« Les pays donateurs doivent veiller à ne pas priver de fonds les programmes actuels d'assistance à l'étranger dans leurs élans généreux à contribuer aux efforts de secours d'urgence dans les zones dévastées par le tsunami. Nous devons nous assurer que les pays pauvres et fragiles du monde ne souffrent pas d'une réduction de l'aide qu'ils reçoivent, et qu'ils ne soient pas oubliés", James D. Wolfensohn, président de la Banque mondiale. Deux études récentes tirent la sonnette d'alarme sur une irrégularité de l'aide aux pays les plus pauvres, qui pourrait leur faire plus de tort que de bien.
Ces études, commanditées par la Banque mondiale et le Comité d'aide au développement de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) examinent différents aspects des « situations de partenariats difficiles », selon la terminologie de l'OCDE, c'est-à-dire des pays à faible revenu où dont la gestion des politiques et des institutions présente des déficiences.
Une étude révèle que ces pays, également connus sous le nom de pays fragiles ou pays à faible revenu en difficulté (a), peuvent avoir des effets préjudiciables importants sur les économies des pays voisins. Un voisin qui coûte cher
L'étude réalisée par Lisa Chauvet et Paul Collier, professeur d'économie et directeur du Centre d'études des économies africaines à l'université d'Oxford, estime que les coûts des préjudices imposés aux états voisins représentent les deux tiers des dommages économiques attribuables à l'Etat fragile.
L'étude souligne que le coût de l'Etat fragile moyen s'élève à 100 milliards de dollars, ce qui représente le double du budget de l'aide internationale.
En outre, cette étude intitulée Efficacité du développement dans les pays fragiles: gaspillages et revirements, indique que faute d'assistance, non seulement la situation des « Etats fragiles ou pays à faible revenu en difficulté » ne s'améliorera pas pendant des décennies, mais qu'en plus, ils provoqueront une perte annuelle de 1,6% du PIB chez leurs voisins.
«Si nous n'intervenons pas et regardons ces pays se dépêtrer dans leurs problèmes, le prix à payer sera très lourd », fait valoir M. Collier. « Le véritable problème est donc de savoir comment utiliser l'aide de façon efficace. Il ne s'agit pas d'affecter l'aide n'importe où et n'importe comment dans ces pays». Procéder de la bonne manière
Selon une nouvelle étude réalisée par Victoria Levin et David Dollar de la Banque mondiale et intitulée, « Etats oubliés : volumes et volatilité de l'aide dans les situations de partenariats difficiles », les Etats fragiles ou pays à faible revenu en difficulté ont grand besoin d'aide. Seulement, ils ne disposent guère d'environnements favorables à la mise en place de programmes d'aide durables.
Cette étude démontre l'existence d'une variété de pays fragiles, y compris d'« orphelins de l'aide », c'est à dire les pays pauvres à faibles institutions, qui sont laissés pour compte par la communauté des bailleurs de fonds.
Par ailleurs, les conclusions de cette étude révèlent que l'aide aux Etats fragiles est deux fois plus volatile que celle accordée aux autres pays à faible revenu. Ce qui, selon les auteurs de l'étude, est pour le moins troublant. Plus ou moins
Malgré l'énorme besoin en développement et la présence d'obstacles au développement dans les situations de partenariats difficiles, l'étude mentionne que le fossé s'accroît entre l'aide allouée aux pays fragiles et celle dévolue aux autres pays à faible revenu.
Mme Levin et M. Dollar estiment que ces dix dernières années, la majeure partie de l'aide au développement est allée aux pays à revenu intermédiaire.
« Le tableau de l'aide qui sera accordée à ces Etats fragiles dans les années à venir s'annonce très sombre», font-ils remarquer.
Les orphelins sont en déroute
Mme Levin et M. Dollar estiment en outre que, de manière générale, les «oubliés de l'aide» reçoivent 40% d'aide en moins par rapport à leur potentiel d'absorption, en raison de flux d'aide particulièrement bas en provenance des bailleurs de fonds bilatéraux. Ils expliquent que les « enfants chéris de l'aide », c'est-à- dire les pays pauvres de même catégorie, à institutions faibles, attirent un volume d'aide bien plus important.
En général, la principale caractéristique de ces « enfants chéris de l'aide » est qu'ils sortent d'une situation de conflit. Les donateurs semblent apparemment plus disposés envers les pays qui émergent d'un conflit. Cette conclusion est corroborée par une étude antérieure de Paul Collier qui avait noté un fort accroissement de l'aide à l'investissement dans les pays en situation de post-conflit. Une aide imprévisible
Selon les auteurs de cette étude, le fort taux de volatilité de l'aide dans les Etats fragiles constitue l'un des aspects les plus troublants.
"L'aide à ces pays en situation de partenariats difficiles arrive par à coups - une année, la plupart des pays donateurs cèdent à l'émotion face aux souffrances dans tel pays, et l'année suivante, ils se tournent tous vers un autre pays également en situation de partenariats difficiles pour y alléger la pauvreté", précisent-ils.
"Cette situation aboutit à des flux imprévisibles d'aide, et une telle volatilité de l'aide peut soumettre les institutions déjà affaiblies de ces pays à une pression supplémentaire".
L'étude souligne que l'irrégularité du flux d'aide impose un fardeau excessif aux économies en difficulté. Les pays donateurs doivent s'engager à plus long terme sur la production de résultats dans les pays à plus faible capacité.
«Ce n'est pas en interrompant et en reprenant de façon si fréquente les affectations d'aide à ces pays que les donateurs atteindront les objectifs escomptés ».
Le rapport conclut qu'il est essentiel que la communauté des pays donateurs « examine de plus près ses modèles d'allocation d'aide aux pays « oubliés », d'autant que les Etats fragiles rencontrent plus d'obstacles au développement que les autres pays bénéficiaires de l'aide.
Procéder dans l'ordre
Dans leur étude, M. Collier et Mme Chauvet, estiment que les pays donateurs ne doivent pas se limiter à fournir une assistance technique aux pays fragiles pour les aider à se sortir de cette situation. Il ressort des conclusions de leur étude que l'appui technique n'est efficace que s'il est consécutif à un processus de réforme initié par l'administration locale.
De plus, ils ont relevé qu'il est essentiel que l'aide intervienne dans un certain ordre. Ils considèrent que préalablement à la réforme, les donateurs doivent s'engager à poursuivre des initiatives de plus longue durée, notamment dans le domaine de l'éducation. Suite à l'émergence d'opportunités d'engager des réformes, une assistance technique rapide peut être fournie suivie d'un programme d'aide à grande échelle. (a) indique une page en anglais
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