19 juillet 2005 â Ă la conclusion du rĂ©cent sommet du G-8, les dirigeants rĂ©unis Ă Gleneagles ont confiĂ© au Groupe de la Banque mondiale le dossier du financement dâun nouveau mĂ©canisme pour le changement climatique.  « Câest lĂ quelque chose qui est vraiment tout nouveau pour la Banque mondiale », a dĂ©clarĂ© le prĂ©sident de la Banque mondiale, Paul Wolfowitz.  Le changement climatique est Ă la fois un problĂšme planĂ©taire et un problĂšme de dĂ©veloppement.  « On ne peut pas assurer la viabilitĂ© Ă©cologique et aller dans le sens dâune Ă©conomie sans carbone si lâon continue de tabler sur les technologies et politiques peu sobres en carbone qui sont appliquĂ©es Ă lâheure actuelle et qui contribuent Ă la pollution de lâair et de lâeau et au changement climatique », a dĂ©clarĂ© Ian Johnson, vice-prĂ©sident de la Banque mondiale pour le dĂ©veloppement durable, au cours de lâinterview qui suit, durant laquelle il est revenu sur cet appel au financement dâun nouveau mĂ©canisme et Ă lâĂ©largissement du dialogue sur cette question.  Quel rĂŽle la Banque mondiale est-elle appelĂ©e Ă jouer du fait du Plan dâaction du G-8 sur le changement climatique ?  Les discussions du G-8 ont dĂ©bouchĂ© sur trois initiatives spĂ©cifiques, qui se situent Ă des niveaux diffĂ©rents : cela va de lâĂ©tablissement dâun consensus Ă lâĂ©chelle mondiale sur les Ă©lĂ©ments dâun futur accord Ă lâĂ©laboration de mesures dĂ©taillĂ©es pour accroĂźtre les investissements dans les secteurs correspondants au niveau des pays en dĂ©veloppement, ce qui vise les investissements du secteur privĂ© aussi bien que des institutions financiĂšres internationales, y compris la Banque mondiale et ses activitĂ©s de prĂȘt.  1.  Processus de dialogue : La Banque aidera Ă promouvoir le dialogue destinĂ© Ă forger un consensus parmi les pays du G-8 et, Ă un niveau plus large, avec les grands pays nouvellement industrialisĂ©s et les pays en dĂ©veloppement sur un Ă©ventuel accord pour la gestion Ă long terme du changement climatique au-delĂ de 2012, lâannĂ©e oĂč prendra fin le Protocole de Kyoto.  2.  MĂ©canisme pour les investissements : La Banque sera au centre dâun processus associant des banques multilatĂ©rales, des organismes de crĂ©dit Ă lâexportation, des Ă©tablissements financiers du secteur privĂ© et des compagnies de rĂ©assurance pour lâĂ©tablissement dâun mĂ©canisme dâinvestissement visant Ă favoriser une croissance Ă©conomique sobre en carbone, et plus prĂ©cisĂ©ment Ă permettre des apports de fonds destinĂ©s Ă la valorisation du rendement Ă©nergĂ©tique, des Ă©nergies propres et des mesures dâadaptation au changement et Ă la variabilitĂ© climatique.  3.  ActivitĂ©s de prĂȘt de la Banque : Le G-8 a demandĂ© Ă la Banque dâaugmenter ses prĂȘts dans le cadre du processus engagĂ© pour tenter dâaccroĂźtre les apports de fonds publics et privĂ©s en faveur dâun dĂ©veloppement Ă©conomique sobre en carbone et sans incidence sur le climat, dans le mĂȘme temps oĂč se poursuivront les discussions sur un Ă©ventuel accord pour la gestion Ă long terme du changement climatique.  Que peut faire la Banque pour mettre plus lâaccent sur le changement climatique et intĂ©grer cette question dans lâaction quâelle mĂšne aux cĂŽtĂ©s des pays en dĂ©veloppement ?  La politique que suit le Groupe de la Banque repose sur une approche Ă©quilibrĂ©e qui concilie, dâune part, la nĂ©cessitĂ© de sâadapter au changement climatique et Ă la variabilitĂ© du climat Ă lâĂ©chelon des pays en dĂ©veloppement et, dâautre part, la nĂ©cessitĂ© de rĂ©duire les Ă©missions de gaz Ă effet de serre (GES) Ă lâorigine du rĂ©chauffement planĂ©taire.  Nos partenaires et nous-mĂȘmes allons nous employer Ă identifier des moyens permettant de rĂ©duire lâintensitĂ© en carbone des activitĂ©s Ă©conomiques, qui sont essentielles au dĂ©veloppement.  