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Table Ronde du Maghreb : Emploi, Commerce extérieur, Genre et Gouvernance

Monsieur Assaad Jabre, Vice Président Exécutif p.i. et Vice Président, Opérations, SFI

 

Table Ronde du Maghreb : Emploi, Commerce extérieur, Genre et Gouvernance

Hotel Corinthia, Gammarth, Tunis, Tunisie

24 Mai 2005

 

 

Monsieur le Ministre, Monsieur le Président Kabbaj, mesdames, messieurs, bonjour. Je voudrais commencer par remercier monsieur le Ministre et le Président Kabbaj pour leurs remarques pertinentes et surtout remercier le Gouvernement tunisien d’accueillir cette conférence  importante pour la région.

 

Je voudrais également féliciter les pays du Maghreb pour accepter de débattre les thèmes de cette conférence d’une manière directe et ouverte.  J’ai bien conscience qu’il s’agit là de sujets qui peuvent être sensibles, mais cette conférence est une excellente occasion d’en débattre et d’aider à trouver les catalyseurs du changement dont les pays du Maghreb ont si grandement besoin.

 

 

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Comme l’ont souligné monsieur le Ministre et Jouini et le Président Kabbaj, malgré les importants progrès réalisés au cours de la dernière décennie notamment en termes de stabilisation du cadre macroéconomique et de réformes, les défis auxquels les pays de la région sont confrontés demeurent considérables. Tout d’abord les trois pays de la région – à des degrés différents –  connaissent des taux de chômage élevés. De plus, les économies doivent impérativement réduire leur dépendance vis-à-vis d’un nombre limité de secteurs.  Enfin, la région doit faire face à une globalisation qui se poursuit inexorablement.

 

Le Maghreb a un taux de chômage d’un peu plus de 20%. Il touche plus particulièrement les jeunes (40% ou plus, d’après certaines sources), les diplômés et les femmes.  Ceci se traduit par un énorme gaspillage de ressources économiques et de talents au bénéfice de l’émigration. Ceci est aussi souvent une des causes principales de la pauvreté, du désespoir et de l’instabilité.  Comme vous l’avez certainement lu dans les documents de cette conférence, le Maghreb doit créer 22 millions d’emplois au cours des deux prochaines décennies. Mais les taux de croissance actuels – même si très respectables – sont soit insuffisants soit instables pour atteindre cet objectif.

 

A mon avis, le deuxième défi que confronte la région est l’insuffisante diversification des économies. Si les pays ont bien su tirer profit de certains avantages et ressources de la région – hydrocarbures, tourisme, agriculture, textile – ces succès s’accompagnent également d’une dépendance accrue à l’égard d’un nombre limité de secteurs, eux-mêmes soumis à des aléas externes.

 

Enfin, le troisième grand défi pour la région est de trouver un positionnement optimal pour tirer avantage du mouvement de globalisation. Il faut être réaliste : la globalisation est un phénomène irréversible dans le monde d’aujourd’hui.  Le Maghreb peut, s’il s’en donne les moyens, jouer pleinement la carte de l’ouverture et accroître sa productivité et son taux de croissance.

 

 

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L’expérience des pays qui ont récemment connu des taux de croissance élevés, comme la Chine, l’Inde, Dubaï et certains pays de l’Europe de l’Est, montre que la réponse à ces défis passe par un profond engagement à développer un secteur privé dynamique et compétitif. Ces expériences font ressortir également un certain nombre de conditions nécessaires pour atteindre un tel objectif :

 

-           Tout d’abord, ces pays ont tous réussi à positionner leurs économies dans ou autour de marchés de taille conséquente.  La Chine et l’Inde bénéficient, bien évidemment, d’un marché domestique immense. Mais d’autres pays ont su développer l’accès à des grands marchés externes : ainsi, la Bulgarie et la Roumanie, dans le cadre de leur accession future à l’Union Européenne, se sont rapprochées de ce grand marché ; ou Dubaï en créant une économie extrêmement ouverte et libéralisée, a su bénéficier des marchés régionaux, voire mondiaux. Les pays du Maghreb devraient pouvoir atteindre un grand marché tant en promouvant les échanges entre eux, qu’en prenant pleinement avantage de leur proximité géographique, linguistique et culturelle avec l’Europe et avec le reste du monde arabe et de leurs liens avec l’Afrique sub-saharienne.

