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Colombie: la lutte pour la paix

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San Martin, Colombie: Cette petite pièce, au fond d’un bout de couloir dans ce bâtiment à un étage situé au centre de cette ville d’éleveurs, ressemble à tous les bureaux un peu vieillots dans les petites villes de province. Elle se distingue néanmoins par son microphone et par les personnes qui y ont accès, puisqu’elle abrite la station radio communautaire de San Martin (97.5 FM) qui diffuse plusieurs genres musicaux, des informations locales, des communiqués des différentes communautés et familles, et l’actualité sportive.

 

Pour M. Juan Jiménez Salazar, l’un des animateurs de la radio, l’importance de la station va au-delà de la simple diffusion de la country musique, tant affectionnée par les éleveurs qui constituent la majorité de la population de la région. «Nous essayons d’offrir aux populations un cadre d’expression, » confie-t-il.  

 

Cette liberté d’expression, qui leur est désormais offerte sur les ondes de la radio communautaire, est une innovation pour les auditeurs de la région de la vallée du Fleuve Magdalena, la province de Magdalena Medio. Ce sont en effet des gens habituellement réservés.

 

Dans les années 80, une bonne partie de la région de Magdalena était sous le contrôle de la guérilla d’extrême gauche. Au cours de la décennie suivante, la plupart des guérillas ont été repoussées dans les montagnes, et ont été remplacées aujourd’hui par une milice paramilitaire d’autodéfense qui tente de contrôler les populations. Cette région est donc l’objet de convoitise de 2 armées, toutes deux illégales. Malgré les ressources importantes de la région, le taux de pauvreté (70 pour-cent) est très élevé. Cela pousse donc beaucoup de jeunes à s’enrôler dans les différentes milices pour échapper à une situation qu’ils considèrent sans issue. 

 

 

radio station
Le rôle de la radio va bien au-delà de la diffusion de musique ranchera
Une idée à la fois novatrice et libératrice

 

Ce n’est pas facile de diffuser des émissions de radio au Magdalena Medio. Pour continuer ses émissions, une station de radio doit être capable de toujours trouver le juste milieu entre l’orthodoxie et l’audace dans l’information de ses auditeurs. Elle doit tenter de faire un rapport sur tous les évènements, dans la mesure du possible, tout en évitant des retours de flamme. Les trois journalistes de Radio San Martin n’iront jamais utiliser les ondes pour pousser les jeunes garçons à rejoindre des organisations illégales. Certaines émissions sont mêmes animées par les représentants de l’église protestante sur cette radio qui était, à ses origines, un projet de l’église catholique. «Nous essayons d’inculquer aux jeunes le respect de certaines valeurs comme la tolérance, » explique Salazar. Dans cette région, l’idée est à la fois novatrice et libératrice.

 

La station radio est l’un des projets effectués au titre du Programme de paix et de développement du Magdalena Medio et son Laboratoire de Paix. Dans le cadre de ce programme, 340 projets impliquant 30.000 personnes ont été initiés dans la région. Ces projets couvrent 4 départements du Centre Nord de la Colombie, et 29 «municipios» (communes). Parmi les autres projets, figurent les coopératives des organisations de producteurs de palmiers et de cacao, le projet d’élaboration de programmes scolaires pour réduire le taux de déscolarisés, et les ateliers communautaires sur la santé sexuelle et reproductive.

 

Taux élevés de pauvreté, d’analphabétisme et d’homicide.

 

Le programme intervient dans une région d’une extrême pauvreté (à peu près le triple du taux national de 11  pour-cent), où l’analphabétisme est élevé (20 pour-cent) et les homicides très courants (même si celui-ci a baissé en 2004) à cause des conflits armés dans le pays.

 

La question qui se pose est de savoir si le lien entre richesse, pauvreté et conflit armé peut être rompu?

 

Pour le Père Francisco De Roux et ses 85 collègues du programme de développement et de paix du Magdalena Medio (PDPMM), «c’est possible». Mais la tâche exige ce que le Père De Roux appelle: «desarollo en caliente», c’est-à-dire un développement dans une situation délétère, où les conditions sont extrêmes.

 

Mince et d’un tempérament calme, M. de Roux est un prêtre jésuite de 61 ans. Il est titulaire d’un doctorat en économie de l’université de Paris. Il est aussi l’un des membres fondateurs du PDPMM en 1995. Les premiers financements du programme provenaient de Ecopetrol (la compagnie pétrolière du pays), et de l’église catholique.

 

Les appuis de la Banque mondiale ont commencé en 1998, avec un prêt de 5 millions de dollars EU effectué à travers le gouvernement colombien, suivi d’un deuxième prêt de 5 millions de dollars EU en 2001. La majeure partie des financements du Laboratoire de Paix provient de l’Union européenne. 

 

Tous les projets sont pilotés par les communautés afin de renforcer leurs capacités, et leur donner les moyens d'acquérir le pouvoir économique, social et politique qui leur permettra de résister à la violence endémique qui sévit dans cette région. Et pour ces communautés, peu habituées à prendre leur sort en main, cette approche fait une énorme différence

 

 

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Une famille de Magdalena
Changer les choses

 

Le programme a changé la vie de Mme  Isolino Quintero (33 ans) de manière spectaculaire.

 

L’un des agents du programme se souvient de cette dame qui était, cinq ans auparavant, très effacée, et qui se taisait lors des rencontres de l’association.  Mais à force de participer à ces rencontres, Mme Quintero est parvenue à faire entendre sa voix,.

 

Aujourd’hui, elle est engagée dans un projet de recherche et de construction de nouvelles maisons pour 116 familles qui vivent sur les berges du fleuve Magdalena, une zone souvent inondée (3 fois par an ou plus).

