développement de l'énergie éolienne. L'énergie solaire est actuellement beaucoup trop coûteuse à produire et à stocker, et ne suffirait pas pour assurer la charge de base. Dans le même temps, le pays possède de vastes réserves de charbon peu coûteux qu'il peut exploiter rapidement et à un faible coût, alors même qu'il est confronté à une crise énergétique. Le Groupe de la Banque mondiale aidera les pays, au cas par cas, et sur la base de critères très rigoureux, à élaborer des solutions énergétiques à moindre coût produisant le moins de carbone possible. Compte tenu de l'impact de la crise financière et de la nécessité urgente d'utiliser les moyens les plus économiquement efficaces pour produire de l'énergie afin de promouvoir la croissance et de réduire la pauvreté, le Groupe de la Banque mondiale continue de financer dans quelques pays un petit nombre de projets houillers. Q. Dans quelle mesure les technologies et de piégeage et de stockage du carbone peuvent-elles contribuer à la réduction des émissions de gaz à effet de serre ? Les modèles énergétiques mondiaux montrent qu'au cours de ce siècle, les combustibles fossiles continueront de représenter une part considérable des approvisionnements énergétiques mondiaux. Toutefois, pour répondre à la demande énergétique future sans prendre le risque de voir le réchauffement climatique s'accentuer dans des proportions alarmantes, il faudra impérativement mettre au point des technologies de piégeage de stockage du carbone afin d'éliminer, à terme, les émissions de carbone liées à la production des énergies fossiles. Les modèles partent généralement de l'hypothèse que ces technologies seront disponibles dans un proche avenir et d'un bon rapport coût-efficacité, et que, d'ici à la fin du siècle, les émissions de carbone générées par les combustibles fossiles seront presque entièrement piégées et stockées dans le sous-sol. Toutefois, pour que cette hypothèse se concrétise, il faudra investir massivement dans des travaux de recherche et développement. Pour atteindre un cinquième des réductions d'émissions nécessaires pour limiter les concentrations à 500 ppm, il faudra porter les quantités de carbone piégées et stockées, qui sont actuellement de 3,7 millions de tonnes, à plus de 255 millions de tonnes d'ici à 2020, et à au moins 22 milliards de tonnes d'ici à 2100 (il convient de noter à cet égard que, selon le Rapport sur l'environnement dans le monde 2010, une concentration de 450 ppm de CO2 équivaudrait à une probabilité de 40 à 50 % de limiter le réchauffement à 2°C. Pour que ce scénario se réalise, il faudrait accélérer encore plus la mise au point de technologies de piégeage de stockage du carbone). Q. Quelles seront les incidences de la construction dans les pays en développement de nouvelles centrales au charbon ? La construction de nouvelles centrales électriques dans les 10 années à venir ne fera que renforcer l'emprise des technologies au carbone et aura une forte incidence sur le volume des émissions d'ici à 2050 et au-delà . En effet, le stock de capital énergétique à une très longue durée de vie : il faut parfois des décennies pour arrêter une centrale électrique. Il serait bien plus coûteux de construire des installations aux normes actuelles, qu'il s'agisse de centrales électriques ou de bâtiments, pour ensuite les mettre en conformité, que d'investir d'emblée dans des infrastructures neuves et performantes à faible intensité de carbone. Selon la plupart des modèles, la proportion des combustibles fossiles dans les approvisionnements énergétiques devra être ramenée de 80 % aujourd'hui à 50-60 % d'ici à 2050. À l'avenir, le recours aux combustibles fossiles (et en particulier au charbon) dans un monde où des limites seront imposées aux émissions de carbone sera fonction de l'utilisation qui sera faite des technologies de piégeage et de stockage du carbone, dont il conviendra d'équiper 80 à 90 % des centrales au charbon d'ici à 2050. Pour cela, il faudra que les technologies de piégeage de stockage du carbone se prêtent effectivement, au plan technique et économique, à une application à grande échelle dans les 10 ou 20 prochaines années. Q. Que dit le Rapport de l'éventuelle contribution du nucléaire aux approvisionnements énergétiques de demain ? Le Rapport rend compte des résultats de modèles selon lesquels l'énergie nucléaire va jouer un rôle majeur à l'avenir. D'après les analyses de scénarios