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« La Voix Des Pauvres » Une Nouvelle Étude Révèle L'aspect Humain De La Pauvreté

Selon la Banque mondiale, les nouvelles initiatives de développement s'inspirent déjà des conclusions du rapport
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Communiqué de presse n°:2000/248/S

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Personnes à contacter : Phil Hay (202) 473-1796
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WASHINGTON, 14 mars 2000 Une nouvelle étude publiée aujourd'hui par la Banque mondiale jette un éclairage nouveau sur les causes et les effets de la misère mondiale. « La Voix des pauvres » donne la parole à plus de 60 000 hommes et femmes de 60 pays qui expliquent en détail leur vécu et ce dont ils ont besoin pour améliorer leur sort.

De la Géorgie au Brésil en passant par le Nigéria et les Philippines, la nouvelle étude retrace les luttes et les aspirations quotidiennes des pauvres, ainsi que la manière dont ils affrontent, leur vie durant, les mêmes maux : la faim, le sentiment d'impuissance, l'isolement social, la corruption des pouvoirs publics, l'inégalité entre les hommes et les femmes et l'impolitesse des agents de l'administration locale. Si l'on en croit un grand nombre de personnes interrogées, la pauvreté est bien plus qu'une simple question de revenu. La pauvreté, c'est aussi être exclu des grandes décisions qui touchent sa propre vie et ne pas être représenté auprès des instances politiques locales ou nationales.

« Ce que nous racontent les pauvres donne à réfléchir », observent le président de la Banque mondiale, James D. Wolfensohn, et le Secrétaire britannique au développement international, Clare Short, dans la préface du rapport. « Nous saluons l'authenticité de cette étude remarquable… notre mission fondamentale est d'aider les pauvres à prendre en main leur propre destin, et ce rapport soulève des questions majeures pour nos deux institutions et pour tous ceux d'entre nous qui veulent combattre la pauvreté. Nous sommes prêts à assumer nos responsabilités et à consentir l'effort nécessaire pour répondre à ces voix… »

D'après M. Wolfensohn, la Banque mondiale a fait siennes les principales conclusions du rapport et, en particulier, les projets de développement de proximité qui permettent aux populations locales, d'une part, d'exercer un plus grand pouvoir de décision et de contrôle sur l'affectation à l'échelon national des ressources financières et autres, donc de se protéger contre la corruption, et, d'autre part, de mieux faire entendre leur voix auprès des institutions dont les décisions ont un impact sur leurs familles et leurs conditions de vie, de sorte que ces institutions soient davantage dignes de confiance et financièrement plus responsables.

Il ajoute que le puissant message de La Voix des pauvres a incité les bureaux régionaux de la Banque à renforcer l'appui et les ressources financières qu'ils fournissent, dans le cadre de leurs opérations sur place, aux programmes impulsés par les populations locales dans les pays clients, via des fonds d'investissement social, des initiatives locales destinées à améliorer les systèmes d'adduction d'eau et d'assainissement en milieu rural, et l'amélioration des logements précaires en milieu urbain. C'est ainsi qu'en Bolivie, où la Banque a collaboré étroitement avec les populations locales à la construction et à l'exploitation de centres de santé ruraux, la mortalité infantile a diminué de plus de 40 % par rapport à d'autres zones dépourvues de telles installations conçues et exploitées par la communauté.

Principales conclusions

Ce nouveau rapport, qui marque l'aboutissement de dix années de consultations intensives menées auprès des pauvres de cinq continents, avait un double objectif : recueillir des informations de première main sur la vie des déshérités et sur ce dont ils disent avoir besoin pour améliorer leur sort, et guider l'élaboration par la Banque de mesures inédites pour combattre la misère en vue de la prochaine édition du Rapport sur le développement dans le monde, qui aura cette année pour thème la lutte contre la pauvreté.

Cette étude, qui se fonde sur les milliers d'entretiens que les auteurs ont eus avec des habitants de pays en développement du monde entier, dresse un certain nombre de constats essentiels qui, de l'aveu même des pauvres, ont un impact sur leur vie quotidienne.