 

-           Ensuite, un ingrédient clef du succès des pays ayant réussi leur transition vers des croissances plus fortes est le développement des ressources humaines. Je ne saurai assez insister sur ce point.  Ce développement passe par un enseignement de qualité orienté vers les besoins de l’économie ainsi que par la promotion de la condition féminine. Sur ce dernier point, l’exemple de la Tunisie mérite d’être salué, même si des efforts supplémentaires sont nécessaires dans les 3 pays de la région.

 

-           Par ailleurs, je tiens à souligner la nécessité d’établir un climat des investissements favorable. Ce point est au cœur des interventions du Groupe de la Banque mondiale pour la promotion du secteur privé. Force est de constater, que les pays que je mentionnais plus tôt, ont atteint des résultats inégaux dans ce domaine. Si certains grands pays ont réussi à promouvoir les investissements dans un climat qui laisse encore à désirer, ils n’ont pu le faire qu’en compensant cette lacune par d’autres facteurs déterminants tels que leur taille de marché. Toutefois, les autres pays qui ont réussi ont clairement instauré un climat des affaires stable, transparent et incitatif. Compte tenu de leurs tailles, il me parait que les pays du Maghreb doivent impérativement chercher à rendre leur climat des investissements aussi attrayant que possible. Pour ce faire, il est important que les pays puissent compter sur des institutions publiques modernes et de qualité et d’un cadre législatif et réglementaire transparent, stable, motivant et le moins contraignant possible.

 

-           Enfin, il ne faut pas oublier l’importance de l’infrastructure de qualité que les usagers doivent pouvoir utiliser à des prix compétitifs. Les pays à taux de croissance élevé ont pour la plupart investi massivement – ou sont en train de le faire – pour assurer aux acteurs économiques privés l’accès à de telles infrastructures que ce soit dans les domaines de transports, communication, eau et énergie et ont introduit de la concurrence entre les prestataires de services là où possible.

 

 

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Pour être durable, la croissance économique doit également s’appuyer sur trois autres facteurs :

 

-           Tout d’abord, il est important d’optimiser les avantages comparatifs respectifs des secteurs privé et public.  Les pays émergeants – comme d’ailleurs les pays développés – ont appris au cours des dernières décennies que les acteurs privés et publics ont chacun un rôle à jouer dans le développement des infrastructures.  Si pour certains secteurs comme les télécommunications, la production d’énergie, les ports ou les aéroports, le privé est capable de prendre totalement en charge les investissements parfois lourds ; pour d’autres secteurs tels la distribution d’eau et d’électricité et certains secteurs sociaux, le modèle de partenariat public-privé peut s’avérer être la solution optimale.  Dans un tel modèle, secteur public et secteur privé jouent chacun le rôle où ils ont un réel avantage comparatif : par exemple, le privé dans le domaine de la gestion et du financement d’une partie de l’investissement ; le public dans la prise en charge d’investissements générant des externalités positives.

 

-           Deuxièmement, il est fondamental d’élargir le groupe des bénéficiaires de la croissance.  Celle-ci ne peut plus être concentrée entre les mains de quelques groupes, mais doit impérativement toucher au plus grand nombre afin de promouvoir la paix sociale et le développement durable.  Il est essentiel à cet égard de promouvoir le développement des PME-PMI qui sont seules à même de créer en nombre suffisant les emplois nécessaires pour diminuer significativement le chômage.  Il est tout aussi important de favoriser le développement des toutes petites entreprises notamment à travers la promotion de la micro-finance.  Un autre domaine qu’il convient de souligner est l’approfondissement et la diversification des secteurs financiers, notamment par l’accélération du financement de l’habitat.  Cette promotion des PME-PMI, des micro-entreprises ainsi que le financement de l’habitat soutiennent l’établissement et la croissance des classes moyennes qui sont fondamentales au développement de toute économie. A tout niveau, la participation à part entière des femmes à ces activités est une dimension incontournable de l’inclusion.

