10 mai 2005—Il fait plus de 40 degrés à l'ombre. Mais la chaleur torride n'empêche pas un petit de groupe de gens de planter des tentes sur ce qui ne sont plus que des espaces de terre absolument nus et désolés à Aceh. La source d'eau la plus proche est à plus d'un kilomètre de là.
Pourtant, ces gens là ne se laissent pas décourager. Ils sont venus pour reprendre possession des terrains sur lesquels se trouvaient autrefois leurs maisons, avant qu'elles ne soient emportées par le tsunami de décembre qui a dévasté la région. « C'est pour nous très difficile de ne pas fondre en larmes lorsque nous sommes ici, » dit Andrew Steer, le directeur national de la Banque mondiale pour l'Indonésie.
« Allez à Aceh aujourd'hui et vous verrez des zones immenses, kilomètre après kilomètre à certains endroits, qui ressemblent à un endroit où aurait eu lieu une explosion atomique, » dit-il.
« Même les décombres ont disparu. La force de l'eau était telle que non seulement elle a détruit les maisons mais elle a emporté dans la mer tout ce qui aurait pu en rester. Ce que nous voyons aujourd'hui donne le frisson ; on sent la tragédie, c'est presque irréel. »
Mais aujourd'hui, plus de quatre mois après le tsunami, M. Steer explique que dans certains quartiers de Aceh, petit à petit on voit des habitant revenir planter des tentes là où ils habitaient avant. « Ces gens ont un tel attachement à leur terre et une telle peur de perdre tout ce qu'ils possédaient qu'ils sont revenus et ont planté leurs tentes ici. »
En décrivant sa dernière visite à Aceh, M. Steer souligne un des problèmes les plus fondamentaux du processus de reconstruction, à savoir celui de vérifier là où les gens vivaient autrefois.
« Ces communautés sont très pauvres. La plupart des maisons n'ont pas de titres de propriété qui aient valeur juridique et s'il y en avait, ils ont été emportés par le tsunami. Il n'existe aucun plan cadastral. La plupart des personnes qui vivaient ici ont disparu. Dans une telle situation, où commencer ? » se demande Steer.
M. Steer explique que grâce aux technologies modernes qui ont été mises en place, le problème aura une solution. La photographie aérienne est utilisée pour indiquer là où se trouvaient les maisons, car, même si les maisons ont été emportées, leurs marques sont restées sur le sol. « Mais encore beaucoup plus important est le rôle joué par la technologie rudimentaire c'est-à-dire l'engagement et la participation des communautés, la capacité de parler avec les gens au niveau même des communautés. »  |  |  | | La force de l'eau était telle que non seulement elle a détruit les maisons mais elle a emporté dans la mer tout ce qui aurait pu en rester. |
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M. Steer explique qu'un programme, d'une valeur totale de 30 millions de dollars EU, a déjà été mis en place avec pour objectif de reproduire les documents légaux de propriété, et même de délivrer des titres de propriété à ceux qui n'en avaient pas auparavant.
Ce programme venait en tête de liste à l'agenda de la réunion, cette semaine, du Conseil d'administration récemment établi d'un Fonds fiduciaire multi-donateurs pour la reconstruction et la réhabilitation à Aceh et dans le Nord Sumatra. Un Fonds fiduciaire multi-donateurs
La Banque est l'agent fiduciaire d'un nouveau fonds multi-donateurs de 500 millions de dollars EU, créé à la demande du Gouvernement indonésien. Ce fonds a pour objectif de rassembler toutes les ressources de l'aide destinées à appuyer le programme de réhabilitation et de reconstruction du gouvernement dans la région.
L'argent reçu de plus de 20 donateurs ira également pour aider les victimes du récent tremblement de terre sur l'Île de Nias, qui a fait plus de 900 victimes.
