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WASHINGTON, 17 avril 2005 — Cinq ans après la Déclaration du Millénaire, de nombreux pays ont progressé vers la réalisation des Objectifs de Développement du Millénaire (ODM), mais d'autres, encore plus nombreux, sont à la traîne. Des avancées plus rapides sont nécessaires pour réduire la mortalité maternelle et infantile, augmenter les taux de scolarisation dans le primaire, et abolir les obstacles à la scolarisation d'un nombre plus important de filles, précisent les derniers World Development Indicators 2005 (WDI) (Indicateurs du développement dans le monde 2005) de la Banque mondiale. Le résumé annuel des indicateurs économiques, sociaux, environnementaux, commerciaux et technologiques de la Banque, les WDI, signale que seuls 33 pays sont en passe de réaliser l'objectif de 2015 : réduire la mortalité infantile des deux tiers par rapport au niveau de 1990. Près de 11 millions d'enfants dans les pays en développement meurent avant l'âge de 5 ans, pour la plupart de causes facilement évitées dans les pays riches. Parmi ces causes, les infections respiratoires aiguës, la diarrhée, la rougeole et la malaria représentent au total 48 % des décès d'enfants dans les pays en développement. La section Vue Mondiale des WDI suit les progrès réalisés sur tous les indicateurs relatifs aux ODM. Elle apporte la preuve que les inégalités internes aux pays – entre riches et pauvres, entre villes et campagnes, entre hommes et femmes – peuvent être des obstacles aussi difficiles à franchir pour la réalisation des ODM que les inégalités entre pays. En Inde, par exemple, le taux de scolarisation parmi les 20 % de personnes les plus riches est le double de celui des plus pauvres. Au Mali, la mortalité infantile au sein des familles rurales pauvres est deux fois plus élevée que celle qu'enregistre la population riche et urbaine.
Les chiffres rassemblés par la Banque suggèrent que quatre régions – Asie orientale et Pacifique, Europe orientale et Asie centrale, Amérique latine et Caraïbes, Moyen-Orient et Afrique du Nord – ont fait d'importants progrès vers l’objectif d'une réduction des deux tiers de la mortalité infantile. Le défi le plus difficile à relever est celui de l'Afrique sub-saharienne, où la mortalité infantile n'a baissé que de façon marginale (de 187 décès pour 1000 en 1990 à 171 pour 1000 en 2003, dernière année pour laquelle des chiffres soient disponibles). En Afrique sub-saharienne, les ODM sont de réduire à 62 pour 1000 la mortalité des enfants de moins de cinq ans d'ici à 2015. Dans l'enseignement primaire, 51 pays sont déjà parvenus à scolariser 100 % des enfants en âge d'aller à l'école, et sept de plus, surtout en Amérique latine, sont en bonne voie, mais les progrès sont lents dans certaines régions d'Afrique et d'Asie. Au niveau mondial, plus de 100 millions d'enfants scolarisables dans le primaire ne vont pas à l'école, dont près de 60 % de filles. Cette situation perdure bien qu'il existe des preuves absolument incontestables que le fait d'apprendre aux enfants à lire, écrire et compter peut promouvoir la croissance économique, stopper la propagation du sida et briser le cycle de la pauvreté.
L'Asie du Sud et l'Afrique sub-saharienne sont très en retard par rapport à l'objectif "L'Education pour Tous", et, au rythme actuel, n'y parviendront pas d'ici à 2015, tandis que les pays en développement d'Europe, d'Asie centrale, du Moyen-Orient et d'Afrique du Nord devront accélérer le taux d'inscriptions à l'école pour les atteindre. En revanche, l'Asie de l'Est et le Pacifique, l'Amérique latine et les Caraïbes devraient réaliser cet objectif bien avant 2015.
“Les pays riches donateurs doivent aider les pays en développement, qui prennent au sérieux le fait de donner à tous leurs garçons et leurs filles un enseignement primaire de qualité ; avec des financements et des soutiens supplémentaires, ils devront augmenter les taux de scolarisation, commencer à former de nouveaux enseignants, construire davantage de salles de classe et améliorer la qualité de l'éducation”, a déclaré Jean-Louis Sarbib, premier vice-président de la Banque pour le Développement Humain. “Dans un monde tragiquement privé de solutions magiques, l'enseignement primaire demeure l'un des moyens de développement disponibles les plus spectaculaires. Le progrès de l'éducation – comme pour tant d'autres enjeux du développement – devient possible en conjuguant volonté politique et ressources.”
Malgré la promesse des dirigeants du monde d'abattre les barrières entre les sexes qui interdisent aux filles une scolarisation primaire et secondaire d'ici à 2005, les chiffres ODM disponibles les plus récents démontrent que, malgré des progrès significatifs, de nombreux pays en 2002-2003 étaient encore très loin de pouvoir atteindre cet objectif. La preuve existe que des niveaux d'éducation plus élevés pour les filles et les femmes sont uniformément associés à l'augmentation de la productivité économique, ainsi qu'à la baisse de la mortalité maternelle et infantile et des taux de fertilité.
Personnes en dénuement extrême : "un appel urgent à l'action"
En ce qui concerne les revenus les plus faibles, les données des WDI rendues publiques l'année dernière indiquent une baisse globale du nombre et de la proportion des personnes vivant dans un dénuement extrême, c'est à dire avec moins d'un dollar par jour. Quatre cents millions d’individus sont sortis de l'extrême dénuement entre 1981 et 2001, ce qui réduit le nombre des plus pauvres à 1,1 milliard d’habitants dans le monde, soit 21 % de la population des pays en développement en 2001.
