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Le coût terrible des catastrophes naturelles : qui le paye ? Comment le calculer ?

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2 mars 2004—La fréquence des catastrophes naturelles augmente et leurs coûts en termes de vies humaines et pertes économiques semblent devenir de plus en plus élevés. Le coûts en vies humaines se sont quelque peu abaissés au cours des 20 dernières années : 800.000 personnes sont mortes dans des catastrophes naturelles au cours des années 1990 alors que le nombre de victimes était de 2 millions au cours des années 1970. Mais le nombre de victimes a au contraire augmenté. Au cours de la dernière décennie, le nombre de victimes des catastrophes naturelles a triplé pour atteindre 2 milliards.

Le Rapport 2002 sur les catastrophes dans le monde produit par la Fédération des Sociétés de la Croix Rouge et du Croissant Rouge a fait état d'une montée en flèche du coût économique des catastrophes naturelles. Si l'on se limite aux deux dernières décennies, les pertes économiques directes imputables aux catastrophes naturelles se sont multipliées par cinq pour atteindre 629 milliards de dollars EU. Les pertes directes annuelles de catastrophes d'origine climatique ont augmenté de 3,9 milliards de dollars EU au cours des années 1950 à 63 milliards au cours des années 1990. D'autres statistiques récentes soulignent ces mêmes tendances :

· Au cours des années 1990, en moyenne 80.000 personnes meurent chaque année dans des catastrophes naturelles.
· En 2003, 700 catastrophes naturelles ont tué environ 75.000 personnes et causé pour 65 milliards de dollars EU de dégâts (source : Munich Re, 2004), dont seuls 15,8 milliards de dollars EU étaient couverts par une assurance.
· Entre 1980 et 2003, la Banque mondiale a financé des projets de reconstruction à la suite de catastrophes pour une valeur d'environ 12,5 milliards de dollars EU.

Ce rapport contient aussi un avertissement : selon la Croix Rouge, la fréquence et le coût des catastrophes naturelles va probablement augmenter davantage pour les raisons suivantes :

· La dégradation de l'environnement
· Les changements climatiques
· La croissance de la population, particulièrement dans les villes
· La mondialisation

Les familles pauvres sont les principales victimes en cas de catastrophe

« Les pertes dues aux catastrophes naturelles sont les plus dévastatrices pour les personnes les plus pauvres ». C'est ce que dit Margaret Arnold, Directrice par intérim de l'Unité de la gestion des risques de la Banque mondiale. Ceci est particulièrement vrai pour les pays en voie de développement. Toues les résultats de recherches montrent que les personnes pauvres sont les plus susceptibles de se trouver dans des endroits dangereux, moins désirables, comme par exemple des plaines inondables, des berges de rivières, de fortes pentes et des polders.

Comparaison des effets des catastrophes naturelles
 

Pays industrialisés

Pays en voie de développement

Ont tendance à subir des pertes économiques les plus élevées en termes monétaires

Ont en place des mécanismes pour éviter des pertes humaines, tels les systèmes d'alerte rapide

Peuvent mettre en place des soins d'urgence et médicaux immédiats

Assurance couvrant la perte de propriété

Occasionnent un recul du développement économique et social

N'ont pas les ressources nécessaires à la mise en place de systèmes d'alerte rapide

 

Infligent des pertes massives

 

Détournent des fonds des programmes de développement pour payer les secours d'urgence et le relèvement

Catastrophes naturelles et pauvreté

Les catastrophes sont liées étroitement à la pauvreté car elles peuvent en quelques heures réduire à néant des décennies de développement. Comme les catastrophes naturelles frappent avant tout les pauvres, la mise en place de programmes efficaces de relèvement des catastrophes, s'ils sont correctement ciblés, peut être un moyen très efficace de réduire la pauvreté. C'est ce que constate un rapport à publier incessamment par le ProVention Consortium.

Coûts des catastrophes naturelles en pourcentage du PIB, 1990-2000

Argentine

1.81%

Bangladesh

5.21%

Chinea

2.5%

Jamaïque

12.58%

Nicaragua

15.6%

Zimbabwe

9.21%

« Les catastrophes sont avant tout une menace majeure pour le développement et en particulier pour le développement des personnes les plus pauvres et les plus marginalisées dans le monde… Elles les maintiennent dans la pauvreté. »


Didier J. Cherpitel, ex-Secrétaire général de la Fédération internationale des sociétés de la Croix Rouge et du Croissant Rouge, dans le Rapport 2002 sur les catastrophes dans le monde.

Les chiffres recueillis par Margaret Arnold de la Banque mondiale montrent que de 1990 à 2000, les dégâts dus aux catastrophes naturelles représentent entre 2 et 15 % du PIB annuel des pays qui sont les victimes.

