L'avertissement de la spécialiste principale de la biodiversité de la Banque mondiale, le Dr Kathy MacKinnon, doit être pris au sérieux : les plantes, animaux et organismes envahissants menacent dangereusement les ressources vivrières mondiales.
Cet avertissement a été lancé au moment où les organisations célèbrent à travers le monde la Journée mondiale de l'alimentation 2004, laquelle met cette année l'accent sur le rôle vital de la biodiversité dans la sécurité alimentaire.
Pour le Dr Mackinnon, les espèces allogènes envahissantes (a) sont aujourd'hui une des plus grandes menaces, et l'une des plus insidieuses, qui pèse sur la biodiversité.
« Les espèces allogènes envahissantes sont des espèces étrangères introduites accidentellement ou délibérément dans de nouvelles zones. Elles vont des microbes aux mammifères, » nous explique le Dr MacKinnon.
Selon Karen Luz, spécialiste senior de la biodiversité auprès de la Banque mondiale, le problème avec les espèces allogènes est qu'une fois introduites dans une zone, elles supplantent et chassent les espèces indigènes, ce qui provoque des effets nuisibles tant sur l'agriculture que sur la biodiversité.
Le Dr. MacKinnon craint que la prolifération des espèces allogènes risque de réduire la production agricole, d'obstruer les canaux d'irrigation, de bloquer les barrages hydroélectriques et d'écourter la durée de vie des investissements en matière de développement.
En conséquence, dit le Dr. MacKinnon, les envahisseurs aggravent non seulement les difficultés économiques mais freinent également la croissance économique, la réduction de la pauvreté, la sécurité alimentaire et la préservation de la biodiversité.
Prolifération des espèces allogènes
Pour le Dr. MacKinnon, l'échelle planétaire de la prolifération de ces espèces constitue l'un des aspects les plus inquiétants qui ne fera qu'empirer avec les changements climatiques.
« Les espèces allogènes envahissantes préoccupent au plus haut point la Banque mondiale car elles constituent une menace pour la biodiversité et le développement », déclare t-elle.
Le coût en termes de perte de production est estimé à plus de 100 milliards de dollars par an en Inde, 50 milliards au Brésil et 7 milliards en Afrique du Sud. Des étrangers qui coûtent cher
Le Dr MacKinnon soutient que dans certains cas les espèces allogènes ont été introduites dans un pays par des gens bien intentionnés mais avec des résultats désastreux.
Un exemple classique est l'escargot dit « Golden Apple » considéré aujourd'hui comme l'une des espèces les plus dévastatrices. Il a été importé d'Amérique latine en Asie du Sud-Est dans les années 80.
Riche en protéines et capable de se multiplier rapidement, l'escargot était perçu comme une source idéale de nourriture. Mais après s'être échappé, il s'est avéré être un organisme particulièrement nuisible pour la production de riz en provoquant des dégâts considérables aux rizières asiatiques. |  | | | La rouille du soja a coûté au Brésil 1 milliard de dollars par an. | | La cochenille et l'acarien vert du manioc ont entraîné des pertes de cultures de 60 et 80 % respectivement. | | La mer Noire a connu des pertes de revenus de pêche de 1-2 milliards à cause de la méduse de l'Atlantique nord. |
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Au plan mondial, le coût de l'escargot Golden apple que l'on rencontre dans beaucoup de pays, varie entre 55 et 250 milliards de dollars par an.
Une plante aquatique avec une fleur pourpre éclatante, la jacinthe d'eau, originaire du bassin amazonien, est considérée aujourd'hui comme la plante aquatique la plus nuisible au monde.
Selon le Dr. MacKinnon, sa prolifération très rapide en fait une source d'énormes problèmes, affectant le débit de l'eau, la production d'électricité, le transport, la qualité de l'eau et la biodiversité indigène.
« Elle met en péril d'importants investissements de l'aide internationale dans la mise en valeur des ressources en eau. En 1997, 150 projets d'aménagement des ressources hydrauliques de la Banque mondiale, représentant un investissement global de 16 milliards de dollars étaient soit affectés par elle, soit risquaient de l'être
L'acacia- emblème floral de l'Australie- s'est révélé un énorme problème pour l'Afrique du Sud. Cette essence et d'autres plantes sont en train d'envahir les bassins hydrographiques des montagnes entourant le Cap. Si le rythme actuel se maintient, la ville pourrait perdre 30 pour cent de son approvisionnement en eau. Afin d'éradiquer le problème, le gouvernement sud-africain a lancé un programme qui porte ses fruits intitulé « Travailler pour l'eau ». D'un coût annuel de 100 millions de dollars, le programme utilise une main-d'œuvre non qualifiée des townships qui armée de scies à chaîne coupe les arbres –créant ainsi de l'emploi au plan local.
« Au résultat, il était moins coûteux d'investir dans ce programme que de construire de nouveaux barrages, par conséquent il était bénéfique à l'eau et à l'emploi avec, à la clé, un bénéficiaire final – la biodiversité, » déclare le Dr. MacKinnon.
Appui de la Banque mondiale
La Banque mondiale est le plus grand financier de la biodiversité (a) au monde. En réponse au nouveau problème universel des espèces allogènes envahissantes, elle appuie le Programme mondial sur les espèces envahissantes (a) (GISP).
Avec le Bank Netherlands Partnership Program, un programme de partenariat entre la Banque mondiale et le gouvernement des Pays Bas, et le Mécanisme d'octroi de dons pour le développement (a)(MDD), la Banque permet à un secrétariat permanent du GISP installé en Afrique du Sud de coordonner les activités d'un programme mondial.
Le GISP collabore avec le Programme Travailler pour l'eau et d'autres partenaires internationaux tels que le Commonwealth Agricultural Bureaux International (CABI). CAB-International, un des centres du Groupe consultatif pour la recherche agricole internationale, le GCRAI (a), est doté d'une expertise particulière en matière d'espèces allogènes envahissantes.
« Le domaine de prédilection de CABI est le renforcement des capacités et la formation afin d'aider les pays à mieux aborder ces questions » dit le Dr. MacKinnon.
« Dans le cadre d'une nouvelle subvention, nous allons essayer d'identifier les zones présentant des risques – notamment en raison du changement climatique.
« Nous nous pencherons également sur le coût économique lié à certaines de ces espèces envahissantes, de façon à permettre aux pays de procéder à un analyse coût avantage de l'opportunité de mener une action contre elles. Manifestement la solution est de leur barrer la route avant ou d'agir très vite pour s'en débarrasser. Mais une fois installés, il s'agira de les gérer, » a déclaré MacKinnon.
En Afrique, la Banque appuie également des activités de site visant à éradiquer et à lutter contre les plantes allogènes dans les habitats de montagne en Afrique du Sud et au mont Mulanje, au Malawi.
Les concours financiers de la Banque mondiale et du Fonds pour l'environnement mondial (FEM) ont permis la mise en place de programmes de lutte et d'éradication des plantes envahissantes dans des aires protégées d'importance telles que Table Mountain, le parc national de la péninsule du Cap et les montagnes de Maloti-Drakensberg. (a) indique une page en anglais |