| 2 juillet 2004 – Nombreux sont ceux dans les pays industrialisés qui associent le slogan « sauver l’environnement » avec la préservation d’une plante, d’un oiseau ou d'un animal à l’habitat lointain. Mais pour la plupart des gens pauvres dans les pays en développement, sauver l’environnement, bien que ce soit rarement formulé ainsi, se traduit par des choses beaucoup plus immédiates et concrètes : assainir là où ils vivent de façon à ce qu’ils puissent mener des vies plus saines et plus productives. « Lorsque votre enfant est gravement malade (s'il a une pneumonie ou la diarrhée), sauver l’environnement n’est pas un luxe, » dit Kulsum Ahmed, Spécialiste environnemental principal à la Banque mondiale. De façon fondamentale, sauver l’environnement, c’est réduire la pauvreté, en permettant aux gens de vivre en bonne santé, de travailler de façon plus productive, et de voir leurs enfants grandir et se développer. Au cours de la Journée mondiale de la terre, le 22 avril dernier, la Banque mondiale a lancé un appel pour qu’une action concertée à l’échelle mondiale soit prise de façon à combattre les maladies causées par un environnement malsain, en améliorant la qualité de l’air, de l’eau et de la terre. La santé environnementale, c'est-à-dire l’assainissement de l’environnement de telle façon à ce que des millions de gens pauvres puissent vivre des vies plus saines, est un des axes principaux de la stratégie environnementale de la Banque mondiale. Cette dernière s’efforce en effet d’intégrer la priorité de l’environnement dans l’ensemble de ses travaux. « Il faut poursuivir l’effort car il reste encore tellement à faire pour améliorer la santé des populations pauvres, » dit Ahmed. Les statistiques de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) sur la charge de morbidité montrent que les taux des infections respiratoires, des diarrhées et du paludisme représentent près de 20 pour cent des décès dans les pays en développement ayant des taux élevés de mortalité. Toutes ces maladies sont associées à des facteurs environnementaux. - A l'heure actuelle, chaque année dans le monde :
- 3 millions de personnes meurent prématurément de maladies d’origine hydrique
- plus de 700 000 enfants de moins de 5 ans meurent de diarrhée, rien qu’en Inde
- 2 millions de personnes meurent à cause de l’inhalation de fumée provenant de foyers allumés à l’intérieur de leurs maisons. Près de la moitié de ces décès ont lieu en Inde et en Chine. La plupart des victimes sont des enfants ou des femmes dans des familles rurales pauvres qui n’ont pas accès à de l’eau salubre, à des équipements d’hygiène et à des combustibles domestiques modernes.
- 1 million de personnes meurent du paludisme ; la plupart dans les pays d’Afrique Subsaharienne
- 1 million de personnes meurent à cause de la pollution de l’air en milieu urbain
Des interventions simples, mais difficiles à mettre en pratique Depuis longtemps, on connait la corrélation qui existe entre un environnement malsain et la pauvreté. Pourtant, ce n’est que récemment que la Banque mondiale a décidé de mettre l’accent sur la santé environnementale et d’en faire une priorité dans ses travaux. La santé environnementale est une de ces questions à caractère trans-sectoriel, où les solutions sont souvent simples mais parfois difficiles à mettre en œuvre. La problématique de la santé environnementale exige une approche globale et un effort conjoint par des groupes différents qui ne sont pas nécessairement au courant de l’étendue du problème et ne coordonnent pas entre eux de façon naturelle, dit Ahmed. La façon de réduire efficacement la pollution de l’air à l’intérieur de la maison, qui augmente les risques de maladies respiratoires chez les enfants et chez les adules, constitue un bon exemple. Ce type de pollution provient de l’utilisation dans les foyers de combustibles traditionnels, comme le bois de chauffe, les tourteaux de bouse ou les résidus de récolte, pour les besoins de la cuisine et du chauffage. Les interventions qui s’avèrent efficaces pour réduire la pollution à l’intérieur du foyer sont les Rien qu’en Inde, passer du bois de chauffe à des combustibles propres, comme les gaz de pétrole liquéfiés (GPL) pour les besoins de la cuisine au cours de la dernière décennie ont réussi à diminuer le nombre de personnes exposées à la fumée des foyers dans leurs maisons d’environ 80 millions. Des études épidémiologiques rigoureuses ont montré qu’au cours des dernières années, le fait de se laver les mains et d’adopter de bonnes pratiques d’hygiène peut réduire les décès causés par les diarrhées de 30 à 50 pour cent. |
| suivantes : - améliorer la ventilation en encourageant une construction appropriée des maisons, avec des cheminés et des fenêtres
- mener des campagnes d’information publiques générales ainsi que des campagnes plus ciblées de façon à encourager les groupes de femmes à éduquer leurs familles sur les dangers environnementaux et leurs impacts sur la santé (par exemple, en expliquant aux femmes de ne pas porter leurs bébés sur le dos pendant qu’elles font la cuisine, pour éviter qu’ils ne respirent de la fumée, ou en leur apprenant la façon de nettoyer leurs foyers)
- améliorer la conception des foyers existants de façon à réduire l’exposition à la fumée, en encourageant les efforts des organisations non gouvernementales locales, les ministères de l’énergie ou les agences de développement rural qui sont les responsables habituels de ce type de programmes.
- améliorer la disponibilité de combustibles plus propres, en encourageant les ministères de l’énergie qui ont d’habitude pour mandat la formulation de ce type de politiques.
Combiner des interventions à grande échelle avec les interventions à l’échelle locale. Des interventions générales à grande échelle, telles que l’amélioration des infrastructures, des services énergétiques, des systèmes de soins de santé et l’éducation des communautés pauvres, constituent une sorte "d'artillerie lourde" qui peut atténuer les risques de santé environnementale les plus graves. Mais ils doivent être complétés par des améliorations simples au niveau local, susceptibles d’avoir un énorme impact sur la santé. La réduction de la diarrhée constitue un bon exemple. En plus du traitement de l’eau dans des installations régionales éloignées, il faut encourager les gens à se laver les mains avec de l'eau et du savon. Se laver les mains est en effet une des interventions les plus efficaces pour réduire la diarrhée. Selon une étude récente, l’incidence de la maladie diminue très fortement lorsque les gens utilisent du savon, même lorsque l’eau est polluée. Dangers traditionnels et dangers modernes L’urbanisation rapide soumet les habitants pauvres des bidonvilles à deux risques simultanés. En plus de souffrir d’une pollution due à des combustibles de cuisine « sales », de foyers inadéquats et d’un mauvais accès à l’eau et à l’hygiène, ces personnes sont en plus exposées aux dangers environnementaux apportés par la modernisation, comme la pollution de l’air urbain, les fumées d’échappement et la pollution industrielle. Beaucoup plus d’efforts sont nécessaires pour comprendre les types d’interventions et de politiques qui ont le plus d'impact efficace sur la santé, et pour ne plus simplement se fier à celles qui paraissent avoir le meilleur impact, dit Ahmed, faisant référence aux exemples mentionnés ci-dessus, où plus d’hygiène (se laver les mains) et d’équipements sanitaires (latrines) apportent plus de bénéfices en matière de santé que le fait de se fier uniquement aux installations de traitement de l’eau. Répondre aux besoins des populations pauvres « En plus de donner une priorité à cette question et d’améliorer la coordination entre tous les organismes concertés, nous devons également mettre l’accent sur des politiques qui encouragent la bonne gouvernance et qui répondent véritablement aux besoins des pauvres, » dit Ahmed. |