 

Mais pour certaines catastrophes, les pertes en termes de PIB peuvent être encore beaucoup plus dévastatrices : au Honduras, l'ouragan Mitch a causé des dégâts équivalant à 41% du PIB. La comparaison de ces pertes avec les recettes fiscales annuelles des Gouvernements est encore plus dramatique : leurs coûts représentent 292% de ces recettes.

La préparation est essentielle à l'atténuation des effets.

La prévention des catastrophes doit être considérée comme une composante à part entière du développement plutôt que comme un problème humanitaire, Margaret Arnold de la Banque mondiale en est convaincue et recommande l'intégration des besoins en matière de prévention des catastrophes dans les plans de développement des pays, y compris les Stratégies de réduction de la pauvreté et les Stratégies d'assistance aux pays, un des documents internes clés de la Banque.

Reinhard Mechler, un chercheur auprès de l'Institut International d'Analyses des Systèmes Appliqués (IIASA) en Autriche, est d'accord avec elle. Dans une publication de 2003 de la Banque mondiale, Building Safer Cities, The Future of Disaster Risk (2003) (Construire des villes plus sûres : l'avenir de la gestion des catastrophes), Mechler déclare que la gestion des risques est essentielle pour réduire les effets des catastrophes naturelles.

Une compagnie internationale d'assurances, la Munich Re, note dans son étude annuelle consacrée aux catastrophes naturelles en 2003 que le tremblement de terre qui a détruit la ville de Bam en Iran le 26 décembre 2003 a tué plus de 40.000 personnes en grande partie parce que leurs maisons en briques crues n'étaient pas conçues pour pouvoir résister à des secousses sismiques importantes.

« Le nombre élevé de victimes est dû essentiellement à la mauvaise qualité des constructions. Les bâtiments traditionnels en briques crues, avec un toit lourd sont particulièrement dangereux en cas de tremblement de terre. »

Le rapport conclut que la catastrophe démontre une fois de plus la relation entre la faiblesse du niveau de développement et le nombre élevé de victimes.

Munich Re lance également un avertissement : le manque de constructions parasismiques dans les villes des pays en voie de développement exposées aux séismes pourrait avoir des conséquences dévastatrices.

« Les experts craignent qu'une forte secousse sismique en dessous de Téhéran, dont la population est de 12 millions d'habitants et qui a déjà été détruite entièrement à plusieurs occasions au cours de son histoire, pourrait provoquer 1 million de morts. »

Comment faire la part du feu

Traditionnellement, le risque de catastrophes naturelles n'est pas inclus dans l'évaluation des projets d'investissement, dit Mechler.

Il y a plusieurs conséquences à cette absence :

· Les bénéfices projetés et l'investissement lui-même seront perdus en cas de catastrophe.
· Les fonds d'investissement, qui souvent ont été empruntés sur les marchés internationaux par les pays en voie de développement, pourraient être perdus, laissant à ces pays une dette qu'ils devront rembourser malgré le fait que les actifs construits aient disparu.

La prise en compte du risque de catastrophes naturelles dans l'évaluation d'un projet va par conséquent permettre une sélection et une conception plus judicieuses des projets, ainsi que la mise en place de mesures de gestion des risques destinée à protéger les bénéfices des projets primaires, toujours selon Mechler.

Cette prise en compte est nécessaire à cause d'une urbanisation de plus en plus grande et d'une croissance rapide de la population dans les pays en voie de développement, qui ont pour effet de concentrer des actifs essentiels en un seul lieu, et donc de rendre les pertes en cas de catastrophes naturelles potentiellement beaucoup plus lourdes. Mechler exhorte d'ailleurs les responsables de politique à reconnaître le danger présenté par de catastrophes naturelles plus graves et plus fréquentes à cause des changements climatiques.

Les bénéfices de l'atténuation des risques

Plusieurs évaluations montrent que des mesures de gestion des risques peuvent avoir des bénéfices importants.

· La Banque et le United States Geological Survey, le Bureau d'études géologiques des Etats Unis, estiment que les pertes économiques à l'échelle mondiale des catastrophes naturelles au cours des années 1990 auraient pu être réduites de 280 milliards si 40 milliards avaient été investis dans des mesures de prévention.
· On estime que les 3,15 milliards de dollars EU dépensés pour la maîtrise des inondations en Chine au cours des 4 dernières décennies du 20ème siècle ont permis d'éviter des pertes qui se seraient chiffrées à 12 milliards de dollars EU.
· Une étude consacrée à la Jamaïque et au Commonwealth de Dominique montre que les pertes évitées sont de deux à quatre fois supérieures au coût de l'atténuation en cas de construction d'infrastructures telles des ports et des écoles.




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