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Washington, le 18 mai 2005. Selon une étude récente de la Banque mondiale, les gains économiques et sociaux réalisés par les peuples autochtones d'Amérique latine au cours de la dernière décennie restent décevants. Bien qu'ils se fassent mieux entendre sur la scène politique, les peuples autochtones restent le groupe le plus pauvre de la société, le moins bien éduqué et le plus exposé à la maladie et à la discrimination.
L'étude, qui a pour titre Peuples autochtones, pauvreté et développement humain en Amérique latine : 1994-2004, passe en revue les conditions sociales dans les cinq pays d'Amérique latine où la population autochtone est la plus importante (Bolivie, Équateur, Guatemala, Mexique et Pérou) et leur évolution au cours de la dernière décennie, que les Nations Unies avait déclarée en 1994 comme étant la Décennie internationale des peuples autochtones.
« Au cours de la dernière décennie, le pouvoir politique des peuples autochtones de la région s'est certes renforcé, et ces derniers sont certes mieux représentés sur la scène politique, mais les résultats en termes de réduction de la pauvreté sont encore loin de ceux que nous espérions atteindre lorsque nous avons commencé cette recherche, » dit M. Gillette Hall, économiste à la Banque mondiale et co-auteur de l'étude.
L'étude nous apprend que les peuples autochtones représentent 10% de la population de la région, et constituent le groupe défavorisé le plus important d'Amérique latine. Si l'incidence de la pauvreté en Amérique latine est élevée, elle est particulièrement grave et profonde parmi les populations autochtones.
En Bolivie et au Guatemala, par exemple, la pauvreté affecte plus de la moitié de la population totale mais près des trois quarts de la population autochtone. En Équateur, environ 87% de la population autochtone est pauvre, un pourcentage qui atteint 96% dans les zones rurales en altitude. Au Mexique, l'incidence de la pauvreté extrême dans les zones à prédominance autochtone, qui était il y a 10 ans 3,7 fois supérieure à celle des municipalités non autochtones, l'était 4,5 fois en 2002. Au Pérou, 43% des ménages pauvres sont autochtones.
Autres constats du rapport :
- Les populations autochtones n'ont enregistré que peu de gains en termes de réduction de la pauvreté au cours de la décennie des peuples autochtones (1994-2004).
- Les peuples autochtones se relèvent plus lentement que les autres des crises économiques.
- L'écart de pauvreté des peuples autochtones est plus important, et a mis plus longtemps à se rétrécir au cours des années 1990.
- Le fait d'être autochtone augmente pour un individu la probabilité d'être pauvre, et cette corrélation n'a pas changé depuis le début de la décennie.
- En termes du nombre d'années d'école, les peuples autochtones restent défavorisés, mais l'écart par rapport au reste de la population se rétrécit. Cependant, les résultats éducatifs chez les peuples autochtones sont nettement inférieurs à ceux du reste de la population, ce qui indique des problèmes de qualité dans l'enseignement.
- En termes d'accès aux soins de santé de base, les peuples autochtones, en particulier les femmes et les enfants, restent défavorisés.
« Les taux de pauvreté sont plus élevés parmi les populations autochtones, et diminuent plus lentement, ce qui constitue un fait particulièrement déplorable sur un continent qui s'est juré de réaliser l'Objectif de développement pour le millénaire de diminuer de moitié la pauvreté pour 2015, » dit Harry Patrinos, économiste à la Banque mondiale et co-auteur de l'étude.
Pour améliorer les résultats en matière de réduction de la pauvreté chez les peuples autochtones de la région, le rapport recommande d'améliorer le capital humain en se concentrant sur quatre domaines précis.
1. Augmenter le nombre d'années d'école et améliorer la qualité de l'enseignement en mettant en place des programmes éducatifs bilingues et biculturels, de façon à progressivement rattraper l'écart actuel. 2. Assurer une plus grande responsabilisation dans la prestation des services sociaux destinés aux peuples autochtones en demandant une participation plus active de la part des parents et de la communauté, et en assignant au système de prestations des objectifs précis et une vision claire. 3. Promouvoir un accès égal aux soins de santé pour les peuples autochtones en mettant en place un programme du type « Head start », centré sur les problèmes de santé maternelle et infantile. 4. Améliorer la collecte des données de façon à mieux identifier les populations autochtones et à mieux suivre leurs progrès dans le temps. Cette étude, récemment publiée par la Banque, met à jour les constats d'un livre publié en 1994. Indigenous People and Poverty in Latin America par George Psacharopoulos et Harry Patrinos (1994) À l'époque (début des années 1990), ce livre, dont la parution coïncidait avec le début de la Décennie internationale des peuples autochtones, constituait la référence en matière de conditions de vie des peuples autochtones d'Amérique latine.
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