 

-           A ce sujet, je voudrais souligner que les bases d’une augmentation substantielle de la participation de la femme dans les économies du Maghreb ont déjà été jetées à travers une augmentation de l’alphabétisation des femmes au cours des trois dernières décennies et à travers une plus grande part des investissements dans le secteur de l’éducation.  Il y a quelques semaines, j’ai participé à un séminaire important sur le genre et le développement.  Je dois dire que je trouve ce sujet d’une importance cruciale pour la région. De nombreux et convaincants travaux de recherche montrent que les progrès concernant la participation de la femme sont plus une cause qu’une conséquence du développement.  Ceci sera longuement discuté au cours de cette conférence, donc je me contenterai de mentionner qu’à la SFI nous accordons beaucoup d’importance à cette question et que nous venons de lancer une initiative intitulée « genre, entreprenariat et marché » qui jouera un rôle grandissant dans nos activités, tout particulièrement à travers notre « facilité » d’assistance technique pour la région (PEP-MENA).

 

-           Mon troisième point est que l’inclusion et la dimension sociale ne sont plus le seul fait du secteur public. L’entreprise privée se doit d’être un acteur à part entière dans le développement non seulement économique mais aussi social de l’environnement dans lequel elle opère.  A l’écoute des préoccupations sociales des communautés avec lesquelles elle interagit, elle se doit de prendre pleine mesure des impacts possibles – tant positifs que négatifs – de ses activités.  A travers les programmes de partenariats avec ses fournisseurs et ses distributeurs, à travers une prise en compte accrue des aspects environnementaux de ses opérations, à travers une inclusion importante des communautés avoisinantes, l’entreprise joue son rôle dans le développement social.  Ceci n’est pas le fait de la charité. Il est prouvé aujourd’hui que la responsabilité sociale de l’entreprise contribue non seulement à l’amélioration de son image, mais aussi à l’amélioration à moyen terme de ses résultats financiers. Les exemples sont nombreux d’entreprises qui, ayant préféré sacrifier la responsabilité sociale de l’entreprise à la rentabilité à court terme, n’ont pas survécu à moyen terme aux pressions du public, des communautés environnantes et du consommateur. Sur ce dernier point, je dois souligner que la SFI a joué un rôle moteur pour promouvoir la responsabilité sociale de l’entreprise dans les pays émergents.

 

De par le passé, il fallait attendre plusieurs générations pour hisser les pays hors de la pauvreté. Mais aujourd’hui nous voyons certains pays et certaines régions atteindre ce résultat en une génération.  Je suis confiant que le Maghreb peut le faire à son tour.

 

A la Banque mondiale, nous aidons les gouvernements à améliorer leurs politiques économiques et à compléter leurs programmes d’investissement à long terme. A la SFI, nous promouvons les investissements durables du secteur privé en investissant sous forme de participations en capital, de prêts et de garanties, en mobilisant des ressources financières d’autres bailleurs de fonds, en aidant à structurer des projets et en fournissant des conseils techniques tant aux gouvernements et aux entreprises. Ensemble, nous croyons qu’il existe des moyens d’accélérer le progrès.

 

Notre but à la SFI est de soutenir un tel progrès et nous aspirons à être le partenaire de choix pour le développement durable. A la SFI, nous croyons qu’il n’existe pas de contradiction entre rentabilité et développement : seules les entreprises rentables peuvent soutenir une croissance durable dans les économies émergentes. 

