Imaginez qu'on vous exclut de l'école ou que vous soyez dans l'incapacité de travailler, simplement parce que vous portez des lunettes.
Imaginez également que vous soyez incapable de marcher dans les rues, parce que vous êtes de trop petite taille ou trop âgé pour enjamber ces hautes balises qui empêchent les gens de garer leur voiture sur les trottoirs.
Ces deux cas, choisis dans le vaste répertoire élaboré par la Banque, ne sont que quelques-unes des difficultés qui sont à surmonter. Elles ciblent les efforts à entreprendre dans la mise en place de politiques non discriminatoires à l'égard des personnes handicapées dans les pays en développement.
Judy Heumann, conseillère sur le handicap et le développement dans le Réseau développement humain de la Banque mondiale, indique que l'un des défis à relever, en ce qui concerne le handicap en tant que problème de développement, est sa démystification.
Les projets de l'Uruguay : un exemple d'intégration |
| Un projet visant à intégrer les handicapés dans le système scolaire uruguayen pourrait servir de modèle à d'autres pays.
Ricardo Silveira, chargé des opérations principal à la Banque mondiale pour la région Amérique latine et Caraïbes, a qualifié de « grand succès » la soumission, par les écoles uruguayennes, sur une base compétitive, de propositions de financement visant à faciliter l'accès des élèves handicapés aux salles de classe. Ceci a connu un grand succès.
Après une présentation nationale aux établissements scolaires et aux syndicats d'enseignants, une enveloppe d'environ un million de dollars a été offerte aux écoles qui souhaitaient élargir l'accès des élèves handicapés à l'éducation.
De l'avis de Silveira, quelque 500 établissements scolaires ont participé à la compétition et bénéficié de subventions allant de 2000 à 3000 dollars.
Certains résultats ont été remarquables. | |
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L'équipe de Judy Heumann supervise les efforts destinés à prendre en compte les besoins des handicapés dans chacune des six régions oû la Banque est présente, ainsi qu'à travers ses réseaux. En effet, des plans d'action en passe de bénéficier d'un don du Fonds de prévoyance du Président de la Banque mondiale, James D. Wolfensohn, sont en cours d'élaboration par les groupes de travail des différentes régions.
« Notre travail consiste à intégrer les problèmes relatifs aux handicaps dans les interventions de la Banque », déclare Heumann. Il s'agit notamment d'inclure les besoins des handicapés dans les projets actuels de la Banque et dans ceux qui en sont au stade de la programmation ».
« L'objectif est de veiller à ce que les besoins des personnes handicapées soient pris en compte à tous les niveaux, dans les domaines de l'éducation, du logement, des transports, de l'environnement, bref dans tous les secteurs », souligne-t-elle.
Heumann précise que son équipe s'assure constamment de la reconnaissance des besoins des personnes handicapées dans l'élaboration des programmes, tant au sein de la Banque, qu'au niveau des gouvernements avec lesquels elle collabore. Elle exprime par ailleurs l'espoir qu'au cours des cinq à dix prochaines années, la Banque jouera un rôle de chef de file dans l'intégration de cette question dans l'agenda du développement.
«Le but est d'aider la Banque et les gouvernements à comprendre qu'il existe des solutions simples et peu onéreuses qui, pour la plupart, ne nécessitent aucun coût supplémentaire. Permettre à un enfant handicapé moteur d'aller en classe, ne coûte rien…La plupart des enfants handicapés n'ont besoin que d'une assistance minimale», fait-elle remarquer.
L'équipe de « handicap et développement » se fixe également pour objectif de travailler en partenariat avec les autres agences internationales de développement et les organisations de personnes handicapées, pour le renforcement de leur capacité à soutenir activement les projets en faveur des handicapés. Une génération perdue
Heumann a intégré la Banque mondiale il y a deux ans, avec pour mission de d'accroître la sensibilité de tous les services de la Banque aux besoins des handicapés dans la conception des politiques et des programmes.
Selon un haut responsable de la Banque, cette tâche est incontournable dans la réalisation des principaux objectifs de développement.
Jean-Louis Sarbib, vice-président principal et chef du Réseau développement humain de la Banque, estime pour sa part que la question des infirmités physiques et psychologiques était dans le passé un «angle mort» pour la Banque.
