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Quels benefices, quels sacrifices?

Quand les conseils monétaires remplacent les banques centrales

Un certain nombre de pays ont remplacé leurs banques centralespar des conseils monétaires, dont l'Argentine, Hong Konget des pays opérant la transition d'une économieplanifiée à une économie de marché.Néanmoins le débat est toujours ouvert quant àla question de savoir si les conseils monétaires sont lameilleure façon de se protéger des "chocs extérieurs"(tels que les conséquences de la dévaluation dupeso mexicain en 1994, connues sous le nom d'"effet tequila"à cause des retombées qui ont affecté lesinvestisseurs des marchés naissants en 1995).

Tandis qu'un nombre croissant de pays envisagent d'adopter cessystèmes, des économistes du monde entier se demandentsi les bénéfices rendus possibles par les conseilsmonétaires (réduction de l'inflation, responsabilisation)justifient les sacrifices. C'est l'objet du rapport CurrencyBoards and External Shocks: How Much Pain, How Much Gain?de la BM, qui sortira ce mois-ci.

Ce document présente les discussions d'une table rondequi s'est tenue lors de l'Assemblée annuelle de la BM etdu Fonds monétaire international (FMI) le 4 octobre1996, et était parrainée par la région Amériquelatine et Caraïbes. Les économistes Guillermo Calvo,W. Max Corden, Stanley Fischer, Sir Alan Walters et JohnWilliamson ont cosigné le rapport, qui est publiésous la direction de Guillermo Perry et prend comme exemples l'Argentineet Hong Kong.

Qu'est-ce que les conseils monétaires ?

"Les conseils monétaires sont des institutions quiremplacent les banques centrales et s'assurent que la monnaied'un pays puisse être acheté à un certaintaux de change", affirme Guillermo Perry, économisteen chef pour la région Amérique latine et Caraïbesà la BM.

Les conseils monétaires ont trois grandes caractéristiques.Tout d'abord, ils utilisent un taux de change fixe qui ne peutêtre modifié. Ensuite, ils se tiennent prêtsà échanger la monnaie nationale au taux fixécontre une monnaie de réserve étrangère.Enfin, ils ne peuvent pas se transformer en prêteurs dedernier recours (pour sortir d'une crise financière lesbanques ou le gouvernement).

Ces caractéristiques sont à la fois positives (ellesobligent à la rigueur monétaire et la responsabilisation)et négatives (elles limitent les choix d'un pays en périodede crise économique). "Le principal avantage d'untel système est qu'il empêche toute politique monétairelibérale qui pourrait entraîner une hausse de l'inflation.Cependant, les conseils monétaires limitent la capacitéd'une économie à réagir aux mutations économiquesinternationales", note M. Perry.

Hong Kong a créé un système de conseil monétaireen 1983, avec un taux fixe de 7,8 dollars HK pour 1 dollarUS. "Un certain nombre de chocs qui auraient pu, selon toutevraisemblance, affecter les finances de Hong Kong, comme par exemplela faillite et les affaires de la BCCI, la crise boursièrede 1987 ou les événements de Tiananmen en 1988,ont été vécus sans grande douleur",souligne Alan Walters, vice-président et directeur du groupecommercial AIG, par ailleurs ancien conseiller économiqueen chef pour la Grande-Bretagne. M. Walters explique pourquoil'expérience du conseil monétaire a réussià Hong Kong, et étudie les perspectives pour laChine.

L'Argentine a créé un conseil monétaireen 1991 avec un taux de change fixe où le peso argentinétait garanti à 100 % par les réservesde devises étrangères, et convertible avec le dollarUS avec un rapport de 1/1. Simultanément, les réformeséconomiques pour libéraliser et privatiser l'économieont permis de réduire le déficit public et l'inflation."Ce fut une immense réussite. L'inflation a étécomplètement jugulée et une croissance rapide aété enregistrée pendant 4 ans, ce quis'est traduit par une hausse du PIB de 35 %", déclareJohn Williamson, économiste en chef pour la régionAsie du Sud à la BM.

Toutefois, "la combinaison d'un taux de change fixe, d'undéficit courant, d'une dette extérieure élevéesur le court terme et d'un système bancaire faible a faitde l'Argentine la principale victime de l'effet tequila",suite à la crise du peso mexicain.

L'une des principales critiques du système de conseilmonétaire est qu'il ne permet pas d'utiliser les taux d'intérêtpour se protéger contre les chocs ou renflouer les institutionsfinancières. "Mais c'est justement parce que les banquescentrales n'agissent pas toujours au mieux que de telles contraintessont imposées", précise Stanley Fischer, premierdirecteur général adjoint du FMI. Ce dernier donnel'exemple du gouverneur de la banque centrale d'Estonie qui seréjouissait du fait qu'un conseil monétaire empêchaitle renflouement des banques, opération qui d'aprèslui se révèle être une erreur à longueéchéance.

La question des conseils monétaires et des taux de changefixes doit être étudiée au cas par cas. M. Fischerconclut cependant que "la liste des pays pour lesquels unconseil monétaire (plutôt qu'un système àtaux de change fixe) est recommandé reste très courte,et la plupart des pays concernés seraient extrêmementpetits."


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