Les pays en développement sont confrontés à un environnement politique extrêmement difficile. La baisse des revenus des gouvernements et un accès limité à des sources externes de capitaux limitent la capacité de la plupart de ces pays à répondre à la crise au moyen de politiques fiscales contracycliques. D’après les expériences précédentes, une incapacité à maintenir leurs dépenses aux niveaux précédents, et encore moins à les accroître pour faire face aux défis associés au ralentissement, forcera bon nombre de gouvernements à maintenir leur politique procyclique et à réduire leurs dépenses, précisément au moment où le pays en aurait le plus besoin. Les programmes d’assistance sociale sont de plus en plus sollicités ; ce sont des besoins immédiats et pressants. En conséquence, les dépenses à long terme dans l’infrastructure, la santé et l’éducation ont donc tendance à être mises de côté ou même à être réduites lorsqu’aucun financement additionnel n’est disponible. Le seul fait de maintenir les principales dépenses en éducation et en santé et de prévenir l’élargissement des écarts dans le domaine des infrastructures nécessiterait une somme estimée à 200 milliards de dollars en 2009. Près de 42 milliards de dollars de financement extérieur supplémentaire seraient nécessaires en 2009 pour aider les pays dont la capacité budgétaire est limitée. Dans le contexte actuel, alors que leurs finances extérieures sont grandement restreintes (voir chapitre 3), bon nombre de pays en développement ne seront pas en mesure de relever ces défis à moins qu’une aide supplémentaire ne leur soit fournie par les pays à revenu élevé. L’incapacité de ces pays à maintenir leurs dépenses sociales pourrait avoir des implications sur la réduction de la pauvreté et sur les objectifs de développement pour le Millénaire. À titre d’exemple, suite à la crise survenue en Asie de l’Est à la fin des années 1990, il a fallu près d’une décennie pour que le taux de pauvreté retombe à son niveau d’avant la crise dans les pays affectés par cette dernière. De très jeunes enfants qui sont gravement atteints de malnutrition peuvent subir des dommages cognitifs permanents et ne jamais être en mesure de rattraper leurs pairs qui sont nés à des époques plus faciles. Suite à la crise indonésienne de 1997-1998, le nombre d’enfants de 7 à 12 ans non scolarisés a doublé dans les zones rurales pour atteindre 12 % en quelques années. La crise a également eu des répercussions sur la santé des enfants ; le taux de mortalité infantile a augmenté de près de 3 points de pourcentage pendant la crise. Non seulement les dépenses sociales sont essentielles pour protéger les plus vulnérables et éviter les pertes de capital humain, il s’agit également d’une forme de stimulant budgétaire encore plus efficace que les réductions d’impôts. Les investissements qui réduisent les goulots d’étranglement dans le domaine des infrastructures dans les pays en développement peuvent avoir des effets multiplicateurs encore plus importants (FMI, 2009a ; Hooper et Sløk, 2009)15. Accroître les services d’infrastructure dans tous les pays d’Afrique subsaharienne au niveau de ceux de la République de Maurice pourrait permettre d’accroître la croissance par habitant de 2,2 points de pourcentage au maximum (Calderón et Servén 2008), tandis qu’atteindre le même niveau que ceux de la République de Corée permettrait de relever la croissance par habitant du pays de 2,6 points de pourcentage.
15 Dans leur rapport, Hooper et Sløk (2009) notent les multiplicateurs de différentes formes de dépenses budgétaires. La médiane de ces multiplicateurs varie entre 1,2 pour les achats de biens et services (y compris les dépenses dans l’infrastructure) et 0,2 à 0,5 pour diverses formes de réductions d’impôts. 
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