 

Dès que son projet a reçu les fonds destinés à la construction des nouvelles maisons, en altitude et en retrait du fleuve, Mme Quintero a reçu la visite d’un représentant du gouvernement municipal alors au pouvoir, qui lui a intimé l’ordre de déposer l’argent dans le compte de la municipalité sous peine de mort. Mais il n’a pas réussi à faire peur à Mme Quintero qui lui a rétorqué : «Si on me retrouve morte, vous en serez tenu pour responsable».

 

Cette menace s’est finalement avérée être du bluff, mais l’audace de Mme Quintero est à saluer dans cette région où l’activisme communautaire est risqué. En effet, au cours des dernières années, 15 membres des différents projets du PDPMM ont été tués dans la région de Magdalena Medio. Le programme serait-il lui-même visé ? Les gens de la région ne le pensent pas. Ils croient plutôt que ces meurtres sont destinés à éliminer les responsables des organisations de base, qui sont devenus des intermédiaires entre leurs communautés et les autorités des gouvernements locaux et régionaux. 

 

 

Développement économique

 

Dans un tel climat, nombreux sont ceux qui, en cherchant à améliorer leur vie, ne prennent en compte que la dimension économique.

 

M. Maximo Vega, 35 ans, est propriétaire d’une pépinière de cacaoyers dans les montagnes au-dessus de Landàzuri. En utilisant les techniques qui lui ont été enseignées par un agent du PDPMM, il fait pousser des plantes spécialement adaptées aux conditions locales et à l’altitude.

 

L’objectif de ce projet est d’augmenter, la production de cacao de 1.300 Kg/ha à 2000 Kg/ha. Les exploitants agricoles de la région pourront alors développer une économie locale fondée sur l’agriculture pour supplanter la production du coca, qui est, aux dires de certains agriculteurs, cultivé sur 2.500 hectares de terre dans la commune.

 

Pour M. Vega, la culture du coca n’offre pas de perspectives à long terme.  «Si je me borne à ne cultiver que le coca pour vivre, que vais-je léguer à mes enfants ? D’ailleurs, ils ne sauront rien faire d’autre que planter le coca.», affirme-t-il.

 

Il faut dire que M. Vega s’en est bien sorti avec sa pépinière de 9.000 plants de cacao. Grâce aux revenus de la vente de ses plants, il a commencé la construction d’une maison en briques de 4 pièces avec l’eau courante et l’électricité. La demande en plants de ce cacao, spécialement adapté aux conditions de la zone, est forte parmi les 1.500 agriculteurs partenaires du programme. «Si j’avais 100.000 ou 200.000 plants, je les aurais tous vendus», affirme t-il.

 

 

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Nery Escobar, secrétaire et comptable en chef de la coopérative
Opération Brique contre argent

 

Mme Nery Escobar, 37 ans, est membre d’un réseau d’entrepreneurs informels qui utilisent des fours traditionnels dans l‘arrière cours de leurs maisons pour fabriquer des briques. Mais Nery et les autres ont dû faire face à des temps particulièrement difficiles au cours des années 90. Les entreprises de construction étaient devenues plus exigeantes, et les briques fabriquées à la main ne pouvaient plus rivaliser avec les produits industriels.

 

Malgré leur position stratégique à Barrancabermeja, une ville qui possède une raffinerie et est de surcroît la capitale informelle de Magdalena Medio, les petits producteurs de briques indépendants éprouvaient des difficultés pour survivre. Aussi les membres du programme leur ont-ils suggéré de rivaliser à armes égales, avec les entreprises de production de briques.

 

Six ans plus tard, la coopérative des producteurs de briques de Barrancabermeja a vu le jour, avec, à son actif, une entreprise de 745.000 dollars EU, équipée d’une machine de fabrication de briques et deux fours, dont la capacité de production est de 144.000 briques par mois.

 

L’an passé, début juin, l’entreprise a commencé la production de sa première commande de 10.000 briques pour une entreprise de construction de la ville.

 

Le programme de paix et de développement du Magdalena Medio n’a pas seulement aidé à la mise en place de la coopérative, mais a également apporté des appuis dans la recherche des financements initiaux  auprès des bailleurs de fonds, y compris Ecopetrol. 

 

Les membres de la coopérative n’ont reçu aucune prime durant toute la période de recherche de financement et de construction de l’entreprise. Ils vivaient donc sur les ressources des autres membres de leurs familles, ou de la location de leurs fours aux artisans qui n’avaient pas adhéré à la coopérative.

 

«Quand nous avons rencontré le Père De Roux», confie Escobar, il nous a dit ceci: «Vous ne recevrez rien de nous. Au contraire, vous allez devoir travailler». «Ces propos nous ont galvanisés plus que ne l’auraient fait des promesses», poursuit-elle.

 

Cela n’a pas été facile, mais Escobar a tenu bon pour offrir à ses 3 enfants de 9, 10 et 14 ans, un avenir meilleur. «Je veux qu’ils deviennent des cadres», confie-t-elle.

 

La loi du silence règne dans le Madgalena Medio. Et à cause d’elle, les gens se sentent encore plus solidaires de leur coopérative.

 

«La loi du silence est la règle» affirme Escobar. Elle fait allusion à sa décision de ne pas rechercher les raisons de l’assassinat de son mari, Victor Daniel Gomez, tué à un moment où les paramilitaires repoussaient la guérilla hors de Barrancabermeja. Son mari n’était nullement impliqué dans le conflit. Mais elle affirme que poser des questions risque d’être fatal. «Autant laisser les choses comme elles sont », conclut-elle.

 




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