 |  | Ali Khadr, Directeur pour les opérations pour le Tchad
|  | Contexte général du pays |  |  | Le Tchad est l'un des pays les plus pauvres du monde dont 80% de la population (environ 6 millions de personnes) dispose de moins d'un dollar par jour. La mortalité infantile y est élevée, l'accès aux services sociaux de base limité et l'alimentation très pauvre, ce qui entraîne chaque année 60 000 décès d'enfants âgés de moins de cinq ans. Les potentialités de croissance sont d'autant plus limitées que le pays enregistre une pénurie de travailleurs qualifiés, que sa base économique est faible et que le désert couvre 90% environ de son territoire. |  |  | Gains attendus |  |  | Les recettes pétrolières devraient se chiffrer à près de 110 millions de dollars EU en 2004. Selon les estimations, environ 64 millions de dollars seront consacrés à la lutte contre la pauvreté dans les secteurs prioritaires tels que les infrastructures, l'éducation, la santé et les affaires sociales, le développement rural, dont l'agriculture et l'élevage, ainsi que l'environnement et les ressources hydrauliques. La moitié des recettes, soit 38 millions de dollars EU, sera investie dans la construction des routes D'après les dernières estimations, la production et les recettes pétrolières devraient porter le taux de croissance du revenu national du Tchad dans son ensemble à 31 % en 2004. Une hausse de deux chiffres du revenu national est attendue en 2005. |  |  | nvestissements |  |  | • Construction de deux axes routiers (un dans le Nord, l'autre dans le Sud) afin de faciliter le commerce et les déplacements ; • Construction et fourniture d'équipements en faveur de trois écoles d'infirmiers et de dix centres sanitaires ; • Construction d'environ 130 salles de classe dans le pays, fourniture de tables et de manuels scolaires, et recrutement de 900 nouveaux enseignants. Le Tchad enregistre la plus forte pénurie de maîtres dans le monde. |  | 27 septembre 2004 -- Le principe a toujours été de ne pas leur donner le poisson mais de leur apprendre à pêcher, déclare Ali Mahmoud Khadr. L'oléoduc Tchad-Cameroun offre au Tchad une occasion exceptionnelle de réduire la pauvreté qui sévit dans le pays et d'améliorer les conditions de vie des populations, en finançant les projets de développement (social) grâce aux recettes pétrolières.
L'oléoduc long de 1 070 km est fonctionnel depuis juillet 2003, date à laquelle le pétrole a commencé à couler des champs de Doba au Tchad à Kribi au Cameroun.
Au cours des 12 mois de fonctionnement de l'oléoduc, environ 48 millions de dollars EU ont été déposés sur le compte bloqué ouvert par le gouvernement tchadien auprès de la Citibank à Londres. Le Tchad a bénéficié d'un premier transfert de 32 millions de dollars EU en juillet 2004 et d'un second versement d'un montant de 24,8 millions de dollars EU en août.
A l'heure actuelle, le principal enjeu est d'instaurer une gestion efficace et transparente de ces recettes publiques, afin de financer les principaux projets de développement identifiés dans la stratégie de réduction de la pauvreté élaborée par le Tchad. Il s'agit notamment de la construction de routes, de l'approvisionnement en eau ainsi que de l'amélioration des services éducatifs, sanitaires et sociaux.
Ali Mahmoud Khadr, directeur des opérations pour le Tchad nous décrit les enjeux et l'impact immédiat du projet. Quelles sont les capacités dont disposent le gouvernement tchadien, ainsi que les autres institutions du pays, pour réaliser l'ensemble de ce programme ?