Par delà le chiffre d'un dollar par jour, les WDI révèlent que le revenu quotidien moyen des personnes vivant avec moins d'un dollar par jour est passé durant ces mêmes années de 0,72 à 0,83 dollar. Mais en Afrique sub-saharienne, où le nombre de personnes extrêmement pauvres a presque doublé, de 164 milliards en 1981 à 313 milliards en 2001, le revenu moyen de celles qui vivent avec moins d'un dollar par jour a également diminué, de 0,64 à 0,60 dollar.
“Ce niveau de dénuement devrait servir d'appel urgent à l'action en cette année de l'Afrique”, a déclaré François Bourguignon, premier vice-président de la Banque pour l'Economie du Développement. “Inverser cette tendance exigera que les taux de croissance économique augmentent, et que cette augmentation bénéficie aux pauvres.”
L'accroissement de la pauvreté en Afrique s'accompagne d'une aggravation de la faim. La malnutrition, qui se traduit par une consommation alimentaire trop faible pour préserver un niveau d'activité normal, s'est accrue en Afrique sub-saharienne entre 1992 et 2002.
L'absence de progrès de l'Afrique vers les ODM est en grande partie imputable à une faible croissance compliquée par les fardeaux de la maladie, de la famine et des conflits armés. A la fin 2003, par exemple, 15 millions d'enfants de par le monde avaient perdu leurs deux parents ou l'un d'eux à cause du sida, dont 12 millions en Afrique. De même, près de 85 % des décès dus à la malaria se sont produits en Afrique.
Les indicateurs économiques donnent de l’espoir
Si certains des indicateurs sociaux que dessinent les WDI soulignent l'urgence d'agir dès aujourd'hui pour atteindre les ODM, le taux de croissance économique des pays en développement, qui s'est chiffré à 6,6 % en 2004, donne des raisons d'espérer.
Le commerce des pays en développement a augmenté de 11,3 % en 2003, soit près du double du taux de croissance du commerce mondial (6,3 %), que mesure la somme des importations et des exportations. L'expansion soutenue de la Chine sur le marché mondial a fait progresser le PIB en Asie de l'Est et dans le Pacifique de 45 % en 1990 à 77 % en 2003. A elle seule, la Chine représente 5 % du commerce mondial et 20 % du commerce des pays en développement. Le commerce représente également une part sensiblement plus importante du PIB en Amérique latine et dans les Caraïbes, celle-ci étant passée de 23 % en 1990 à 42 % en 2003.
Comme environ 70 % des pauvres des pays en développement vivent en milieu rural, la réduction du protectionnisme agricole dans les pays riches contribuerait à réduire la pauvreté en permettant aux agriculteurs des pays en développement de développer leurs revenus tirés du commerce. Les WDI montrent que la moyenne des tarifs douaniers pesant sur les importations des pays en développement a baissé entre 1993 et 2003, et pourtant les barrières douanières affectant le flux d'exportations de denrées alimentaires des pays à revenus faibles vers les pays à revenus élevés de l'OCDE se sont renforcées. L'expansion continue du commerce mondial – la clé des perspectives de croissance des pays en développement – dépend pour une large part d'une nouvelle libéralisation du commerce dans le cadre des négociations de Doha de l'OMC, notamment en incitant les pays riches à ouvrir leurs marchés aux exportations des pays pauvres.
Les indicateurs économiques combinés d'Asie de l'Est esquissent le cercle vertueux d'une augmentation du commerce, de la consommation, de l'épargne et des investissements. Dans ces régions et dans d'autres, les gouvernements adoptent progressivement des politiques de stabilisation fiscale accrue, ce qui a renforcé la tendance à une réduction de l'inflation et des taux d'intérêt. En 2003, par exemple, 32 pays du monde ont connu un taux d'inflation à deux chiffres, contre près de 50 en 2000.
L'augmentation des capacités statistiques est indispensable au développement
Le suivi des progrès accomplis vers les ODM est compliqué par le fait que de nombreux pays en développement – qui font souvent face aux défis les plus importants dans ce domaine – ne disposent pas de la capacité de recueil de statistiques permettant de mesurer leur niveau de développement économique, social et humain avec exactitude. Seule la moitié des pays en développement du monde possède des données adéquates permettant de suivre les tendances et de déterminer par là même si les ODM sont en passe d'être atteints.
Le Groupe de Données de la Banque mondiale traite cette situation grâce au Programme d'établissement d'outils statistiques (STATCAP), dont les financements aident les pays membres à améliorer leurs systèmes de mesure. Le soutien direct aux pays comprend des services de conseil en statistique et des ressources visant à mettre à niveau des activités statistiques spécifiques. Ce travail se fait en partenariat avec la communauté internationale de la statistique, qui comprend les agences de l'ONU, l'OCDE, le FMI, les banques de développement régional et d'autres donateurs.
“Elaborer des systèmes de recueil et d'analyse des statistiques constitue une première étape essentielle pour rester dans la course à la réalisation des ODM”, a déclaré Shaida Badiee, Directeur du Groupe de Données de la Banque mondiale. “Ils dessinent la carte routière sans laquelle le voyage ne peut commencer et encore moins conduire au succès que nous souhaitons tous.”
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