« Les défis à relever dans la reconstruction de Aceh et de Nias sont immenses, » dit le Ministre des finances de l'Indonésie, M. Yusuf Anwar. « Le Gouvernement est bien décidé non seulement à reconstruire Aceh et Nias mais à faire en sorte que les conditions de vie y soient meilleures que ce qu'elles étaient avant le désastre. Nous exprimons toute notre reconnaissance aux donateurs qui ont décidé d'utiliser ce mécanisme pour mettre en commun tous les fonds sous forme de dons. Ceci encouragera l'obligation de rendre compte, la transparence et permettre en même temps une bien meilleure coordination, » dit-il. “The government is committed to reconstruct Aceh and Nias better than it was before. We are grateful to donors who have decided to pool their grant fund through this mechanism, as it will promote accountability, transparency and better co-ordination at the same time,” he says. Un objectif essentiel : la transparence
Un des principaux objectifs du fonds fiduciaire est d'assurer un maximum de transparence, d'obligation de rendre compte et d'efficacité.
Sa création suit l'annonce récente par le Gouvernement d'Indonésie de mettre en place une agence (Badan) avec pour mandat de superviser le plan de reconstruction au cours des cinq premières années. Le siège de Badan est à Banda Aceh. Badan est prévu pour devenir le point focal de coordination de l'ensemble du processus de reconstruction.
M. Steer explique que le fonds fiduciaire sera installé dans les bureaux de l'agence à Banda Aceh.
« Nous avons déjà ouvert un bureau à Banda Aceh et nous nous attendons à avoir huit ou neuf bailleurs de fonds qui viendront y travailler, de telle façon à pouvoir assurer la meilleure coordination possible, » dit-il.
« Nous espérons donc que ceci s'avèrera un mécanisme très efficace, capable d'affecter les fonds très rapidement pour répondre à une demande de financement. Le secrétariat assurera la surveillance des opérations et vérifiera si les fonds sont bien utilisés.
« La Banque mondiale a offert 25 millions de dollars EU sous forme de don au fonds fiduciaire. Le fonds lui-même fourni uniquement des dons. Le Gouvernement indonésien n'aura donc pas besoin d'avoir recours aux emprunts vu les dons généreux dont il dispose aujourd'hui. »
M. Steer explique également que l'échelle de ce fonds fiduciaire sera plus importante que la plupart des autres fonds, et par conséquent il disposera d'un mécanisme de surveillance particulièrement solide.
« Une agence indépendante surveillera le programme de reconstruction à Aceh dans sa totalité. Une des choses que nous ferons en tant que fonds fiduciaire multi-donateurs sera d'aider à renforcer la capacité du gouvernement à superviser la totalité du programme de reconstruction à Aceh.
« Avec les sommes d'argent importantes qui continuent d'arriver, il pourrait être en effet très tentant et même facile de mal utiliser les fonds. C'est pourquoi le Président indonésien a décidé de mettre en place des mécanismes de gouvernance uniques en leur genre de façon à gérer la totalité du processus de reconstruction. Tout est unique ici, vu les dimensions de la catastrophe, même notre un rôle dans la création et le renforcement de ce processus. »
Appui de la Banque mondiale
M. Steer nous explique que la Banque mondiale a déjà du personnel qui travaille dans les principaux départements ministériels, tant à Jakarta qu'à Banda Aceh.
Vingt membres de son personnel sont déjà dans les bureaux nouvellement créés à Banda Aceh, bureaux qui sont devenus fonctionnels au cours de la première semaine du mois de mars. Et 20 autres spécialistes seront placés dans la nouvelle agence que le gouvernement est en train de créer à Banda Aceh.
La Banque restructure également ses programmes en faveur de l'Indonésie et agrandit le champ de son programme communautaire d'Aceh, aujourd'hui bien connu. (Voir article connexe)
« Je pense que tous nous reconnaissons qu'il s'agit d'un processus très, très difficile. Chacun d'entre nous en est conscient. Personne ici ne se vante d'avoir toutes les réponses. Les réponses vont demander de la modestie, du travail d'équipe et un engagement professionnel très fort, et surtout vont requérir beaucoup de compassion pour ceux qui ont tellement soufferts de cette immense tragédie, » dit Steer. |