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LA BANQUE MONDIALE APPELLE A UNE ACTION INTERNATIONALE POUR PREVENIR LES GUERRES CIVILES

Disponible en: English, Español, 日本語
Communiqué de presse n°:2003/325/S
Contacts:
Lawrence MacDonald (202) 473 7465
lmacdonald@worldbank.org
Andrew Kircher (202) 473-6313
akircher@worldbank.org
Cynthia Case McMahon (TV/Radio) (202) 473-2243
Ccase@worldbank.org

PARIS, 14 mai 2003 — Une action internationale de prévention des conflits civils dans les pays pauvres pourrait épargner beaucoup de souffrances, atténuer la pauvreté et aider à mettre les populations à l'abri de nombreux autres effets qui se manifestent par le trafic de drogue, les maladies et le terrorisme, indique une nouvelle étude publiée par la Banque mondiale.

Contrairement au discours ambiant, les tensions ethniques et les anciennes dissensions politiques sont loin d'être les principales causes des guerres civiles, précise cette nouvelle étude. Les véritables causes sont souvent de nature économique et comprennent, entre autres, une pauvreté persistante et une forte dépendance aux exportations de ressources naturelles.

L'étude conclut que la communauté internationale a toutes les raisons et les moyens de prévenir de tels conflits. Elle propose trois axes d'intervention pour ce faire : apporter aux pays à risque une aide plus conséquente et mieux orientée, introduire une plus grande transparence dans la gestion des revenus provenant des ressources naturelles et une meilleure organisation de l'aide et du maintien de la paix à la cessation du conflit.

«Chaque fois qu'une guerre civile éclate, il y a toujours un historien pour en retracer les origines au 14ème siècle ou un anthropologue pour dire que les causes sont d'ordre ethnique» explique Paul Collier, principal auteur de ce rapport intitulé «Breaking the Conflict Trap: Civil War and Development Policy». «Il est vrai que certains pays sont plus exposés aux risques de conflit interne que d'autres, mais l'histoire ancienne et les tensions ethniques sont rarement les meilleurs explications. Il suffit de se pencher sur l'histoire récente du pays et, notamment, de ses conditions économiques.», poursuit Collier.

Depuis 1995, la Banque mondiale a participé aux efforts de reconstruction en Bosnie, au Rwanda, au Kosovo, en Sierra Leone, au Timor oriental, en République Démocratique du Congo (ex-Zaïre) et en Afghanistan. En réaction à ces conflits la communauté internationale et la Banque mondiale concentrent aujourd'hui leurs efforts sur la prévention des conflits.

Cette nouvelle étude de la Banque mondiale a analysé 52 cas de guerres civiles entre 1960 et 1999. Le conflit-type a duré sept ans environ et laissé dans son sillage pauvreté et maladies. L'étude a constaté que les répercussions négatives de ces conflits se sont propagées bien au-delà des zones de combat pour toucher les pays voisins, voire des pays riches plus éloignés géographiquement.

Etrangement, la diversité ethnique et religieuse et les disparités socio-économiques n'exacerbent pas forcément les risques d'embrasement d'un pays. Pour la moyenne des pays étudiés, l'étude estime que le risque de guerre civile fut de 6% tous les cinq ans. Mais le niveau de risque fut beaucoup plus inquiétant lorsque le pays traversait une crise ou un déclin économique et dépendait principalement de l'exportation de ressources naturelles. A titre d'exemple, la République Démocratique du Congo (ex-Zaïre) vivait vers la fin des années 90 dans une pauvreté extrême, avec une économie en ruines et des ressources minières considérables, et le risque de guerre civile y était de près de 80%!

«Lorsqu'un pays échoue dans son entreprise de développement, la probabilité de le voir plonger dans une guerre civile augmente sensiblement, et de tels conflits détruisent en retour les fondations du développement.» avertit Collier. «Ces pays peuvent sortir de ce cercle vicieux en mettant en place les politiques et les institutions nécessaires pour une véritable croissance. Les causes et les effets des guerres civiles appellent de toute urgence une action internationale», conclut Collier.

Paul Collier est actuellement conseiller principal du Vice-président pour l'Afrique sub-saharienne de la Banque mondiale et Directeur du Centre d'études des économies africaines à l'Université d'Oxford. Il a entrepris cette étude après un court passage à la Banque mondiale en tant que directeur du département de recherche.

Cette étude dénonce une approche répandue qui consiste à laisser aux guerriers le soin de régler leurs problèmes entre eux. «C'est une attitude à la fois cruelle et folle,» lâche Collier. Il faut d'abord rappeler que les malheurs causés par la guerre civile - la mort, les blessures, les maladies, l'éclatement social et la perte des biens - affectent avant tout des civils qui ne sont pas impliqués dans les combats et qui n'ont aucune prise sur le conflit et sa durée.

De plus, le coût intérieur de la guerre civile ne cesse pas avec l'arrêt des hostilités – il persiste pendant plusieurs années après la fin du conflit. Les pays victimes d'une guerre civile restent souvent bloqués dans une situation désastreuse de dépenses militaires élevées, de fuite des capitaux, de propagation des maladies infectieuses, de déclin de la croissance et d'installation de la pauvreté. Un pays qui sort d'un conflit armé court de très forts risques d'y sombrer à nouveau.

Conflits Locaux, victimes mondiales

Les effets négatifs ne s'arrêtent pas aux frontières: les pays voisins souffrent des conséquences immédiates et également à long terme du conflit - coût de l'accueil des réfugiés, risques d'épidémies (paludisme, sida ou tuberculose), augmentation des dépenses militaires, arrêt de l'investissement, déclin de la croissance, et risque de plus en plus élevé de voir les pays de la région basculer dans la guerre civile.

