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La pauvreté

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Article : La crise financière pourrait acculer à la pauvreté 53 millions de personnes supplémentaires

Six thèmes stratégiques: Pays les plus pauvres

La Banque mondiale publie de nouvelles estimations de la pauvreté - Août 2008
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Sudhir Shetty
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APERÇU :

  • Selon les nouvelles estimations de la Banque mondiale, 1,4 milliard de personnes environ, soit l’équivalent de plus d’un quart de la population du monde en développement, vivent en-dessous du seuil international de pauvreté, fixé en 2005 à 1,25 dollar par jour1. Ces chiffres remplacent les précédentes estimations établies à partir d’un seuil de pauvreté fixé à un dollar par jour, et se basent sur le nouveau seuil d’extrême pauvreté, défini par le Programme de comparaison internationale (PCI), qui fournit des données nettement plus justes et complètes sur la parité des pouvoirs d’achat à l’échelle internationale.

  • La réduction de la pauvreté au cours du temps demeure tout aussi significative si l’on prend en compte le nouveau seuil de pauvreté. La proportion de personnes pauvres dans la population mondiale était de 52 % en 1981, de 42 % en 1990 et de 26 % en 2005. Cependant, compte tenu du temps qui sépare la réalisation des enquêtes de la publication des données, les nouvelles estimations ne rendent pas encore compte des conséquences de la hausse des prix alimentaires et des carburants survenue en 2007 et 2008, pas plus qu'elles ne prennent en considération les conséquences de la crise économique mondiale.

  • La forte croissance économique à laquelle on avait assisté ces dix dernières années dans les pays en développement rendait réalisable à l’échelle mondiale l’objectif de développement pour le Millénaire (ODM) visant à réduire de moitié l’extrême pauvreté. Cependant, les répercussions des crises financière, alimentaire et énergétique mettent désormais en péril la réalisation de cet objectif.

  • En se basant sur un seuil de pauvreté fixé à 1,25 dollar par jour, on peut estimer que dans les pays en développement, la baisse des taux de croissance en 2009 empêchera 53 millions de personnes (par rapport aux prévisions antérieures à la crise) de sortir de la pauvreté. Si l’on se base sur un seuil de pauvreté fixé à 2 dollars par jour, le chiffre s’élève à 65 millions de personnes.

  • Ces estimations sont établies en fonction des trajectoires définies avant la crise. Étant donné les prévisions actuelles concernant la croissance, les taux de pauvreté devraient tout de même baisser dans le monde en développement, bien qu’à un rythme plus lent. Selon ces mêmes estimations de croissance (de fin de crise), le taux de pauvreté global fixé à 1,25 dollar par jour devrait passer de 21% en 2008, année d’avant la crise, à 18% (1,04 milliard de personnes) en 2009. Le taux de croissance pour 2009 prévu avant la crise aurait fait passer le taux de pauvreté à 17% (987 millions de personnes). En se basant sur le seuil de pauvreté de 2 dollars par jour et sur les prévisions de croissance les plus pessimistes, le taux de pauvreté passe de 42% en 2008 à 39%, soit 2234 milliards de personnes, en 2009 (contre 38%, soit 2169 milliards de personnes, selon les prévisions faites avant la crise).

  • En tenant compte du nouveau seuil de pauvreté international fixé à 1,25 dollar par jour aux prix de 2005 , le recul de la pauvreté reste très inégal d’une région à l’autre. Grâce notamment à la Chine, la région de l’Asie de l’Est et du Pacifique a effectué des progrès spectaculaires puisque la proportion de personnes pauvres a diminué de 80% en 1981 à 18% en 2005. À l’autre extrémité du spectre se trouve l’Afrique subsaharienne, où le taux de pauvreté s’élevait toujours à 50% en 2005 (c’est-à-dire au même niveau qu’en 1981). Le taux de pauvreté de 1,25 dollar par jour est passé de 58% en 1996 à 50% en 2005, mais ce progrès n’a pas suffi à diminuer le nombre de personnes vivant dans la pauvreté.

  • Les pays en développement et les pays développés devront conjuguer leurs efforts pour réduire la pauvreté et atteindre les ODM dans le cadre des stratégies de développement élaborées sous la direction des pays, instaurer un environnement plus favorable à la croissance, accélérer le développement humain et la construction des infrastructures et développer les mécanismes permettant d’atténuer les effets des turbulences économiques.

Pauvreté : Estimations actuelles et perspectives

Suite au programme PCI instauré en 2005, le nombre de personnes pauvres vivant dans les pays en développement a été revu à la hausse pour atteindre 1,4 milliard en 2005 contre environ 1 milliard en 2004, basé sur le précédent seuil de pauvreté fixé à 1 dollar par jour aux prix de 1993. Cela s’explique du fait que le PCI de 2005 a révélé que le coût de la vie dans les pays en développement était plus élevé que ne l’indiquaient les estimations de 1993 et qu’il a en outre pris en compte les différences entre pays en terme de qualité de la consommation. Le nouveau seuil de pauvreté, fixé à 1,25 dollar par jour (aux prix de 2005), représente la moyenne des seuils de pauvreté recueillis dans les 15 pays les plus pauvres.