· La pauvreté a de multiples facettes
La persistance de la pauvreté s'explique par une conjonction de facteurs récurrents. Tout d'abord, s'il est vrai que la pauvreté se résume rarement à une privation dans un seul domaine, force est de constater que les pauvres souffrent systématiquement de la faim ; deuxièmement, la pauvreté comporte des dimensions psychologiques importantes, comme le sentiment d'impuissance et de ne pas avoir voix au chapitre, la dépendance, la honte et l'humiliation ; troisièmement, les pauvres n'ont pas accès aux infrastructures de base, comme la voirie, les transports et l'eau propre ; quatrièmement, on admet généralement que l'éducation offre un moyen d'échapper à la pauvreté, mais seulement si la qualité de l'enseignement et l'environnement économique s'améliorent pour l'ensemble de la société ; cinquièmement, les pauvres craignent tout particulièrement la maladie dans la mesure où le coût des soins de santé est exorbitant et qu'ils ne peuvent se permettre de ne pas travailler ; enfin, les pauvres parlent rarement de revenu, mais s'attachent en revanche à gérer leurs actifs physiques, humains, sociaux et environnementaux afin de compenser leur vulnérabilité.

· L'État, en règle générale, ne parvient pas à toucher les pauvres
Tout en reconnaissant le rôle de l'État en matière de fourniture de services d'infrastructure, de santé et d'éducation, les pauvres estiment que le domaine d'intervention des pouvoirs publics devrait être beaucoup plus vaste. Trop souvent, les pauvres se heurtent à l'impolitesse et aux humiliations des représentants de l'État lorsqu'ils cherchent à obtenir des soins de santé, à inscrire leurs enfants à l'école, à demander une aide sociale et à avoir accès à la protection de la police ou à la justice des autorités locales.

· Corruption et méfiance se révèlent être au coeur des problèmes des pauvres
Les hommes et les femmes pauvres ne font pas confiance aux représentants de l'État. Leur méfiance s'explique par leur vécu quotidien lorsqu'ils traitent avec des fonctionnaires corrompus ou qu'ils cherchent à inscrire leurs enfants à l'école, à se procurer des médicaments dans les dispensaires, même lorsqu'ils les ont déjà payés, à avoir accès à la justice ou à obtenir la protection de la police.

· Les foyers se disloquent sous l'effet des tensions provoquées par la pauvreté
Les ménages se désintègrent souvent parce que les hommes, incapables d'admettre que la conjoncture économique difficile ne leur permet pas de gagner un revenu suffisant, sombrent fréquemment dans l'alcoolisme ou se livrent à des violences domestiques, provoquant ainsi l'éclatement de la structure familiale. Les femmes, en revanche, tendent à oublier leur fierté pour rechercher des emplois, parfois humiliants, afin de nourrir la famille.

Les inégalités entre les sexes restent profondément enracinées ; l'émancipation économique des femmes ne débouche pas automatiquement sur l'émancipation sociale ou l'égalité au sein du ménage.

· Le tissu social, seule « assurance » des pauvres se désagrège
Cette assurance sociale — les liens de confiance et de réciprocité dont sont tributaires les pauvres faute d'actifs matériels — se distend. Difficile à inverser, cette tendance à la rupture de la solidarité et des liens sociaux accroît l'illégalité, la violence et la criminalité, tous phénomènes auxquels les pauvres sont les plus vulnérables au sein d'une société.

« La Banque a toujours écouté les pauvres, mais par son ampleur même cette étude et son analyse doivent retenir notre attention. Partout dans le monde, les expériences des pauvres mettent en lumière comment le pouvoir et les structures sociales déterminent qui a accès aux opportunités et qui est exclu », déclare Deepa Narayan, auteur de La Voix des pauvres et spécialiste principal du développement social à la Banque mondiale. « Le grand défi du XXIe siècle est de parvenir à instaurer, du niveau local au niveau mondial, des structures de gouvernance qui intègrent les pauvres et soient sensibles à leurs priorités et à leurs préoccupations. Il faut donc absolument renforcer leurs organisations, pour que ceux-ci puissent négocier directement avec les autorités, les ONG, les commerçants et les organismes internationaux. En un sens, « La Voix des pauvres » appelle à une prise de conscience de tous ceux, individus et organisations qui se soucient de la pauvreté ».

