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PARIS, 8 septembre 2005âA la veille dâun sommet international visant Ă aider les pays dâAfrique Ă progresser rapidement dans leur lutte contre le paludisme, la Banque mondiale et dâautres partenaires demandent une augmentation spectaculaire du nombre de moustiquaires imprĂ©gnĂ©es dâinsecticide mises Ă la disposition des familles pauvres, de rendre abordables les nouveaux mĂ©dicaments antipaludĂ©ens, et une amĂ©lioration du suivi des rĂ©sultats, dans le cadre dâune campagne internationale coordonnĂ©e visant Ă faire reculer une maladie qui tue plus dâun million de personnes par an et en affecte plusieurs autres millions.
Dans une dĂ©claration prĂ©cĂ©dant lâouverture du sommet parrainĂ© par la Banque, qui rĂ©unira ministres africains de la SantĂ©, partenaires de dĂ©veloppement de lâOCDE, organismes de dĂ©veloppement et autres participants pour mobiliser un soutien supplĂ©mentaire aux pays africains luttant contre le paludisme, le prĂ©sident de la Banque mondiale, Paul Wolfowitz, a annoncĂ© que la tenue de la confĂ©rence de Paris prouve quelques mois seulement aprĂšs le sommet du G8 de Gleneagles, la dĂ©termination de la communautĂ© internationale Ă aider les pays africains Ă remporter leur combat contre une maladie qui frappe surtout les enfants de moins de cinq ans.
AprĂšs ses dĂ©placements rĂ©cents en Afrique et en Asie du Sud, oĂč il dit avoir Ă©tĂ© frappĂ© par les progrĂšs accomplis par des pays tels que lâErythrĂ©e, Madagascar et lâInde pour contenir le paludisme, M. Wolfowitz dĂ©clare quâil est clairement prouvĂ© que la maladie transmise par des moustiques est entiĂšrement Ă©vitable et traitable.
« Il est malheureux que le paludisme tue un enfant africain toutes les 30 secondes alors quâil existe des mĂ©thodes de prĂ©vention et de guĂ©rison de la maladie, » a dĂ©clarĂ© M. Wolfowitz. « Nous devons agir sans dĂ©lai, avant que le parasite du paludisme sâadapte et devienne rĂ©sistant aux insecticides et aux mĂ©dicaments dont nous disposons aujourdâhui. »
En 1998, la Banque mondiale et ses partenaires internationaux â LâOrganisation mondiale de la SantĂ© (OMS), lâUNICEF et le Programme des Nations-Unies pour le dĂ©veloppement (PNUD) â avaient annoncĂ© lâinitiative « Faire reculer le Paludisme » dont lâintention Ă©tait de rĂ©duire les taux de paludisme de moitiĂ© sur 12 ans.
« Depuis, des bailleurs et partenaires   additionnels ont rejoint cet effort, incluant dâautres banques de dĂ©veloppement, des pays donateurs, ainsi que le secteur privĂ©, la recherche universitaire, les ONGs et les fondations, » note M. Wolfowitz. « En dĂ©pit dâexcellentes intentions, le paludisme demeure une menace pour lâAfrique, si ce nâest pire. De toute Ă©vidence, nous devons faire mieux. »
Jeudi dernier, le conseil dâadministration de la Banque a approuvĂ© une subvention de 150 millions USD pour un projet sanitaire en RĂ©publique DĂ©mocratique du Congo (RDC), incluant une composante anti-paludisme de 30 millions USD afin de permettre rapidement au gouvernement de la RDC dâaugmenter dans une grande partie du pays le nombre de moustiquaires imprĂ©gnĂ©es dâinsecticide Ă effet prolongĂ© mises Ă la disposition des individus (lâobjectif Ă©tant de deux Ă trois moustiquaires par mĂ©nage) et de traiter les patients atteints de paludisme avec des mĂ©dicaments plus efficaces.