Entre 1981 et 2005, la proportion des personnes vivant dans les pays en développement avec moins de 1,25 dollar par jour a diminué de moitié de 52 à 26 %. Cela équivaut à une réduction globale de la pauvreté d’un pourcent par an environ, qui s’est traduite par une baisse de 500 millions du nombre de personnes pauvres (de 1,9 à 1,4 milliard) entre 1981 et 2005. À ce rythme, qui s’est poursuivi jusqu’à mi-2008, l’ensemble du monde en développement était en bonne voie pour atteindre le premier objectif de développement pour le Millénaire (ODM) qui consiste à réduire de moitié le taux de pauvreté enregistré en 1990 d’ici 2015. Toutefois, la crise compromet désormais la réalisation de cet objectif.

Le recul de la pauvreté est très inégal suivant les régions (voir Figure 1). Le nombre de pauvres a chuté en Asie de l’Est mais augmenté ailleurs (voir Figure 2). Alors que durant les années 1980, l’Asie de l’Est avait le taux de pauvreté le plus élevé du monde (80 % de la population vivait avec moins d’1,25 dollar par jour en 1981), celui-ci était passé à 56 % en 1990 et à 18% en 2005. Cela signifie que l’objectif de réduire de moitié le nombre de personnes vivant dans l’extrême pauvreté entre 1990 et 2015 a déjà été atteint en Asie de l’Est. Entre 1981 et 2005, le nombre de personnes pauvres a diminué de 600 millions rien qu’en Chine. Dans les pays en développement (si l’on excepte la Chine) le taux de pauvreté est passé de 40 à 29 % durant la période 1981-2005, même si le nombre de personnes pauvres se situe toujours autour de 1,2 milliard.

Figure 1. Taux de pauvreté (établi d’après le seuil de 1,25 dollar par jour) de 1981 à 2005

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Figure 2. Taux de pauvreté dans les pays en développement de 1981 à 2005

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À l’autre extrémité du spectre se trouve l’Afrique subsaharienne, où la proportion de personnes vivant avec moins d’1,25 dollar par jour a stagné autour de 50% entre 1981 et 2005 (Figure 1). En dépit d’un recul de 4,7 points de pourcentage entre 1999 et 2004, on comptera encore quelque 31 % d’individus vivant dans l’extrême pauvreté à l’horizon 2015, selon les projections fondées sur les données les plus récentes. C’est une proportion bien plus élevée que les 23 % fixés comme cible pour cet ODM. En termes absolus, le nombre de personnes vivant sous le seuil de pauvreté fixé à 1,25 dollar par jour a pratiquement doublé dans la même période, passant de 200 à 380 millions (Figure 2). Il faut absolument renforcer la croissance économique et améliorer l’accès aux services de base pour inclure les populations pauvres dans le processus de croissance si l’on veut qu’à l’avenir la réduction de la pauvreté progresse au même rythme en Afrique que dans le reste du monde.

En Asie du Sud, le taux de pauvreté a été ramené de 60 à 40 % entre 1981 et 2005, mais du fait de l’augmentation de la population, ce recul ne s’est pas traduit par une baisse du nombre de pauvres dans la région (Figures 1 et 2). Le taux de pauvreté a également baissé en Amérique latine et dans les Caraïbes, ainsi qu’au Proche-Orient et en Afrique du Nord durant la même période, sans incidence toutefois sur le nombre de personnes pauvres. En outre, malgré une hausse du taux de pauvreté et du nombre de personnes pauvres en Europe de l’Est et en Asie centrale, on observe des signes d’amélioration depuis la fin des années 1990.


Le seuil de pauvreté fixé à 1,25 dollar sert de référence dans les pays les plus pauvres du monde. Le seuil de pauvreté médian du monde en développement, soit deux dollars par jour en prix 2005, permet une évaluation plus pertinente pour les pays à revenu intermédiaire et pour les régions comme l’Amérique latine et l’Europe de l’Est. La proportion de personnes pauvres vivant avec moins de deux dollars par jour (aux prix de 2005) est passée de 70 % en 1981 à 48 % en 2005. Le nombre de personnes vivant avec moins de deux dollars par jour a cependant stagné autour de 2,5 milliards entre 1981 et 2005.

