Contacts: Au Caire Nehal El-Kouesney (20-2) 574-1670 Nelkouesney@worldbank.org À Dubai Deema Anani (971-50) 550-8014 Danani@worldbank.org À Washington Sereen Juma 1 (202) 473-7199 Sjuma@worldbank.org LE CAIRE, 26 juin 2003 — Selon un rapport de la Banque mondiale communiqué ce jour, les pays du Moyen-Orient et Afrique du Nord pourraient éviter une crise majeure du chômage dans les années à venir en développant les échanges et les investissements privés, créant ainsi des millions de nouveaux emplois. Engaging with the World : Trade, Investment and Development in MENA lance une mise en garde en rappelant que le maintien du statu quo — représenté par des économies protégées reposant essentiellement sur le secteur public et soutenues par le pétrole, l’aide et les envois de fonds des travailleurs expatriés — ne permet plus d’obtenir des taux de croissance ou des emplois suffisants, comme le montre l’expérience des deux dernières décennies. Le rapport invite les pays concernés à engager des réformes afin de promouvoir le commerce et l’investissement, ce qui permettrait à la région d’obtenir une croissance bien plus rapide et de créer les emplois dont elle a grand besoin. « C’est lorsqu’elle a été ouverte aux échanges, aux idées, à l’innovation et à l’entreprise privée, et qu’elle a exploité les atouts que représentent sa situation géographique, ses ressources et son esprit d’entreprise que la région a connu la plus grande prospérité », souligne Jean-Louis Sarbib, Vice-Président de la Banque mondiale pour la Région Moyen-Orient et Afrique du Nord. Relever la gageure du chômage Du Maroc à l’Iran, le problème de développement le plus important dans la décennie à venir sera de créer suffisamment d’emplois pour faire face à l’augmentation rapide de la population active. Pendant la période 2000-2010, le nombre des nouveaux entrants sur le marché du travail atteindra une moyenne de 4 millions par an — soit un effectif deux fois plus important que lors des deux dernières décennies. Le taux de chômage de la région, dont la moyenne s’établit à 15 % à l’heure actuelle, a doublé au cours des deux dernières décennies et se situe aujourd’hui parmi les plus élevés du monde. Le chômage frappe encore plus lourdement les jeunes, les diplômés, les femmes et les demandeurs d’un premier emploi. À l’heure où ces pays sont confrontés à la baisse régulière des recettes pétrolières par habitant, des apports d’aide et des envois de fonds des travailleurs expatriés, il est indispensable de trouver d’autres alternatives viables que l’emploi dans le secteur public. « Ceux qui se présentent sur le marché du travail aujourd’hui sont jeunes et mieux instruits qu’auparavant, ce qui signifie que, dans un contexte économique porteur, ils pourraient fournir la base d’une croissance rapide et soutenue, comme dans les autres pays du monde »déclare Mustapha Nabli, économiste en chef de la Banque mondiale pour la Région Moyen-Orient et Afrique du Nord. « Mais si des contraintes pèsent sur la situation économique, l’avantage démographique peut se transformer en une malédiction démographique qui ouvrira la voie à une crise sociale ». Selon le rapport, les pays du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord peuvent relever ces gageures en approfondissant et en accélérant les réformes qu’ils ont déjà engagées. Ils doivent procéder à un triple recentrage fondamental de leurs sources de croissance, qui devront passer du secteur pétrolier aux secteurs non pétroliers, des activités dominées par le secteur public à des activités fondées sur le jeu du marché, et d’une économie protégée ou les activités de substitution des importations sont protégées à une économie privilégiant les activités compétitives axées sur l’exportation. L’expansion des échanges et des investissements est à la clé des réformes prescrites. Le potentiel de la région est en grande partie inexploité L’expérience montre que la violence et les conflits ont des conséquences préjudiciables sur l’intégration des échanges et des investissements et qu’ils ont des retombées importantes qui affectent non seulement les pays aux prises avec un conflit, mais aussi tous leurs voisins. Dans les pays Moyen-Orient et Afrique du Nord, ces conflits ont un effet démobilisateur. Mais, selon les auteurs du rapport, le commerce et l’investissement sont surtout pénalisés par des obstacles liés à la politique intérieure des pays. Craignant de ne pouvoir affronter la concurrence sur le marché mondial, les pays ont souvent été tentés par le protectionnisme, mais ce pessimisme n’a pas lieu d’être. Compte tenu de l’avantage que présente la taille la région, de la compétitivité relative des salaires et de la proximité des marchés à revenu élevé de l’Union européenne, le volume des échanges pourrait tripler par rapport à son niveau actuel. L’augmentation des exportations non pétrolières conjuguée à un meilleur climat de l’investissement pourrait stimuler l’investissement privé intérieur et multiplier par cinq ou six les investissements étrangers directs, pour atteindre approximativement 3 % du PIB. « Si la moitié seulement du potentiel de la région en matière de commerce et d’investissement était exploitée au cours des dix prochaines années, le taux de croissance du PIB par habitant passerait de 1 % à