Contact: Andrew Kircher (202) 473-6313 akircher@worldbank.org Marianne Stigset (202) 458-4897 mstigset@worldbank.org Cynthia Case McMahon (TV/Radio) (202) 473-2243 Ccase@worldbank.orgWASHINGTON, 7 novembre 2002 — Une presse libre peut contribuer à la réduction de la pauvreté et au renforcement du développement économique dans les pays pauvres. Cependant, pour réussir à encourager le développement, ces médias doivent être indépendants, de qualité, et capables d'atteindre une audience large, selon un nouvel ouvrage publié par la Banque mondiale. Des médias libres et indépendants peuvent dévoiler la corruption dans le gouvernement et les entreprises, servir de porte-voix aux citoyens et aux populations et aider à la construction d'un consensus social permettant d'asseoir le changement, estime ce livre intitulé «The Right to Tell - The Role of Mass Media in Economic Development». De plus, ces médias peuvent améliorer le fonctionnement des marchés en fournissant des informations économiques fiables, à même de profiter aussi bien à un petit vendeur de légumes en Indonésie ou au Ghana qu'aux marchés mondiaux de capitaux opérant à Londres ou New York. Dans son avant-propos de la publication, M. James D. Wolfensohn, Président de la Banque mondiale, écrit «pour réduire la pauvreté, nous devons libérer l'accès à l'information et en améliorer la qualité». Il soutient que "lorsque les citoyens disposent de l'information, ils sont en mesure de faire des choix meilleurs. La liberté de la presse n'est pas un luxe réservé aux seuls pays riches. Elle est au cœur du développement équitable et juste. Des institutions, comme les médias libres qui soutiennent la transparence et l'autonomisation des couches défavorisées, sont indispensables." Cet ouvrage contient 19 chapitres réunissant les signatures de grands auteurs dont le Prix Nobel et ancien économiste en chef de la Banque mondiale, Joseph Stiglitz, Robert Shiller, l'auteur de «l'Exubérance irrationnelle» et le Prix Nobel de littérature (également journaliste dans sa jeunesse), Gabriel Garcia Marquez. Des auteurs des pays en développement décrivent les défis qui se posent aux médias dans certains pays comme les pays de l'ex-Union soviétique, la Thaïlande, le Bangladesh, l'Egypte et le Zimbabwe et illustrent le potentiel des médias en tant que catalyseurs du changement et de la croissance. Roumeen Islam, un des éditeurs de l'ouvrage et directeur à l'Institut de la Banque mondiale, écrit que cette étude intéresse en premier lieu les dirigeants, les organisations non gouvernementales, les journalistes, les chercheurs et les étudiants. "Ce qui importe le plus aux dirigeants est de savoir quelles mesures prendre pour favoriser l'émergence et la préservation de médias indépendants capables d'encourager une plus grande efficience économique," précise Islam. C'est là une question qui doit intéresser tous les pays, riches et pauvres", conclut-il. Les gouvernements peuvent élargir l'espace des médias, ajoute Islam, en renforçant la concurrence, en atténuant les obstacles devant l'émergence de nouveaux titres, en mettant en place un cadre réglementaire équilibré, ainsi qu'en encourageant et en participant à de nouvelles façons d'atteindre les gens. L'ouvrage décrit également l'efficience des médias et les règles de jeu qui les régissent dans divers pays du monde et met en exergue les politiques et conditions économiques qui encouragent ou entravent ces médias dans leur œuvre de soutien au développement économique dans les pays pauvres. Les auteurs examinent, dans leurs contributions, le rôle des médias dans la surveillance du gouvernement et du monde des affaires, leur pouvoir d'influence sur les marchés, leur rôle de transmetteur d'informations et d'idées nouvelles et de porte-voix des couches défavorisées de la société. Les médias dénoncent également les dangers qu'une presse irresponsable et sans éthique peut causer ainsi que l'impact des lois sur la diffamation qui menacent le libre exercice de la profession journalistique. Dans sa contribution, Stiglitz, lauréat du Prix Nobel, fait appelle à une plus grande transparence des gouvernements et soutient que les médias sont indispensables à la promotion de la bonne gouvernance. Stiglitz renvoie à d'autres travaux, faits à la Banque mondiale et ailleurs qui, en exigeant des entreprises de communiquer leurs niveaux de pollution aux médias, participent à la réduction des émissions