Le cours du pétrole a fortement augmenté au cours des derniers mois de 2007, dépassant les 130 dollars le baril en mai 2008. La récente flambée des prix de l’or noir reflète pour l’essentiel la stagnation de l’offre consécutive à l’atonie de la production des pays hors de la zone OPEP, et aux contraintes de production dans cette zone, plutôt qu’à une progression importante de la demande. La croissance de la demande mondiale de pétrole a sensiblement fléchi, tombant de 3,6 % en 2004 à près de 1 % en 2006 comme en 2007, du fait que la demande de pétrole de la zone OCDE a légèrement fléchi au cours des deux dernières années et qu’elle a baissé au cours du premier trimestre 2008. Dans les pays extérieurs à la zone de l’OCDE, la demande a continué à progresser à un rythme rapide, en particulier en Asie et dans les pays exportateurs de pétrole. En Chine, la demande de pétrole a, selon les estimations établies, fait un bond de 8 % au cours du premier trimestre du fait que le pays a recommencé à utiliser des groupes électrogènes d’appoint pour remédier aux pénuries d’électricité. Toutefois, la demande mondiale a diminué, car le niveau élevé des cours du pétrole depuis plusieurs années commence à se faire sentir, favorisant l’augmentation des rendements énergétiques et l’adoption de sources énergétiques autres que les hydrocarbures. L’offre mondiale de pétrole a stagné en 2007. La production des membres de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) a baissé à la suite de l’amputation de 1,7 million de barils par jour en fin 2006/début 2007. Cette décision a contribué à faire baisser les stocks de façon importante dans la seconde moitié de 2007 et à pousser fortement les cours à la hausse. Plus récemment, la production a progressivement augmenté pour répondre à la demande du marché, ce qui est en particulier le cas pour l’Irak et l’Angola, nouveau membre de l’Organisation. Mais en dehors de l’ex-Union soviétique, l’augmentation de l’offre des pays extérieurs à l’OPEP a été décevante, du fait que la forte baisse de production de la Mer du Nord et des États-Unis — et plus récemment du Mexique— a généralement compensé la hausse substantielle de la production dans d’autres pays comme le Canada, le Brésil et l’Afrique de l’Ouest. Au cours du premier trimestre 2008, la production de la Russie a baissé pour la première fois depuis neuf ans, ce qui a eu pour effet d’accroître la nervosité des acteurs économiques quant à l’évolution future de l’offre de pétrole. La production non-OPEP a été freinée par plusieurs facteurs : l’alourdissement des coûts, les contraintes pesant sur l’offre des équipements et de la main-d’œuvre, l’épuisement des réserves des gisements vieillissants, la hausse de la fiscalité, la renégociation des contrats en cours ou la nationalisation de fait et la limitation de l’accès à des réserves abondantes à faible coût. Ce dernier élément contraint les compagnies pétrolières internationales à explorer et développer des gisements plus coûteux dans des environnements plus difficiles, tels que les sables bitumineux et les champs pétrolifères en eau profonde. Il existe encore des frontières pour trouver de nouvelles réserves dans des eaux encore plus profondes, dans l’Arctique et d’autres régions inexplorées. 
Compte tenu de la faiblesse des stocks et de la limitation des capacités disponibles de l’OPEP, les perturbations temporaires de l’exploitation (comme celles qui se produisent au Nigéria et dans la Mer du Nord) ou les perturbations potentielles (par exemple lorsque le Venezuela a menacé d’arrêter les expéditions de pétrole aux États-Unis) peuvent facilement provoquer de violents mouvements de prix à la hausse. Deux autres éléments contribuent encore à déstabiliser les prix. Les investisseurs qui se détournent des actifs financiers générateurs de pertes à la recherche de placements rentables ont accru leur participation dans les marchés à terme du pétrole brut dans le but de profiter de la hausse des cours. Le nombre des contrats à terme sur le NYMEX a doublé depuis 2005, même si avec la flambée des prix enregistrée depuis le quatrième trimestre 2007, le nombre des participants non commerciaux (souvent qualifiés de spéculateurs) a en fait diminué. L’affaiblissement du dollar et les pressions inflationnistes mondiales ont aussi contribué à pousser les cours du pétrole à la hausse. Certes, le marché du pétrole devrait rester tendu dans les années à venir, mais une certaine modération des prix n’est pas impossible avec le ralentissement de l’économie mondiale et le tassement éventuel de la demande de pétrole, alors qu’une offre nouvelle de pétrole non OPEP (temporairement contenue en raison du retard des projets) devrait arriver tôt ou tard sur le marché. En outre, plusieurs pays OPEP effectuent d’importants investissements qui pourraient accroître sensiblement les capacités dans les années à venir. Toutefois, la question de savoir si ces projets se transformeront en production ou si des investissements supplémentaires seront effectués augmente les incertitudes qui planent sur l’offre. Mais le niveau élevé des prix stimule l’innovation sous toutes ses formes, du côté de la demande comme du côté de l’offre, ce qui, ajouté aux pressions environnementales, devrait tempérer la demande de pétrole à l’avenir. Sur le moyen-long terme, l’offre d’or noir sera complétée par du pétrole non conventionnel et d’autres liquides (issus du charbon, du gaz et de l’agriculture — essentiellement d’origine cellulosique).

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