Par exemple, les secteurs de lâĂ©lectricitĂ© qui fonctionnent au charbon, au pĂ©trole et au gaz sont essentiels, particuliĂšrement en Inde et en Chine. Il en est de mĂȘme pour les activitĂ©s manufacturiĂšres Ă trĂšs forte intensitĂ© Ă©nergĂ©tique et, par lĂ -mĂȘme, Ă forte intensitĂ© en carbone, comme les cimenteries, la sidĂ©rurgie, les industries chimiques, la construction automobile et les transports.  Des compromis ne cessent dâĂȘtre effectuĂ©s entre le dĂ©veloppement des transports en vĂ©hicules individuels et des routes, par opposition aux chemins de fer et aux transports publics. Les dĂ©cisions en question sous-tendent les choix de systĂšmes de transport urbain, affectant ainsi la part que prennent ces systĂšmes dans les Ă©missions de GES et, Ă terme, dans le changement climatique.  Nous devons aller de lâavant en matiĂšre de recherche et dĂ©veloppement pour les technologies nouvelles, et encourager la prise de mesures allant dans le sens dâune rĂ©duction des Ă©missions de carbone, telles que des stratĂ©gies appropriĂ©es de tarification de lâĂ©nergie, une bonne gouvernance et des programmes dâĂ©change.  Il nous faut Ă©galement explorer des outils de financement supplĂ©mentaires pour couvrir les besoins de fonds ou risques additionnels associĂ©s Ă lâadoption des meilleures technologies disponibles dans diffĂ©rents pays en dĂ©veloppement. On peut faire appel pour cela au marchĂ© du carbone ou Ă divers mĂ©canismes de marchĂ©.  Et puis il y a le secteur de lâagriculture, au niveau duquel nous devons aider les pays Ă sâadapter au changement climatique par un effort de restauration du couvert vĂ©getal et de rĂ©gĂ©nĂ©ration des terres dĂ©gradĂ©es, en appliquant pour cela des techniques agricoles et forestiĂšres et des modes de gestion des bassins versants Ă©cologiquement viables.  Les pays en dĂ©veloppement font face Ă des conditions mĂ©tĂ©orologiques diffĂ©rentes de celles quâils ont connues dans le passĂ© et sont soumis Ă un nouveau type dâalĂ©a : les zones arides sâassĂšchent Ă©normĂ©ment, les zones humides le deviennent encore plus, et les prĂ©cipitations sont plus imprĂ©visibles. Cela signifie que les infrastructures nouvelles doivent ĂȘtre planifiĂ©es en consĂ©quence.  On ne peut pas se fier Ă 200 annĂ©es de donnĂ©es antĂ©rieures pour se prĂ©parer aux 50 à  100 annĂ©es Ă venir. On doit rĂ©flĂ©chir Ă la façon dont les systĂšmes hydrologiques vont Ă©voluer. Il sâagit dâinvestir dans la recherche et le dĂ©veloppement appliquĂ©s Ă lâagriculture.  Le renforcement de lâaide de la Banque et des autres bailleurs de fonds et lâutilisation des ressources tirĂ©es du marchĂ© du carbone dans le secteur agricole peuvent contribuer Ă rĂ©duire le risque climatique pour les populations rurales les plus pauvres dâAfrique et dâailleurs.  Par ailleurs, la mise en place de mĂ©canismes Ă©largis dâassurance privĂ©e contre lâextrĂȘme variabilitĂ© du temps, que la Banque a mis Ă lâessai en Inde et dans divers autres pays, rĂ©duirait les risques auxquels sont soumis les petits exploitants agricoles.  Cela se traduira-t-il par une augmentation des prĂȘts dans les domaines du rendement Ă©nergĂ©tique et des Ă©nergies renouvelables ?  Nous avons dĂ©jĂ Ă©tabli comme objectif dâaugmenter de 20 % nos prĂȘts en faveur des Ă©nergies renouvelables. Aucune autre institution financiĂšre au monde, banques multilatĂ©rales de dĂ©veloppement incluses, nâa fixĂ© de tels objectifs chiffrĂ©s.  Nous envisageons Ă prĂ©sent dâunir nos efforts Ă ceux dâautres institutions financiĂšres internationales et rĂ©gionales en vue de renforcer lâactivitĂ© de prĂȘt pour les Ă©nergies renouvelables.  Nous sommes aujourdâhui particuliĂšrement dĂ©sireux dâaccroĂźtre nos prĂȘts en faveur du rendement Ă©nergĂ©tique dans le domaine des combustibles fossiles, notamment pour ce qui est de lâutilisation du charbon, qui connaĂźt une progression spectaculaire et a dâimportantes implications environnementales au plan local, en plus du fait dâĂȘtre la principale source dâĂ©missions de gaz Ă effet de serre dans les grands pays nouvellement industrialisĂ©s.   |