non moins 4 % par an environ — une moitié étant attribuable à la progression de l’investissement privé et l’autre moitié à l’ouverture sur l’extérieur, qui favorise l’augmentation de la productivité » explique Dipak Dasgupta, Chef sectoriel pour la politique économique et principal auteur du rapport. « Chose plus importante, cela permettra de créer les emplois nécessaires pour absorber les nouveaux arrivants sur le marché du travail, lutter contre la progression tendancielle du chômage dans la région et améliorer la qualité de vie des populations ». Les femmes, dont un tiers seulement font partie de la population active aujourd’hui, constituent une énorme ressource inexploitée de la région. L’expérience de l’ensemble des pays du monde tend à monter que les femmes, et en particulier celles qui sont jeunes et qui ont un bon niveau d’instruction, ne peuvent que profiter des réformes entreprises pour promouvoir les échanges et améliorer le climat de l’investissement. Ces effets positifs sont déjà évidents dans l’industrie du vêtement et dans les textiles en Égypte, en Jordanie, au Maroc et en Tunisie. Si les obstacles économiques et sociaux qui empêchent les femmes de s’engager dans la vie active sont supprimés, leur plus grande participation à l’activité économique peut stimuler la croissance et la productivité de la région. L’efficacité exige des réformes hardies, multiformes et plus rapides Pour pouvoir profiter des avantages importants que permettrait l’accélération de l’intégration à l’économie mondiale, les pays du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord doivent s’engager dans un processus ‘d’intégration profonde’, en adoptant des politiques commerciales et d’investissement visant à lever son seulement les obstacles aux frontières tels que les contingents, les licences d’importation, les droits et formalités de douane, mais aussi l’ensemble des contraintes à l’intérieur des frontières. Les réformes doivent donc tendre à libéraliser les services de base essentiels dans les télécommunications, les services financiers, l’eau et l’électricité. Les réformes commerciales concernant l’agriculture seront d’une importance cruciale pour accroître la productivité et créer davantage d’emplois dans un secteur d’importance vitale pour les économies de la région. Une déréglementation cohérente de l’investissement peut faciliter la réorientation des ressources consacrées aux entreprises protégées et improductives, au profit des secteurs nouveaux, axés sur l’exportation. Le rapport rappelle toutefois qu’il faudra gérer les coûts de transition dans certains secteurs tels que l’emploi du secteur public et l’agriculture. « Les réformes ne sont jamais faciles et elles supposent un soutien véritable de l’opinion publique » reconnaît Nabli. « C’est pourquoi, elles doivent être engagées de manière résolue et complétées par des mesures appropriées afin de donner dynamisme et crédibilité au programme », ajoute-t-il. « De cette façon les différents secteurs d’activité et les différents groupes de la population peuvent se rendre compte des avantages des réformes et mieux en répartir les coûts. » Le rôle fondamental des partenaires commerciaux internationaux et régionaux Le rapport propose de lier les réformes à des accords commerciaux régionaux et à des instances multilatérales telles que l’Organisation mondiale du commerce (OMC), et de rallier l’adhésion de l’option publique aux changements. C’est particulièrement important au moment où les pays se préparent aux négociations qui vont s’engager lors de la prochaine réunion ministérielle de l’Organisation mondiale du commerce à Cancun, au Mexique, en septembre 2003. Mais il faudra tout d’abord qu’un nombre plus important de pays de la région deviennent des membres à part entière de l’OMC, ce qui nécessitera le soutien des partenaires commerciaux de la région. L’union douanière qui vient d’être créée entre les pays du Conseil de coopération du Golfe et l’Union européenne se traduira par la formation d’un vaste marché commun, et le rapport invite les pays du Moyen-Orient et Afrique du Nord à se joindre à ces zones économiques régionales. De leur côté, les partenaires commerciaux tels l’UE doivent ouvrir plus largement l’accès de leurs marchés à l’agriculture — le secteur qui risque de payer le plus lourd tribut en termes de pertes d’emplois au processus de la réforme. L’Union européenne pourrait aussi apporter un soutien en ouvrant davantage ses portes aux migrants temporaires qui cherchent un emploi et en fournissant des fonds pour gérer les coûts de la transition. « Les partenaires commerciaux tels que l’Union européenneet les États-Unisjouent un rôle important en revitalisant les incitations et l’efficacité des accords commerciaux et en montrant les avantages concrets des réformes relatives au commerce et à l’investissement », souligne Dasgupta. « Ces partenaires devraient revoir leur politiques afin de renforcer leurs partenariats avec les pays du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord, et permettre ainsi à chacune des parties d’en retirer des avantages accrus ». Pour de plus amples informations sur les activités de la Banque mondiale au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, consulter le site : http://www.worldbank.org/mena |