réalisées par les différents modèles utilisés, il faudra que l'énergie nucléaire contribue à hauteur de 6 à 12 % à la réduction des émissions si l'on veut parvenir à maintenir le réchauffement climatique à 2 °C au-dessus des températures de l'ère préindustrielle, (une politique de laisser-faire entraînerait une hausse des températures supérieures à 5 °C). À défaut, il faudra faire appel à d'autres technologies énergétiques à bilan carbone neutre. L'énergie nucléaire est une option viable et non négligeable en matière d'atténuation du changement climatique, mais elle se heurte à quatre problèmes : des coûts supérieurs à ceux des centrales au charbon, le risque de prolifération des armes nucléaires, les incertitudes liées à la gestion des déchets et les inquiétudes du public concernant la sécurité des réacteurs nucléaires. Les normes internationales en vigueur ne sont pas adaptées aux problèmes de sécurité que soulève le développement du nucléaire. De plus, les coûts d'investissement des installations nucléaires sont très élevés, sans parler des besoins en personnel hautement qualifié, et les délais de réalisation avant production sont très longs, ce qui limite d'autant la contribution potentielle du nucléaire à la réduction des émissions de carbone dans le court terme. Retour en haut de page CONSIDÉRATIONS ÉCONOMIQUES ET FINANCIÈRES Q. On voit beaucoup de chiffres circuler sur les coûts d'adaptation et d'atténuation – D'après les estimations du Rapport sur le développement dans le monde, à combien s'élèveraient ces coûts ? En ce qui concerne l'adaptation, le Rapport sur le développement dans le monde analyse les surcoûts pour les pays en développement à l'horizon 2030, dans l'hypothèse d'un réchauffement de seulement 2° C par rapport aux températures de la période préindustrielle. Il s'appuie sur des estimations établies par la CCNUCC et Economics of Adaptation to Climate Change (a) (EACC, Banque mondiale) qui ont fait l'objet d'un examen paritaire. Les auteurs du Rapport estiment qu'en 2030, le surcoût annuel médian serait de l'ordre de 70 milliards de dollars (soit un montant compris entre 30 et 90 milliards de dollars). En ce qui concerne l'atténuation, le coût est nettement plus faible que celui de l'investissement. En effet, un investissement propre requiert souvent un apport de capital important au départ et ne permet de dégager des économies, sous forme de coûts d'exploitation réduits, qu'ultérieurement. Dans certains cas, les coûts d'investissement peuvent être de deux à quatre fois plus élevés que les coûts d'atténuation. Le montant élevé du capital à fournir au départ peut dissuader les pays confrontés à des difficultés budgétaires d'investir dans des technologies à faible intensité de carbone. C'est sur ces coûts que toute estimation des transferts publics à opérer des pays à revenu élevé vers les pays à faible revenu doit être fondée, mais il faut aussi prendre en compte les besoins de financement. Dans la plupart des modèles, ces chiffres vont en augmentant dans le temps, mais le PIB aussi. Selon les estimations, les coûts d'atténuation à l'échelon mondial (en valeur actuelle nette sur la base des investissements qui seront réalisés d'ici à 2100) représenteraient entre 0,3 et 0,7 % du PIB mondial, et pour les pays en développement, ils représenteraient entre 0,5 et 1,2 % du PIB national. Il semblerait donc qu'une aide devra être apportée aux pays en développement, même sur le long terme. +++++++++++++++++++++ Depuis le lancement initial de la version préliminaire du Rapport sur le développement dans le monde 2010, l'équipe de rédaction a actualisé ses estimations des coûts d'atténuation. Le rapport final, qui paraîtra début novembre, reflètera la mise à jour des explications et des données du tableau et de la figure. Dans l'intervalle, des explications sur ces nouvelles estimations sont fournies par la co-directrice de rédaction Marianne Fay sur son blog (a). +++++++++++++++++++
