Le 25 mai 2005—Dr Lia Sieghart utilise un langage direct pour décrire les problèmes d'eau de son pays, le Yémen.
« La rareté de l'eau est essentiellement le plus grand problème du Yémen » selon Sieghart. « C'est le plus grand obstacle au développement. »
Sieghart connaît très bien les problèmes d'eau du Yémen. Spécialiste de la gestion de l'environnement au Ministère yéménite de l'eau et de l'environnement, elle explique que la réduction de la nappe phréatique peut atteindre 6 m par an.
« En fait, c'est le principal problème du Yémen actuellement. Selon certaines prévisions, la capitale du Yémen fera face à une pénurie d'eau dans 10 ans ; nous devons donc prendre des mesures drastiques dès aujourd'hui pour tenter d'enrayer la déperdition actuelle » dit-elle. Sieghart est une des personnes à l'origine d'une approche novatrice pour conserver les eaux du Yémen – la réutilisation des eaux des mosquées du pays.
Son département, en partenariat avec une entreprise spécialisée dans les technologies relatives à l'eau, Parsons Brinckerhoff Ltd., vient de recevoir près de 127 000 dollars EU du programme Development Marketplace de la Banque mondiale pour mettre en place un programme pilote de réutilisation des eaux des mosquées dans trois communautés du Yémen.
Comme nous l'explique Sieghart, les mosquées sont de grands utilisateurs d'eau. Les gens vont prier dans les mosquées cinq fois par jour. Avant chaque prière, ils doivent faire des ablutions.
« L'eau coule constamment. Mais cette eau est de très haute qualité car on n'utilise pas du savon pour ces ablutions." Ajoute-t-elle.  |  |  | | Development Marketplace 2005 |
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L'eau qui est utilisée pour faire les ablutions est considérée une eau ménagère, et donc entre directement dans les égouts, ce qui réduit davantage les faibles ressources en eau du pays.
Mais dans le cadre du projet, l'eau utilisée pour les ablutions serait captée, traitée et distribuée pour irriguer les terres autour des mosquées où l'agriculture est pratiquée.
Le Yémen a plus de 75 000 mosquées et ce chiffre déjà très élevé ne comptabilise que les mosquées officielles. « Nous avons calculé qu'avec une moyenne de 100 personnes par jour et par mosquée, les eaux récupérées des mosquées peuvent irriguer 17 % en plus de terres agricoles. »
Sieghart explique aussi que le public a déjà accepté le concept de réutilisation des eaux des mosquées. « Premièrement, le Coran permet et encourage la réutilisation des eaux usées. Nous avons également reçu une réponse très positive des Imams, des cheiks et des communautés locales pour réutiliser l'eau. »
Pour encourager l'acceptation par la communauté, le projet mènera une campagne de sensibilisation, avec l'appui des chefs religieux, des cheiks et des autorités gouvernementales.
Sieghart vient de passer deux jours au Siège de la Banque mondiale à Washington dans le cadre du programme Development Marketplace pour exposer son projet.
Pour elle, il s'agit d'une expérience marquante. « Pour nous, cela était très important parce que l'idée émane de la communauté elle-même. Très souvent, lorsqu'on traite de problèmes importants comme celui de l'eau, on examine des grandes questions comme celle des infrastructures, et on ne voit pas les petites idées qui pourtant sont très efficaces. »
Un autre facteur important pour Sieghart est que ce concept peut être copié ailleurs. « Il peut facilement être reproduit dans toute la région parce que le Moyen Orient et l'Afrique du Nord sont les régions où l'eau est une des plus rares du monde. En outre, le système peut aussi être utilisé non seulement avec les mosquées, mais avec les écoles, des immeubles gouvernementaux, et les hôtels – partout où les besoins en eau sont élevés. |