Fin avril, la Banque mondiale dĂ©voilait une StratĂ©gie globale de partenariat et un programme renforcĂ© pour contrer ce quâelle dĂ©crit comme «lâinsuffisance des efforts mondiaux de lutte contre le paludisme et lâenvergure limitĂ©e des efforts actuellement dĂ©ployĂ©s par la Banque par rapport Ă son potentiel. »  La nouvelle stratĂ©gie du paludisme tient compte du fait que si la Banque a contribuĂ© de façon clĂ© aux succĂšs rĂ©cents dans le contrĂŽle du paludisme - incluant ceux au BrĂ©sil, en ErythrĂ©e, dans certaines parties de lâInde et au Vietnam - les activitĂ©s de la Banque Ă©taient utiles mais insuffisantes pour rĂ©ussir Ă grande Ă©chelle. Ses efforts Ă©tant gravement entravĂ©s par une insuffisance de personnel et de moyens financiers. Selon la nouvelle approche, et en ayant tirĂ© les leçons des cinq derniĂšres annĂ©es, la Banque prend conscience quâ « une approche diffĂ©rente et plus robuste est nĂ©cessaire pour rĂ©ussir. »
Lâimpact du paludisme est le plus lourd en Afrique
Ancienne cause de mortalitĂ© Ă travers les Ăąges, le paludisme sĂ©vit dans plus dâune centaine de pays dans le monde. LâAfrique toutefois, est la rĂ©gion la plus touchĂ©e, elle reprĂ©sente Ă elle seule 85% de lâensemble des dĂ©cĂšs imputables au paludisme. A comparer aux 8% pour lâAsie du Sud-Est, 5% pour la MĂ©diterranĂ©e orientale, 1% pour le Pacifique de lâOuest et 0,1% pour le continent amĂ©ricain. Plus de 500 millions de nouveaux cas se dĂ©clarent chaque annĂ©e dans le monde entier. Une Ă©tude rĂ©cente cite mĂȘme le chiffre de 515 millions de nouveaux cas de paludisme causĂ©s par une espĂšce de parasite particuliĂšrement virulente, le Plasmodium falciparum, et ce, rien quâen 2002.
Les formes les plus graves formes de paludisme entraĂźnent une dĂ©faillance des organes, un dĂ©lire, une altĂ©ration de lâĂ©tat de conscience et des convulsions gĂ©nĂ©ralisĂ©es, prĂ©cĂ©dant un coma persistant et la mort.
Le paludisme freine aussi la croissance économique
On estime que, pour lâAfrique seule, le poids Ă©conomique reprĂ©sente environ 12 milliards USD annuels. Le paludisme, selon les estimations, ralentit la croissance Ă©conomique des pays africains dâenviron 1,3 % par an. La maladie ne fait pas seulement perdre des vies et de la productivitĂ©, mais handicape lâĂ©ducation des enfants et le dĂ©veloppement social, par lâabsentĂ©isme et les infirmitĂ©s neurologiques associĂ©es aux formes graves du paludisme. Cette maladie Ă©rode la croissance, lorsque des adultes, affaiblis par la maladie, ne peuvent pas travailler et gagner leur vie. En outre, le systĂšme scolaire est perturbĂ© lorsque des enfants sont trop malades pour aller Ă lâĂ©cole ou que leurs enseignants sont absents pour des raisons associĂ©es au paludisme.
« Pour nombre de pays, le contrĂŽle du paludisme est vital pour faire reculer la souffrance humaine, les dĂ©cĂšs des mĂšres et de jeunes enfants, et pour obtenir une croissance Ă©conomique, » dĂ©clare Gobind Nankani, Vice-prĂ©sident pour la rĂ©gion Afrique Ă la Banque mondiale et co-prĂ©sident du sommet de Paris sur le paludisme. « MaĂźtriser le paludisme en Afrique exigera un engagement Ă long terme, une coordination, la construction de capacitĂ©s et de lâargent. A titre dâexemple, le Fonds global contre le SIDA, la tuberculose et la malaria a jouĂ© un rĂŽle clĂ© dans lâaugmentation du financement destinĂ© au paludisme depuis 2000 et lâOrganisation mondiale de la SantĂ© (OMS) et le partenariat Faire reculer le paludisme (FRP) ont apportĂ© une aide prĂ©cieuse. Pour autant, on estime quâau moins 1 milliard USD supplĂ©mentaire par an sera nĂ©cessaire pour maĂźtriser vraiment cette affection sur le continent.»