A l'échelle globale, trois fléaux sociaux majeurs peuvent être considérés comme des dérivés de guerres civiles: les drogues dures, le sida et le terrorisme international. A titre d'exemple, 95% de la production mondiale de la drogue provient de pays ravagés par des guerres civiles. La recherche épidémiologique indique que la propagation initiale du sida était intimement liée à la guerre civile en Ouganda en 1979 et aux viols à grande échelle qui ont eu lieu le long de la frontière avec la Tanzanie. Enfin, les groupes terroristes internationaux sont particulièrement attirés par les pays où l'autorité de l'État est absente pour y installer leurs camps d'entraînement (Al-Qaeda en Afghanistan).

«Le monde est trop petit et constitué de réseaux trop étroitement imbriqués pour contenir les impacts d'un conflit à l'intérieur des frontières d'un pays victime 'une guerre civile», déclare Nicholas Stern, Economiste en chef et Premier Vice-président chargé de l'économie du développement. «L'étude montre que même si nous ne sommes pas disposés à agir, par devoir moral, les intérêts personnels exigent que la communauté internationale œuvre de concert pour réduire le nombre et la durée de ces conflits aux conséquences tragiques et terriblement destructrices.», ajoute-t-il.

Un programme d'action

L'action collective dans ce domaine a, heureusement, permis d'engranger de véritables succès. Par exemple, les nouvelles règles internationale régissant le commerce du diamant ont permis d'affaiblir considérablement les moyens financiers des groupes rebelles qui comptaient sur «les diamants entachés de sang». Ces mesures ont contribué à la fin des rébellions en Angola et en Sierra Leone. La décision par les pays riches de pénaliser la corruption de responsables des pays en développement a permis d'atténuer la corruption, un des facteurs à l'origine des conflits. L'interdiction internationale des mines antipersonnel instaurée en 1997 a permis de réduire de moitié le nombre de victimes de ces engins explosifs.

«Il est de plus en plus reconnu qu'il ne peut y avoir de paix sans développement comme il ne peut y avoir de développement sans la paix», déclare Ian Bannon, chef de l'Unité de prévention des conflits et de la reconstruction de la Banque mondiale. «Les pays en développement, les donateurs, les organisations internationales, les ONG et les entreprises du secteur privé convergent tous sur la nécessité de mettre fin aux guerres civiles et à exploiter le formidable potentiel en faveur de la construction de la paix.»

L'étude de la Banque mondiale propose un programme d'action en trois volets qui compte une série d'initiatives déjà en cours de réalisation:

  • Aider plus et mieux. Augmenter l'aide et en améliorer l'affectation et la gestion, peut rendre une telle assistance plus efficace pour prévenir les conflits et soutenir les pays qui viennent de sortir de la guerre civile. Il s'agit de destiner l'aide aux pays les plus démunis, où les risques d'une guerre civile sont les plus élevées. Dans les pays extrêmement pauvres sans bonne gouvernance, cette aide devrait être axée sur la mise en oeuvre d'un nombre restreint de réformes telles que l'amélioration des services éducatifs et de santé maternelle, afin de préparer le terrain pour de futures réformes. La Banque mondiale oriente déjà son aide dans ce sens et de nombreuses agences d'aide bilatérale adoptent des règles analogues d'affectation de leur assistance.
  • Une meilleure gestion internationale des richesses naturelles. Les richesses naturelles telles que le diamant, le bois, le pétrole ou l'or sont souvent liées aux conflits, à la mauvaise gestion et au dépérissement de l'économie. Ces richesses constituent des sources de revenus alléchantes pour de potentiels rebelles. L'étude propose une série de mesures pour résoudre ce problème: dénier aux organisations rebelles l'accès aux marchés internationaux, ce qui est déjà le cas du diamant; réduire l'exposition des pays pauvres aux chocs des prix des matières premières par la mise en place de mécanismes d'assurance; introduire une plus grande transparence sur les revenus provenant des ressources naturelles en élaborant, par exemple, un format commun de notification des recettes et en soutenant les efforts de contrôle public de la manière dont ces revenus sont dépensés.
  • Coordonner les réductions dans les budgets militaires et faire suivre les interventions militaires par l'aide et les réformes: Les guerres civiles donnent souvent lieu à une course à l'armement des pays de la région, sapant les efforts de développement et exacerbant les risques de guerre. Les organisations régionales devraient négocier la réduction des dépenses militaires et les institutions financières internationales devraient en contrôler l'application. Lorsque la communauté internationale intervient pour mettre fin à un conflit armé, les engagements militaires et en termes d'aide devraient durer suffisamment longtemps pour permettre la reprise du développement. Cet effort nécessite un engagement sur quatre à cinq ans. Or, les forces de maintien de la paix et l'aide sont souvent drastiquement réduites au bout de deux années, ce qui augmente les risques de reprise des hostilités.

L'étude conclut que si on mettait en œuvre ces trois séries de mesures, les guerres civiles diminueraient en nombre et en durée et les pays qui sortent de la guerre auraient moins de risque d'y sombrer à nouveau. La conséquence serait que le nombre de pays en guerre civile diminuerait de moitié, soit un pays sur vingt au lieu du chiffre actuel d'un pays sur dix.

Pour une analyse supplémentaire des relations entre guerre civile et exportation des ressources naturelles, voir l'ouvrage «Ressources naturelles et conflits armés: options et Actions», une publication à paraître sous la direction de I. Bannon et P. Collier.

The full text of the report is available at: http://econ.worldbank.org/prr/CivilWarPRR/



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