Q. Pourquoi ces estimations de coût sont-elles si différentes ? Comment pouvons-nous savoir quels sont les coûts « réels » ? Pour établir des estimations sur les méfaits du changement climatique et sur les coûts d'adaptation et d'atténuation, les analystes doivent simultanément modéliser la croissance du PIB, l'effort d'atténuation, le changement climatique, les dommages probables, et l'effort d'adaptation sur plusieurs décennies à venir. Les principaux écarts entre les différentes estimations publiées par les chercheurs tiennent au choix de différentes hypothèses en ce qui concerne la sensibilité du climat, les méfaits du changement climatique, les coûts d'atténuation, la période de référence et les taux d'actualisation. Le seul moyen de resserrer les intervalles de variation des estimations est de disposer de données et de modèles plus fiables. Mais le choix de certains paramètres clés, comme les taux d'actualisation, est dicté par des considérations éthiques ou normatives qui, par définition, ne changeront pas avec l'amélioration des données ou des modèles. S'agissant des estimations relatives aux coûts d'adaptation en particulier, au moins deux autres considérations majeures peuvent expliquer les variations des chiffres actuellement disponibles. Tout d'abord, il importe de déterminer si la « sous-adaptation » à la variabilité actuelle du climat (ce que l'on appelle le déficit d'adaptation) de la plupart des pays en développement doit être prise en compte dans le calcul du coût de l'adaptation au climat – l'étude EACC à paraître n'en tient pas compte. Ensuite, le rôle que joue le développement économique dans la sensibilité au climat, et partant, la nécessité de financer l'action climatique, est un facteur essentiel. Le capital humain, la qualité des stocks immobilier et infrastructurel, le respect du zonage et des normes de construction et, de façon plus générale, la qualité des institutions sont autant d'éléments qui influent sur la nécessité de consentir des investissements supplémentaires en matière d'adaptation, et tous sont généralement corrélés au développement économique. Est-il possible de mobiliser les ressources nécessaires au financement de l'action climatique ? Oui, mais seulement si la volonté politique de s'attaquer au problème existe. Or, cette volonté ne saurait exister sans un large et vigoureux soutien de l'opinion publique. Soutenir l'action climatique n'est cependant pas synonyme de soutenir les transferts financiers vers les pays en développement ; peut-être faudra-t-il aussi recourir à d'autres moyens pour encourager l'action à l'échelle mondiale, en particulier faciliter l'accès à la technologie et renforcer les capacités. Q. Selon le Rapport sur le développement dans le monde, de « nouvelles ressources » permettront d'intégrer la dimension climatique dans le développement. Que se passera-t-il si ces ressources financières ne se matérialisent pas ? Le Rapport sur le développement dans le monde ne présente pas de modèle d'architecture de financement de l'action climatique, mais il défend l'idée qu'un montant de près de 50 milliards de dollars pourrait être levé au moyen de nouvelles initiatives, comme l'imposition d'une taxe sur les carburants utilisés dans les transports aériens et maritimes internationaux, l'imposition d'une taxe carbone à l'échelle mondiale et la vente aux enchères d'une partie des unités de quantité attribuée (UQA - quantité d'émissions à ne pas dépasser par les pays développés aux termes du Protocole de Kyoto). La réforme du marché des émissions de carbone permettrait de générer chaque année plusieurs dizaines de milliards de dollars supplémentaires. Ce qui laisse un important déficit de financement à combler – soit par des transferts budgétaires des pays à revenu élevé vers les pays en développement, soit par l'affectation d'un volume important d'UQA aux pays en développement dans le cadre d'un futur accord sur le changement climatique qui imposerait à tous les pays des quantités d'émissions à ne pas dépasser. Retour en haut de page SUBVENTIONNEMENT DES COMBUSTIBLES FOSSILES Q. Quelle est la position du Rapport à propos du subventionnement des combustibles fossiles à la lumière de la décision prise récemment par les pays du G-20 de « rationaliser et éliminer progressivement à moyen terme les subventions inefficaces aux combustibles fossiles » ? Le Rapport sur le développement dans le monde prend fermement position en faveur de la réforme du subventionnement des combustibles fossiles et salue le nouvel engagement pris par le G-20 d'éliminer progressivement les subventions qui sont particulièrement inefficaces. D'après le Rapport, cette réforme des subventions pourrait amoindrir la demande d'énergie, encourager l'offre d'énergies propres et, dans certains cas, réduire les émissions de CO2. Il n'est cependant pas toujours souhaitable d'éliminer en bloc toutes les