«A moins d'accorder une attention particulière aux personnes handicapées, la perspective d'atteindre les objectifs de développement pour le millénaire (objectifs internationaux à réaliser d'ici 2015) est peu probable».
« Prenons par exemple l'éducation. L'éducation pour tous signifie l'éducation pour tous les enfants, y compris les handicapés. Or, combien d'établissements scolaires disposent de structures adaptées pour accueillir des enfants qui présentent un handicap ? Combien d'enseignants bénéficient d'une formation qui leur permet de dispenser des cours à des élèves qui présentent un handicap ? » Dans plusieurs pays en développement, les personnes handicapées constituent une génération perdue. Plusieurs enfants handicapés, par exemple les enfants sourds ou ceux qui se déplacent dans une chaise roulante, sont privés d'éducation.
Dans certaines sociétés, les handicapés sont stigmatisés, et même cachés par leurs familles qui craignent d'être méprisées à cause d'eux.
La première tâche de l'équipe « handicap et développement » a donc été de répertorier le nombre de personnes handicapées dans les pays en développement.
Selon les estimations actuelles, elles représentent 10% de la population, soit 400 millions de personnes réparties sur l'ensemble des pays en développement. Etant donné que des pays tels que les Etats-Unis et l'Australie ont signalé des taux de handicaps de l'ordre de 20%, Heumann estime que la proportion de 10% des pays en développement paraît bien en deçà de la réalité. Un fruit à portée de la main
Heumann a en outre déclaré que la prise en compte des infirmités ressemble dans certains pays à « un fruit à portée de la main », traduisant ainsi l'accessibilité des résultats à générer pour le développement.
La collecte d'informations sur les incapacités joue donc un rôle fondamental dans les efforts visant à générer des gains, en ce qui concerne la prise en compte des besoins des handicapés.
« Au Brésil, les réponses à une ou deux questions sur les handicaps, insérées dans les enquêtes auprès des ménages, ont montré qu'un grand pourcentage d'enfants déclarés handicapés par les services compétents n'avaient en fait besoin que de lunettes », indique Heumann.
«Ainsi, la situation de certains enfants qui ont des difficultés d'apprentissage, et d'adultes qui sont inaptes au travail ou qui ne peuvent pas accomplir certaines tâches, pourrait rapidement changer si en réalité on ne leur donnait que des lunettes ou des appareils auditifs. », a ajouté Heumann.
En Inde et au Vietnam, fait-elle remarquer, certains bords de trottoirs sont inaccessibles aux handicapés –voire aux personnes de petites tailles ou âgées - simplement parce que ces trottoirs sont trop élevés. A la demande des défenseurs de la cause des personnes handicapées, la hauteur de certains de ces bords de trottoirs a été réduite. Des choses élémentaires peuvent apporter un changement notoire
Pour Heumann, dans plusieurs cas de figure, de simples interventions peuvent nettement améliorer la vie des handicapés et de leurs familles, ainsi que les performances globales du pays.
Pour illustration, dans les programmes de rénovation et de restauration mis en œuvre suite à des catastrophes naturelles ou des conflits, une augmentation de 2% du coût des projets permettrait de rendre les bâtiments accessibles aux handicapés.
Pour faire changer les choses, il faudrait reconnaître la véritable nature du handicap. Dans la plupart des cas, ces infirmités ne devraient pas empêcher les personnes handicapées de vivre une vie épanouie et productive.
« La cécité, la surdité ou l'usage nécessaire du fauteuil roulant ne constituent pas les seuls handicaps », précise Heumann. « De nombreuses personnes se trouvent dans l'ombre, une « zone grise » qui rassemble les troubles mentaux de légers à modérés, une déficience intellectuelle légère à modérée ou un handicap physique de léger à modéré ».
« Il faut très peu de choses pour que les personnes qui souffrent de handicaps légers à modérés soient intégrées dans la société ».
Elle a insisté sur la stigmatisation qui est l'un des principaux problèmes auxquels sont confrontées les personnes handicapées. « Les familles ont tendance à cacher leurs enfants ou d'autres membres de la famille qui souffrent d'un handicap, de peur de voir toute la famille stigmatisée, avec des conséquences désastreuses. » |