 

Les entreprises performantes sont à la base des économies saines.  Elles seules conduisent à la création d’emploi et à la croissance.  Nous nous attachons donc à financer des projets qui combinent rentabilité et impact pour le développement dans les pays émergents.  L’an dernier, la SFI a financé environ 200 projets pour un montant de presque 5 milliards de dollars.  Nous faisons ceci tout en réalisant un profit, ce qui illustre mon propos que les investissements privés dans les pays émergents sont aussi rentables.

 

Je voudrais maintenant dire quelques mots sur nos activités dans la région. Nous avons bien sûr accompagné des investissements directs étrangers dans les trois pays dans le domaine industriel, les banques et les infrastructures. Concernant l’intégration maghrébine la stratégie de la SFI appuie les investissements Sud-Sud en mettant à la disposition des partenaires son savoir-faire industriel ainsi que sa connaissance des pays.  Nos relations privilégiées avec les gouvernements de la région, qui sont aussi nos actionnaires, peuvent aider les investisseurs à surmonter les obstacles qui peuvent surgir lors de leur implantation dans les pays de la région. Par exemple, juste cette semaine nous avons participé dans le Sud Algérien à un forum des entrepreneurs maghrébins pour encourager les partenariats entre différentes entreprises de la région. Nous sommes aussi en discussion avec des institutions dans différents pays qui veulent investir dans les pays voisins. Récemment, avec la Banque mondiale, nous avons établi des diagnostiques sur différents aspects du climat des investissements en Algérie et au Maroc.

 

Pour le secteur financier, nous sommes actionnaires et partenaires de plusieurs banques dans tous els pays du Maghreb central.  Souvent, nous les avons aidé au moment de leur création. Nous travaillons également actuellement à démocratiser l’accès au financement de l’habitat par la mise en place de nouveaux produits, la création d’institutions nouvelles ainsi que par des conseils et une assistance technique aux gouvernements.

 

Concernant les PME, nous accompagnons aussi bien les autorités que les institutions financières à étendre significativement leurs financements des PME en introduisant les meilleures pratiques internationales qui permettent un financement soutenu mais rentable des PME. Notre travail d’assistance aux PME est multiforme : il va de l’aide à la mise en place de l’information financière à travers les centrales de bilan et les bureaux de crédit à l’organisation de séminaires  pour la dissémination du savoir-faire, à l’assistance technique aux banques pour les aider à financer plus et mieux les PME. Nous sommes aussi présents dans des fonds d’investissement ciblant le Maghreb, dans des compagnies de leasing et j’espère bientôt dans des organismes de microfinance. Enfin, nous avons en place des contrats d’assistance technique avec un certain nombre de grandes banques dans les trois pays du Maghreb.

 

Je voudrais aussi mentionner l’aide que la SFI pourrait apporter pour stimuler l’investissement en infrastructure, notamment à travers les partenariats public-privé. A ce titre, je voudrais citer l’exemple du travail que nous avons effectué récemment avec le gouvernement marocain pour l’aider à structurer le financement et à attirer des investisseurs privés pour le premier projet au monde d’irrigation privée.

 

En conclusion, monsieur le Ministre, mesdames, messieurs, je crois que cette région possède un potentiel considérable.  Les défis qu’elle continue à confronter tels que la taille de ses marchés locaux, la gouvernance en général et d’entreprise en particulier, le climat des investissements et la participation des femmes dans l’économie sont loin d’être insurmontables. Nous pouvons changer la réalité qui nous entoure.  Nous pouvons le faire en l’espace d’une génération. Mais ce changement requiert la participation de tous. Le secteur public ne peut pas le faire à lui seul. L’engagement et la détermination de la communauté des affaires et de la société civile peuvent et doivent contribuer à ce changement, en mobilisant leurs ressources, leur énergie et leur savoir-faire. Je vous assure qu’à son tour, le Groupe de la Banque mondiale est prêt à vous soutenir à faire de ces changements une réalité.

 

Je vous remercie.

 

Pour en savoir plus visitez le site de la Table Ronde du Maghreb : emploi, commerce exterieur, genre et gouvernance

 





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