La Banque mondiale et les OSC font le point sur le programme « Demande de bonne gouvernance »

Disponible en: Ř§Ů„عربية, Español, English
DFGG 1
La Banque mondiale et InterAction ont conjointement organisé une session d’information sur les activités de la Banque dans le domaine de la demande de bonne gouvernance (Demand for Good Governance, DFGG). Cette session, qui s’est tenue à Washington le 23 février 2011, visait à recueillir des commentaires sur le programme DFGG de la Banque, dans le cadre des travaux préliminaires à la mise à jour de sa stratégie pour la gouvernance et la lutte contre la corruption (GAC II). Elle a notamment réuni, aux côtés des membres du personnel de la Banque, une trentaine d’organisations de la société civile (OSC). Cette rencontre était présidée par Cyprian Fisiy ; après avoir souhaité la bienvenue aux participants, le directeur du département Développement social de la Banque mondiale a fait un bref rappel de l’évolution des activités de l’institution en matière de demande de bonne gouvernance. Vivek Srivastava (spécialiste senior Secteur public à la Banque mondiale) a brièvement présenté la stratégie GAC, et précisé qu’il ne s’agissait pas en la matière de proposer une nouvelle stratégie mais plutôt de consolider la stratégie existante, la volonté du Groupe de la Banque mondiale étant de traiter ces questions d’une manière plus systématique et complète. (voir la présentation) (a)

Hélène Grandvoinnet (spécialiste senior Gouvernance à la Banque mondiale) a ensuite fait le point sur les activités de la Banque en matière de demande de bonne gouvernance (DFGG). Elle a expliqué l’importance du programme DFGG en ce qu’il peut permettre améliorer l’efficacité des opérations, la prestation des services et les résultats au plan du développement. Elle a souligné le fait que la demande de bonne gouvernance était déjà prise en compte dans certaines règles opérationnelles de la Banque mondiale (telles que les consultations effectuées dans le cadre de l’appui budgétaire) et qu’elle constituait un élément clé de certaines de ses réformes récentes (telles que la politique d’accès à l’information, et l’évaluation et l’atténuation des risques). Cependant, a-t-elle relevé, pour que cette approche puisse donner son plein potentiel, il faudra surmonter plusieurs difficultés, telles que le fossé entre les intentions et la réalité sur le terrain, le fait que certains gouvernements ne se montrent pas réceptifs à cette approche, l’insuffisance des capacités des OSC ou encore l’utilisation encore restreinte des médias sociaux. Hélène Grandvoinnet a terminé sa présentation en mettant l’accent sur certains des avantages comparatifs que la Banque apporte à ce programme, à savoir la capacité de rassembler autour de la table des intervenants très divers, d’allouer des financements substantiels et de produire et disséminer des connaissances sur ces problématiques (évaluations d’impact notamment). (voir la présentation) (a)

Francesco and Haidy
Deux représentants des OSC, Francesco de Simone (directeur principal des politiques, Transparency International) et Haidy Ear-Dupuy (conseillère principale, World Vision International), étaient invités à faire part de leurs observations sur les présentations et à structurer la discussion. Francesco de Simone a d’abord salué les efforts déployés par la Banque pour impliquer, selon une approche plus stratégique, les citoyens et les OSC, et leur donner les moyens d’interagir plus efficacement avec les gouvernements. Il s’est également félicité de l’importance que la Banque accorde à la promotion du renforcement des capacités des OSC, tout en l’invitant à impliquer les OSC plus en amont, dès la phase de planification et de conception des projets. Concernant la recherche et l’identification de partenaires potentiels parmi les OSC, il a suggéré que la Banque se mette en rapport avec les réseaux d’ONG existants à chaque fois que possible. Enfin, Francesco de Simone a souligné qu’une mise en œuvre effective et efficace du programme DFGG était conditionnée à un changement de comportement ; aussi la Banque doit-elle mette en place selon lui des incitations claires à l’intention de son personnel pour l’encourager à impliquer davantage et plus spontanément des acteurs externes.