L'idée, derrière ce projet et le programme connexe de gestion des recettes pétrolières, n'était pas que le Groupe de la Banque mondiale et d'autres bailleurs de fonds viennent gérer les recettes pétrolières au nom des Tchadiens. Le principe a toujours été de ne pas pêcher à leur place mais de leur apprendre à pêcher. Je pense que c'est très important, qu'il s'agit d'un processus d'autant plus complexe que le pays commence à mettre en place ses propres mécanismes institutionnels, à établir des structures dotées d'un personnel national. Il doit mener à bien toutes ces interventions et assurer le succès de l'opération. Je pense que, ces trois dernières années, nous sommes passés par une phase dont l'enjeu principal a consisté à mettre en place les structures et les mécanismes institutionnels nécessaires en vue de gérer les recettes pétrolières. Il s'agit notamment des nombreux comptes et de différents dispositifs qui permettent d'acheminer les ressources du Consortium (de sociétés pétrolières) sur le compte bloqué à Londres, ensuite des banques commerciales au Tchad à la Banque centrale régionale, et par la suite aux comptes détenus par le Trésor tchadien auprès des banques commerciales locales. Les fonds déposés sur les comptes du Trésor sont alors affectés aux projets autorisés. Il existait déjà un système de dépense des recettes publiques. Mais plusieurs mécanismes transparents, des procédures relativement inédites au Tchad, sont désormais opérationnels. Un nouveau code de passation des marchés a été élaboré et approuvé. Les Tchadiens s'attachent dorénavant à mettre certaines choses au point, notamment des dossiers d'appel d'offres standard et des mécanismes de mise en œuvre détaillés. C'est une tâche colossale. Il a fallu également créer le Collège de contrôle et de surveillance des recettes pétrolières. Il y a trois ou quatre années ce n'était alors qu'un vœu pieux. Aujourd'hui ce Collège fonctionne avec un personnel, des équipements et des locaux neufs à N'Djamena.
Le Tchad peut désormais passer à l'étape du renforcement des capacités, c'est-à-dire réfléchir sur les compétences, les connaissances et les incitations dont auront besoin les personnels des institutions pour s'acquitter de leurs tâches. La Banque apporte son concours à travers une formation formelle, l'apprentissage en cours d'emploi et l'assistance technique. Les choses ne sont pas simples et le reproche que l'on fait souvent est que le renforcement des capacités prend du retard sur les aspects physiques du projet. Mais la situation est différente de ce qu'Exxon a fait dans le domaine de la construction physique. Les Tchadiens sont aux commandes; ce sont les Tchadiens qui doivent subir les procédures liées à la passation de contrats, les mécanismes de demandes de décaissement, entre autres. Le pays tente de bâtir un savoir-faire et d'identifier de nouvelles méthodes d'intervention. Alors, quand les Tchadiens peuvent-ils espérer tirer parti des recettes générées par l'oléoduc ?
Le temps est venu où les recettes pétrolières vont commencer à être investies dans certains domaines ayant un impact direct sur la population. Dans le cadre du programme de gestion des recettes pétrolières, environ 85% des recettes directes – c'est-à-dire les royalties et les dividendes - seront affectées à des activités prioritaires de réduction de la pauvreté. Les secteurs traditionnellement associés à la fourniture de services de base aux populations seront élevés au rang de priorités : l'éducation, les soins de santé, les infrastructures, notamment les routes, ainsi que l'agriculture favorable au développement rural, l'élevage, l'eau et l'environnement. Ce sont les secteurs prioritaires contenus dans la loi sur la gestion des recettes pétrolières votée par le parlement tchadien. Les projets impulsés par les recettes pétrolières prévisionnelles de cette année, comprennent la construction de tronçons de routes nationales afin d'augmenter le réseau routier tchadien, très peu développé ; la fourniture de médicaments et d'équipements aux centres de santé ; la construction de nouvelles salles de classe dotées des fournitures et équipements nécessaires ; et la création d'orphelinats bien gérés.
Quels sont les plus grands défis auxquels vous êtes confronté dans les rapports de travail avec vos partenaires au Tchad dans la phase de gestion des recettes du programme ?
Durant la période de construction, je pense que le plus grand défi a été de prouver qu'un projet d'infrastructure de cette envergure, bénéficiant d'importants capitaux privés, pouvait être mis en œuvre de façon responsable, en respectant les sauvegardes environnementales, sociales et techniques. Le grand défi, à l'heure actuelle, consiste à traduire la gestion des recettes tirées du pétrole en projets concrets au profit des populations, et principalement, des moins nantis. Le Tchad est l'un des pays les plus pauvres du monde où l'espérance de vie est de moins de 50 ans. La grande majorité de la population est analphabète, n'a aucun accès aux soins de santé, ni à l'eau potable ni aux services d'assainissement et meurt de maladies pour lesquelles des traitements existent. Nous devons faire preuve de réalisme en ce qui concerne les interventions à mener et les délais dont nous disposons. Il nous faut mettre l'accent sur l'atteinte de résultats concrets qui se matérialisent progressivement au fil du temps, notamment l'accès à un réseau routier renforcé et meilleur ; à davantage de sources d'eau salubre et améliorée ; à des centres sanitaires plus nombreux et mieux équipés ; à un plus grand nombre d'écoles pour rehausser l'efficacité de l'enseignement. |