4 avril 2005 — Mme Marie Françoise Marie-Nelly, chef de programme principal à la Banque mondiale, est responsable de la supervision du projet d'oléoduc Tchad-Cameroun. Nous lui avons demandé de nous faire le point sur ce projet. Quelles sont vos responsabilités immédiates ? Je voudrais tout d'abord vous résumer la portée de ce projet. Le projet d'oléoduc Tchad-Cameroun contribue au financement de la mise en route de 3 champs pétroliers (avec une production de 225 000 barils par jour) dans le sud du Tchad, et de la construction de 1 070 km d'oléoduc entre les têtes de puits et Kribi, au Cameroun sur l'Océan Atlantique, d'où le pétrole est ensuite exporté. L'appui du groupe de la Banque mondiale à ce programme comprend 2 opérations d'investissement et 3 opérations d'assistance technique. Il s'agit donc d'une intervention de grande envergure avec la participation d'équipes importantes aux compétences très variées de la Banque mondiale et de la Société financière internationale (SFI).  |  |  | | Marie Francoise Marie-Nelly visits students at a school in the oil-producing region |
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Mon mandat est de diriger l'ensemble des activités de ces équipes et d'assurer la cohérence des politiques avec la stratégie d'assistance au Tchad. Dans ce contexte, mes responsabilités sont la coordination de ces équipes, le suivi de l'exécution des activités du projet, et la conduite du dialogue stratégique de la Banque avec les clients et les principaux acteurs. Je passe environ 70% de mon temps sur le terrain, principalement à N'djamena, la capitale du Tchad, où je travaille de façon très étroite avec différentes équipes gouvernementales. J'ai également de nombreux contacts avec les autres partenaires au développement et les ONG, et j'assure l'information périodique des différentes équipes impliquées dans le projet, qui sont basées à Washington, à N'Djamena et à Yaoundé au Cameroun. Le groupe de la Banque a été impliqué dans ce projet depuis environ 10 ans (y compris la phase de préparation). Selon vous, quels sont les principaux problèmes qui pourraient se présenter au cours des 6 à 12 prochains mois ? Bien que la priorité initiale du projet ait été la livraison en temps opportun de l'infrastructure physique, le principal problème aujourd'hui est d'assurer que les recettes pétrolières soient efficacement utilisées, et contribuent véritablement à accélérer la croissance et à réduire la pauvreté au Tchad. Du côté camerounais, les principaux problèmes étaient de nature sociale et environnementale, en particulier au cours de la phase de construction. Les rentrées pétrolières dans les comptes du Tchad en juillet 2004 n'ont fait que raviver les attentes de la population. Il est donc essentiel que le gouvernement du Tchad améliore de façon substantielle sa capacité à exécuter des programmes, de façon à pouvoir montrer rapidement à la population des résultats et des bénéfices concrets. Par exemple, les habitants des zones rurales se plaignent surtout du manque d'accès à l'eau potable. Ce manque d'accès pénalise avant tout les filles, car ce sont elles qui doivent aller chercher l'eau, une corvée qui les empêche d'aller à l'école. Les école n'ont souvent pas de bancs, voire de salles de classe, les enfants manquent de manuels scolaires, et leur apprentissage s'en ressent. Il est donc clair que les recettes pétrolières présentent une opportunité unique de porter à beaucoup plus grande échelle les programmes et infrastructures qui permettent d'améliorer les conditions de vie des tchadiens. Au niveau des politiques, la priorité pour le gouvernement au cours des deux prochaines années est de recentrer ces stratégies sectorielles (santé, éducation, etc.) sur les priorités de réduction de la pauvreté. Une autre difficulté à aborder rapidement a trait au fait que le gouvernement, qui pourtant avait mis en place un système transparent pour la gestion des recettes pétrolières, n'a pas divulgué de façon systématique les informations sur les recettes, ce qui a eu pour résultat de créer l'impression qu'il voulait cacher ces informations. Il faut donc corriger cette impression. Du côté de la Banque, nous avons pu mettre à la disposition du projet un personnel compétent et motivé. Nous avons aujourd'hui une présence importante à N'Djamena et nous travaillons de façon très étroite avec les équipes gouvernementales pour développer leurs capacités, en particulier dans les domaines de l'infrastructure, des finances publiques et du développement du secteur privé. Nous avons adopté une approche pragmatique pour garantir que la contrepartie tchadienne reste le véritable pilote des opérations, et nous les aidons en partageant avec eux nos connaissances techniques et autres expériences qui peuvent leur être utiles. Comment évaluez-vous l'état du projet aujourd'hui ? Le projet a certainement enregistré des succès remarquables. L'oléoduc a été terminé avec un an d'avance sur le calendrier, tout en respectant les exigences très strictes en matière environnementale et sociale qui lui étaient imposées. Ceci est une réalisation remarquable pour un projet d'investissement aussi important, et il faut la mettre au crédit des sponsors du projet avec, à leur tête, Exxon Mobil, et, bien sûr, du Gouvernement tchadien qui a su prendre en temps opportun les mesures qu'exigeait un tel projet (telles l'accélération du dédouanement et des autorisations administratives, etc.). En effet, pour un projet de cette taille, impliquant un nombre aussi important d'acteurs, beaucoup de choses auraient pu aller mal, et cela n'a pas été le cas. Le programme de gestion des recettes donne jusqu'ici satisfaction. Les fonds sont utilisés conformément aux accords qui ont été signés. Pourtant, nous ne pouvons pas encore parler d'une réussite totale. L'objectif principal du projet est d'améliorer les conditions de vie des populations, et nous ne voyons pas encore véritablement une réduction de la pauvreté. Sur le terrain, les gens attendent toujours des résultats concrets. Au niveau plus large de l'économie et des finances, le gouvernement doit encore budgétiser l'appui à l'exécution de ses programmes sociaux, développer les infrastructures et améliorer la qualité des services. Il faut également qu'il améliore le cadre de gouvernance en renforçant l'efficacité de son administration publique et sa capacité de rendre compte. Finalement, le secteur privé tchadien doit également retirer des bénéfices de ce projet en participant aux différentes activités productives engendrées par cette nouvelle économie pétrolière. |