L'avenir Un développement intégré qui ne laisse personne au bord du chemin

Selon Deepa Narayan, le fait que la Banque mobilise davantage de concours pour des projets de développement communautaire ceux qui confèrent aux pauvres davantage de pouvoir, leur apportent une sécurité accrue et de nouvelles opportunités à l'échelon local , les communautés pauvres peuvent se hisser « aux commandes » pour évaluer elles-mêmes leurs besoins et concevoir les moyens d'améliorer leurs conditions de vie.

Parmi les projets communautaires en cours, on citera le financement de comités locaux pour l'éducation dans les zones rurales d'El Salvador, du Guatemala et du Honduras (ce sont les parents eux-mêmes qui gèrent les finances des écoles, veillent à la fréquentation scolaire, engagent les enseignants et contrôlent leur performance professionnelle), et un programme d'assainissement des taudis dans quatre villes d'Amérique latine Guatemala, Caracas, São Paulo et Recife où associations de quartier, ONG, et collectivités locales et entreprises privées s'emploient à améliorer l'habitat et les services locaux pour améliorer la santé et faire reculer la criminalité.

Les 3 milliards de dollars de prêt accordés par la Banque mondiale pour des actions de développement de proximité ont permis de mobiliser 5 autres milliards de dollars auprès des bailleurs de fonds, des gouvernements, et d'autres agences et banques de développement. Plus de 60 pays ont à ce jour créé des fonds de développement social, qui ont financé plus de 100 000 programmes de proximité dans le monde entier. Généralement, ces programmes portent notamment sur l'amélioration des écoles et des dispensaires, la formation des femmes à des savoir-faire professionnels et managériaux, et la modernisation de l'alimentation en eau et des routes locales.

Parmi les autres projets communautaires à l'étude à la Banque mondiale, figurent une formation des ONG actives en matière de santé (pour freiner la propagation du VIH/SIDA) en Chine, le financement de comités villageois de l'éducation en Indonésie (pour impliquer davantage la communauté au fonctionnement de l'école locale) et l'octroi de microcrédits aux victimes de guerre en Azerbaïdjan.

Le Cadre de développement intégré (CDI) qui, en partenariat avec la communauté internationale du développement et la société civile à tous les niveaux, permet aux pays en développement de concevoir les priorités de développement et les solutions qui conviennent le mieux à la situation du pays reproduit à l'échelon national ce type de démarche impulsée par les clients, selon D. Narayan. Parallèlement au surcroît d'appui apporté par la Banque au développement social, les problèmes soulevés par « La Voix des pauvres », estime-t-elle, forcent l'institution à mettre des stratégies novatrices au service de son action de développement

Outre les consultations approfondies directes auxquelles a donné lieu ce projet, la Banque mobilise la puissance de l'Internet pour se mettre à l'écoute de ses clients, partenaires et critiques et apprendre d'eux comment on peut le mieux combattre la pauvreté. Le Forum mondial pour le développement, espace de discussion électronique de la Banque (www.worldbank.org/devforum), tient actuellement une consultation publique mondiale sur la version préliminaire du Rapport sur le développement dans le monde 2001, qui a pour thème la pauvreté. Cette conférence en ligne est organisée en collaboration avec deux organisations non gouvernementales, le Bretton Woods Project et le New Policy Institute. Plus de 1000 participants du monde entier se sont inscrits pour cet échange en ligne qui se poursuivra jusqu'au 31 mars.

Les partenaires de la Banque entendent aussi La Voix des pauvres

La nouvelle étude de la Banque mondiale a reçu un accueil favorable de ses partenaires pour le développement international, certains la qualifiant de « témoignage étonnant de la vitalité et du dynamisme qui animent les pauvres ».




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