subventions. Il serait ainsi peu avisé de supprimer les subventions visant le gaz naturel si les consommateurs se retrouvaient ainsi contraints de recourir davantage au charbon. La chute des prix énergétiques qu'a entraînée la crise financière offre une occasion unique de mettre en place des programmes permettant de rationaliser les subventions en faveur des combustibles fossiles dans les pays émergents et de taxer les carburants dans les économies avancées d'une manière qui soit politiquement et socialement acceptable. Les moyens qui peuvent être mis en œuvre pour concilier élimination des subventions aux combustibles fossiles et amélioration de l'accès des pauvres à une énergie d'un prix abordable sont analysés plus loin.
Q. À l'échelon mondial, à combien se montent les subventions publiques en faveur des combustibles fossiles ? Nombreux sont les États qui subventionnent de manière implicite ou explicite les combustibles fossiles, faussant ainsi les décisions d'investissement dans les énergies propres. Dans les 20 pays non membres de l'OCDE qui ont le plus recours à ces subventions, celles qui vont aux produits pétroliers totalisent quelque 150 milliards de dollars par an ; les subventions en faveur de l'énergie se situent aux alentours de 310 milliards de dollars l'an, soit environ 0,7 % du PIB mondial en 2007. Ces subventions servent pour l'essentiel à abaisser les prix des combustibles fossiles, ce qui n'incite pas à économiser l'énergie et qui rend les énergies propres moins attrayantes d'un point de vue financier. Q. L'élimination des subventions fera-t-elle réellement baisser la demande de combustibles polluants et réduira-t-elle les émissions de CO2 ? Dispose-t-on de données d'observation à ce sujet ? La réponse est oui. Le renchérissement des prix énergétiques induit une forte baisse de la demande, et l'élimination des subventions en faveur des combustibles fossiles dans les secteurs électrique et industriel pourrait entraîner une réduction des émissions globales de CO2 à hauteur de 6 % par an et une augmentation du PIB mondial. Des recherches tendent à montrer que si l'Europe avait emboîté le pas aux États-Unis et appliqué une politique de réduction des taxes sur les carburants, sa consommation de combustibles serait le double de ce qu'elle est aujourd'hui. Les pays européens ont profité de la crise pétrolière de 1974 pour taxer plus lourdement les combustibles. La demande de combustibles est donc, dans ces pays, moitié moindre que ce qu'elle aurait probablement été avec des prix similaires à ceux pratiqués aux États-Unis. L'électricité est aussi deux fois plus chère, et sa consommation par habitant deux fois moins élevée en Europe qu'aux États-Unis. Le niveau des prix est l'une des raisons pour lesquelles les émissions par habitant en Europe (10 tonnes de CO2e) sont inférieures de plus de moitié à celles affichées par les États-Unis (23 tonnes). Q. Qu'est-il possible de faire pour atténuer l'impact sur les pauvres d'une hausse des prix des combustibles ? L'argument souvent invoqué pour justifier les subventions en faveur des combustibles est qu'elles visent à protéger les pauvres, même si, trop souvent, elles profitent principalement aux consommateurs plus aisés. Pour pouvoir être politiquement viable et socialement acceptable, la réforme doit viser tout à la fois à mettre en place une protection sociale efficace, qui cible les groupes à faible revenu, et à éliminer progressivement les subventions en faveur des combustibles fossiles. Il importe également d'améliorer la transparence du secteur de l'énergie en exigeant des compagnies de distribution qu'elles communiquent aux pouvoirs publics et aux autres parties prenantes les informations clés dont ils ont besoin pour être mieux à même d'analyser la question de l'élimination des subventions et de prendre une décision en toute connaissance de cause. Récemment, la Colombie et la Turquie ont ainsi eu recours à des filets de sécurité pour faciliter l'élimination des subventions en faveur des combustibles fossiles. Une fois les subventions supprimées, il importe de cibler soigneusement les transferts monétaires pour assurer que les pauvres reçoivent des indemnités suffisantes. La réussite dépendra du soin apporté à la planification, de l'analyse détaillée des différentes formules possibles et de la conception du programme de transferts monétaires. Retour en haut de page (a) indique un lien en anglais |