20 juin, 2005—Lia Gho Siu Ching a eu de la chance. En décembre dernier, lorsque des murs d’eau du tsunami se sont abattus sur son village à Banda Aceh, Lia était absente. Elle s’était rendue au chevet de sa mère malade à Jakarta, la capitale de l’Indonésie. Mais en pensées, elle était avec son mari et ses quatre enfants qui devaient faire face au tsunami et à ses conséquences. Lorsqu’elle est retournée à Banda Aceh trois jours après le tsunami, Lia a retrouvé son village, Kampong Keuramat, complètement anéanti. Les rues, ou ce qu’il en restait, étaient jonchées de corps couverts de mouches. Les routes et les maisons avaient disparu sous des monceaux de décombres. Il n’y avait plus ni eau ni électricité. Un bateau emporté par la vague géante à l’intérieur des terres avait explosé en provoquant un incendie qui a complètement détruit 45 maisons et une partie d’une mosquée. Heureusement, tous les membres de la famille de Lia avaient survécu au désastre, mais leur maison était gravement endommagée. Il leur a fallu un mois pour débarrasser la maison de tous les débris qui l’encombraient. Pendant ce temps, Lia et sa famille ont été obligés de louer une maison à Ulee Kareng. Mais elle est souvent retournée dans son village pour aider ses voisins à déblayer les ruelles et les fossés, et même faire du porte à porte pour aider les gens à nettoyer leurs maisons. Au vu du manque de nourriture dans le village, Lia a contacté des organisations non gouvernementales pour obtenir des vivres.  |  |  | | Lia et sa famille devant leur maison |
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Une maison qui est devenue un centre de ravitaillement en pain. Il suffit de regarder la maison qu’elle partage avec sa famille et ses beaux-parents pour comprendre en quoi consiste la mission qu’elle s’est donnée. Aujourd’hui, la maison de Lia est devenue un centre de ravitaillement en pain. Les habitants de son quartier se rendent chez elle chaque jour pour recevoir du pain gratuit fourni par une organisation non gouvernementale turque, Istanbul Buyuksehir Beliedeshi. Les 600 pains fournis par cette association permettent de nourrir environ 180 familles par jour. « Je regrette de ne pas avoir pu joindre tous les gens de mon village dans leur lutte contre le tsunami, » dit Lia. « C’est pourquoi j’ai décidé d’aider tout le monde, parce qu’aujourd’hui nous sommes tous les mêmes. Aujourd’hui nous sommes tous comme une grande famille. » Lia est pleine de modestie lorsqu’elle parle des efforts qu’elle fait pour aider ceux qui ont tout perdu à cause du tsunami. Mais grâce à son initiative, elle a gagné le respect et le soutien de tous ses voisins. Ils l’ont d’ailleurs encouragée à se joindre au Kerap, un comité local élu qui s’occupe de la reconstruction et surveille l’utilisation des fonds donnés par le Projet de pauvreté urbaine de la Banque mondiale. « Les gens me font confiance, et, par conséquent, je ne peux rien leur refuser. Je n’ai pas dépassé l’école secondaire. Je ne suis pas un leader, juste quelqu’un qui veut aider. Je ne travaille pas pour l’instant et par conséquent j’ai du temps libre pour aider » dit-elle.  |  |  | | Les villageois de Kampong Keuramat font de la cartographie |
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Organiser l’avenir Aujourd’hui, en tant que membre du Kerap, elle participe à une formation élémentaire en cartographie, et organise des sessions de cartographie dans son village. Ces sessions, au cours desquelles les gens apprennent à reporter sur une carte leur terrain, sont essentielles. Un des problèmes fondamentaux dans les processus de reconstruction à Aceh est que de nombreux titres fonciers ont été détruits et que les limites des terrains ne sont plus déterminées. Les communautés locales sont aujourd’hui impliquées dans la délimitation des terrains et dans la reconstitution des documents cadastraux grâce à ces sessions de cartographie élémentaire. La Banque mondiale participe à ce processus en assurant aux communautés locales une formation de base en cartographie par le canal du Projet de développement Kecamatan, et en utilisant le réseau de facilitateurs du Projet de pauvreté urbaine. Ces facilitateurs ont en effet été recrutés pour assurer la liaison avec le niveau communautaire. Le mois dernier, le Fonds fiduciaire multi-donateur de l’Indonésie, qui a pu rassembler jusqu’ici plus de 500 millions de dollars EU en provenance de différents donateurs et qui est géré par la Banque, a donné le feu vert à un programme de reconstitution des documents cadastraux d’un montant de 28 millions de dollars EU. Ce programme a pour objectif de préciser les limites des terres de tout un chacun grâce à une reconstruction d’urgence du cadastre, d’établir une banque de données d’occupation des sols et de réhabiliter le système d’administration du territoire dans l’ensemble de la province d’Aceh. Le comité Kerap de Lia prévoit de terminer la session de cartographie organisée pour le village dans une semaine. « Le moral, chez nous, est très élevé. Je crois qu’il n’y aura aucun problème à mobiliser tout le monde pour la reconstruction. » |