À sa suite, Haidy Ear-Dupuy a déclaré que, si la stratégie GAC ne pouvait qu’être louée en ce qu’elle témoigne du chemin parcouru par la Banque en matière de promotion de la bonne gouvernance, elle faisait preuve d’une absence criante de référence aux rapports de pouvoir. La représentante de World Vision International a rappelé qu’il y a des pays où le gouvernement ne représente pas le peuple et où les citoyens sont marginalisés et craignent leur gouvernement. Dans les pays où les OSC sont perçues comme des opposants au gouvernement, il peut être difficile pour la Banque de mettre activement en œuvre son approche en faveur de la demande de bonne gouvernance. Comment, dans ces circonstances, promouvoir l’utilisation d’outils de renforcement des moyens d’action et du pouvoir, tels que le projet « voix et action citoyennes » ou les fiches de notation remplies par les citoyens, sans assumer la responsabilité qui en découle, à savoir protéger ceux qui surveillent et signalent ? En outre, sachant que les OSC qui encouragent les réformes ou jouent un rôle de surveillance dans ces contextes peuvent être en danger, Haidy Ear-Dupuy a questionné la position de la Banque sur la possibilité de soutenir les personnes et les organisations menacées. Elle a salué les efforts entrepris par la Banque pour impliquer un nombre de plus en plus grand d’acteurs au niveau des pays, tout en soulignant la nécessité d’y inclure également les partis d’opposition.

 Discussion

 DFGG 2
Ces interventions ont été suivies d’une discussion générale. Plusieurs participants ont évoqué les soulèvements politiques récemment intervenus au Moyen-Orient et ont mentionné le potentiel de la jeunesse dans le programme DFGG. À la lumière de ces événements, d’autres participants ont suggéré que la Banque ait davantage recours aux nouvelles technologies, et en particulier aux médias sociaux, dans l’action qu’elle mène pour toucher la société civile. Un participant a indiqué qu’il partageait l’avis de Haidy Ear-Dupuy sur l’importance cruciale de la question liée aux déséquilibres des pouvoirs, en ajoutant que la Banque était dans une position difficile à cet égard, dans la mesure où les gouvernements autoritaires sont ses « clients » et qu’ils feront probablement montre de peu d’ouverture sur ce sujet. En fait, il faudrait que la Banque indique clairement ce qu’elle peut et ne peut pas faire – ses limites en termes de statut, de compétences et d’analyse. Un autre participant a fait remarquer que, si le renforcement des capacités des OSC est un facteur clé pour susciter la demande de bonne gouvernance, pour être utile et durable, il doit être entrepris au niveau du pays, la formation devant être dispensée aux populations locales par les populations locales elles-mêmes.

DFGG 4

Aussi importantes soient-elles, il ne suffit pas d’adopter des législations sur l’accès à l’information et la responsabilité sociale pour assurer qu’elles soient effectivement appliquées ; il est donc impératif que la Banque travaille avec les gouvernements au renforcement de leur mise en œuvre. Un consensus s’est dégagé autour de l’idée que la Banque devrait engager un dialogue avec les partis d’opposition, dans la mesure où c’est cette opposition qui pourrait un jour gagner les élections, arriver au pouvoir et devenir du jour au lendemain le client de la Banque – comme cela a été le cas au Brésil quand le Parti des travailleurs a remporté l’élection présidentielle de 2002. Un participant a exprimé son accord avec Francesco de Simone sur la nécessité pour la Banque de réorienter les incitations à l’intention de son personnel afin de l’encourager à mettre pleinement en œuvre le programme DFGG. Enfin, il a été relevé que la pérennité des activités de DFGG exigeait de la Banque qu’elle soutienne les initiatives de gouvernance au delà du cycle triennal des projets.

(a) indique une page en anglais.




Permanent URL for this page: http://go.worldbank.org/I6NXLYDQ80