de la pollution. "La liberté d'expression et de presse ont le double avantage de prévenir les abus de pouvoir des autorités gouvernementales et participent à la réalisation des besoins sociaux fondamentaux des individus," déclare Stiglitz. "L'amélioration de l'information et des règles qui en gouvernent la distribution peuvent atténuer l'ampleur des abus aussi bien dans les marchés que dans les instances politiques. Nombre de décisions politiques portent des conséquences économiques. De même, une information de qualité et d'actualité engage à une affectation des ressources à la fois meilleure et plus efficiente." Anciens reporters du Wall Street Journal, Timothy Carrington et Mark Nelson écrivent que les médias dans les pays pauvres sont considérés, de plus en plus, comme des «acquis de développement» capables de contribuer à une plus grande responsabilisation des gouvernements, à des marchés plus efficaces et à l'avènement de sociétés mieux informées. Cependant, Carrington et Nelson, chargés à l'Institut de la Banque mondiale d'aider les journalistes et les directeurs de médias à améliorer la qualité de leurs organisations, insistent que les médias sont, d'abord et avant tout, une entreprise économique et que leur survie dépend d'environnements économiques souvent instables, notamment dans les pays pauvres qui ne disposent pas de la manne publicitaire pour les soutenir. "De nombreux pays, de l'Albanie à la Zambie, commencent à prendre conscience de l'importance, pour leur devenir économique, d'élaborer des systèmes fondés sur la connaissance", écrivent-ils. "Ils sont à la recherche de voies et de moyens pour mettre en place des mesures d'encouragement, des politiques, des systèmes éducatifs et l'expertise technique, mesures toutes nécessaires pour leur permettre de profiter des profonds changements apportés par la propagation rapide des technologies de communication et d'information. Ces pays doivent comprendre qu'en axant leurs efforts sur la création de médias professionnels et libres - et en apprenant à accepter la critique - ils enclenchent un bon départ." Le livre aborde, en outre, la question incontestablement d'actualité qu'est la bonne gouvernance dans les entreprises. Alexander Dyck de la Harvard Business School et Luigi Zingales de l'Université de Chicago soutiennent que les médias libres et indépendants peuvent compléter des lois nationales d'entreprise faibles ou difficiles à appliquer en fournissant des informations au public et, partant, inciter les entreprises à un meilleur comportement. Ces deux auteurs considèrent que les médias participent à l'amélioration des attitudes et des comportements des entreprises en appelant les responsables politiques à agir, en poussant les actionnaires à contrôler les actions des gestionnaires et en exposant à l'opinion publique la réputation des dirigeants et des membres de conseils d'administration. "Les médias ont un rôle central dans la formulation des politiques d'entreprise et ne peuvent être ignorés dans l'analyse du système des affaires en vigueur dans un pays donné», ajoutent Dyck et Zingales. "Les dirigeants d'entreprises ne se soucient pas uniquement de leur réputation au-près d'mployeurs actuels et futurs mais aussi, plus généralement, au-près du public au sens large." La contribution de David Stromberg, de l'Université de Stockholm, s'interroge sur la façon dont les médias aident les populations en zones rurales enclavées à faire entendre leur voix auprès des décideurs politiques et à influencer le changement. La radio, en particulier, peut atteindre des électeurs dans les zones les plus reculées des pays en développement, aussi bien en Afrique qu'en Inde. Si ces électeurs sont bien informés, ils pourraient décider d'aller voter et soutenir les candidats qui défendent, le mieux, leurs intérêts. A titre d'exemple, aux Etats-Unis, dans les années 30, un grand nombre de fonds de secours avaient été affectés à des régions où une partie importante de la population disposait de poste radio et où le taux d'électeurs qui se sont rendus aux urnes était le plus élevé. "Les innovations apportées par la radio et la télévision ont modifié la force politique de différents groupes en affectant inversement ceux qui sont informés et ceux qui ne le sont pas," note Stromberg. "Aujourd'hui, la généralisation rapide de l'Internet aura des répercussions politiques similaires, créant des gagnants et des perdants." |