On observe aussi dans les différents pays un risque considérablement accru de vulnérabilité aux turbulences économiques. D’après les estimations de la Banque, le nombre de personnes ayant entre 1,25 et 2 dollars par jour pour vivre a doublé, passant de 600 millions en 1981 à 1,2 milliard en 2005. Les individus situés juste au-dessus du seuil de pauvreté sont particulièrement sensibles aux conséquences de la hausse des prix alimentaires et du carburant ainsi que du changement climatique. Selon l’une des études réalisées, il se pourrait que la hausse des prix des aliments ait entraîné une augmentation du nombre de personnes pauvres de 105 millions rien qu’entre 2005 et 20072. Cette hausse des prix risque aussi d’accroître les inégalités. Le taux réel d’inflation auquel sont confrontées les populations pauvres d’Amérique latine par exemple est de 3 points de pourcentage supérieur au taux officiel, une différence qui pourrait renforcer l’écart entre les riches et les pauvres.3.

Lutter contre la pauvreté

Réduire la pauvreté constitue l’objectif prioritaire de la Banque mondiale dans plus de 100 pays. Si environ 1,4 milliard de personnes vivent avec moins de 1,25 dollar par jour, près de 2,6 milliards disposent quotidiennement de moins de 2 dollars. La pauvreté engendre non seulement la faim et la malnutrition, mais elle rend aussi plus vulnérable aux turbulences économiques que constitue par exemple la hausse des prix des aliments et du carburant, au changement climatique et aux catastrophes naturelles, à la violence et au crime. Les personnes pauvres sont souvent privées d’accès à l’éducation, de services de soins adéquats, d’une source d’eau salubre et de conditions d’hygiène élémentaires.

La Banque mondiale s’efforce de réduire la pauvreté en soutenant la conception et la mise en œuvre de stratégies élaborées à l’initiative des pays. Elle emploie toute une gamme d’instruments d’analyse et de prêt visant à développer les perspectives de croissance et à réduire la vulnérabilité aux aléas de l’économie. Elle s’efforce également de renforcer la capacité des ménages les plus démunis à participer à la croissance en leur permettant d’accéder aux services de base, à un système de protection sociale, à des infrastructures ainsi qu’à d’autres opportunités de développement, tout en veillant à rendre les institutions plus responsables et transparentes. Sachant qu’il reste maintenant moins de dix ans avant la date butoir de 2015, la réalisation des objectifs mondiaux apparaît comme une énorme gageure. Il est en outre primordial, dans le cadre de cette lutte contre la pauvreté, de promouvoir une croissance équitable, étant donné les prévisions de baisse concernant le PIB réel mondial, qui était de 3,7 % en 2007, de 1,9 % en 2008, et ne devrait pas dépasser 1,7 % 2009.4 

Des stratégies de développement à l’initiative des pays
Faire reposer les efforts menés pour atteindre les ODM sur les stratégies élaborées à l’initiative des pays concernés est indispensable dans la perspective d’une accélération effective et cohérente des progrès en matière de développement. Définies dans une perspective de développement à long terme, ces stratégies doivent fixer des objectifs à moyen terme (adaptés aux contextes nationaux) pour progresser dans la réalisation des ODM et des résultats connexes au plan du développement. Chaque pays devrait définir des priorités et élaborer un plan national pour atteindre ces objectifs, en liant les programmes d’action à des cadres budgétaires à moyen terme. En décembre 2008, le nombre de pays à faible revenu ayant mis au point des Stratégies de réduction de la pauvreté s’établissait à 67. Pour renforcer l’efficacité de son soutien, la Banque mondiale aligne ses activités sur celles des plans nationaux par le biais des Stratégies d’aide-pays (CAS). Les stratégies nationales servent aussi de base pour harmoniser les activités avec d’autres partenaires de développement. La collaboration avec ces partenaires, visant à rationaliser les efforts de réduction de la pauvreté, s’est par exemple concrétisée dans la stratégie commune qu’ont adoptée les agences des Nations Unies et la Banque pour faire face à la crise alimentaire. Il est primordial, pour lutter efficacement contre la pauvreté, que cette coopération soit suivie d’autres partenariats dans le cadre du changement climatique.

Pour plus d’informations sur la pauvreté, veuillez visiter le site :
www.worldbank.org/poverty (a)
et pour consulter les dernières études sur la pauvreté, rendez-vous sur :
http://econ.worldbank.org/programs/poverty
 (a)

Contact presse :
Alejandra Viveros
[+1] 202 473 4306
aviveros@worldbank.org

Merrell Tuck
[+1] 202 473 9516
mtuckprimdahl@worldbank.org

Mis à jour en avril 2009 


1 Pour plus de détails, voir Chen et Ravallion - 2008.

2 Ivanic et Martin - 2008.

3 « Rising Global Food Prices – the World Bank’s LAC Region Position Paper » (La hausse mondiale des prix alimentaires – Position de la Banque mondiale dans la région Amérique latine et Caraïbes) - 2008.

4 Prévisions : résumé, 2006-2010. DECPG, Banque mondiale et perspectives économiques mondiales 2009. Mise à jour des prévisions, mars 2009.




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