M. Nankani dĂ©clare que les dĂ©penses consacrĂ©es au paludisme par les pays africains et les partenaires de dĂ©veloppement ont augmentĂ© au cours de ces derniĂšres annĂ©es, mais quâun soutien supplĂ©mentaire, au-delĂ de ce que le Fonds Global et les autres entreprennent dĂ©jĂ , sera toujours nĂ©cessaire pour aider les pays en dĂ©veloppement Ă rĂ©aliser un impact national durable. A lâheure actuelle, le contrĂŽle du paludisme se limite parfois Ă quelques districts au sein des pays. Tout aussi importante - dâautant que dâautres partenaires de dĂ©veloppement apportent un appui supplĂ©mentaire trĂšs nĂ©cessaire - sera ma meilleure coordination autour des besoins des pays et des programmes. « Les partenaires de dĂ©veloppement doivent vraiment sâattacher Ă faire progresser la coordination sur le terrain dans les pays africains pour obtenir de meilleurs rĂ©sultats et aider les pays Ă franchir le pas et parvenir Ă faire reculer les maladies liĂ©es au paludisme et Ă Â la perte de revenus » dĂ©clare M. Nankani.
En plus de la rĂ©cente subvention Ă la RDC, le conseil dâadministration de la Banque a Ă©galement approuvĂ© une hausse de lâaide Ă lâErythrĂ©e. Des projets sont dĂ©sormais en prĂ©paration en Zambie, au BĂ©nin, au Burkina Faso et au Mali, ainsi quâun projet rĂ©gional visant Ă prendre en charge, surveiller et Ă©valuer les problĂšmes transterritoriaux, ainsi que dâautres prioritĂ©s rĂ©gionales en matiĂšre de santĂ© publique.
Dans les mois Ă venir, la Banque devrait aussi entamer des discussions avec les gouvernements dâautres pays portant sur un soutien accru de la Banque en matiĂšre de lutte contre le paludisme, dont lâEthiopie, le Ghana, le Kenya, le Malawi, le Nigeria, le SĂ©nĂ©gal, la Tanzanie et lâOuganda.
La nouvelle stratĂ©gie de la Banque en matiĂšre de lutte contre le paludisme fait valoir quâen Tanzanie, par exemple, oĂč lâutilisation de moustiquaires imprĂ©gnĂ©es dâinsecticide a progressĂ© de 10 Ă plus de 50%, la mortalitĂ© infantile a rĂ©gressĂ© de 27% et lâanĂ©mie a chutĂ© de 63%. En Ouganda, oĂč seuls 15 % des mĂ©nages possĂšdent une moustiquaire ou plus, le caractĂšre impĂ©ratif de la lutte contre le paludisme se fait sentir de maniĂšre plus pressante.
« Les pays qui parviennent Ă maĂźtriser lentement mais sĂ»rement le paludisme nous montrent quâune volontĂ© politique forte, lâengagement de la communautĂ© et des outils adaptĂ©s, tels que des moustiquaires imprĂ©gnĂ©es dâinsecticide, la pulvĂ©risation rĂ©siduelle des bĂątiments et les mĂ©dicaments antipaludĂ©ens sont des Ă©lĂ©ments essentiels pour faire du paludisme une maladie totalement Ă©vitable et guĂ©rissable, » affirme Jean-Louis Sarbib, Vice-prĂ©sident Senior de la Banque mondiale pour le dĂ©veloppement humain. « Et plus on soulage le systĂšme de santĂ© du poids des traitements antipaludĂ©ens (en Zambie, Ă titre dâexemple, 40% des visites de malades externes en hĂŽpital ou en clinique concernent le paludisme), plus on amĂ©liore automatiquement la capacitĂ© du systĂšme de santĂ© dâun pays Ă prendre Ă©galement dâautres maladies en charge ».  Une meilleure coordination des donateurs est Ă©galement indispensable Ă la lutte antipaludĂ©enne
Outre lâaide financiĂšre supplĂ©mentaire, la confĂ©rence de Paris sur le paludisme entendra Ă©galement des appels Ă une coordination plus systĂ©matique entre donateurs au sein des pays avec lesquels ils coopĂšrent. Selon Paul Wolfowitz, prĂ©sident de la Banque mondiale, une vision Ă long terme sur la lutte contre le paludisme est indispensable de la part des pays et de leurs partenaires de dĂ©veloppement, pour parvenir Ă une baisse pĂ©renne des affections et des dĂ©cĂšs liĂ©s au paludisme. En outre, lâensemble des partenaires dans la lutte contre le paludisme devront obligatoirement sâentendre sur un programme unique pour obtenir des rĂ©sultats mesurables.
« A mesure que nous avançons, nous voudrons appliquer les principes globaux des pouvoirs publics et de collaboration entre partenaires autour dâune stratĂ©gie commune de lutte contre le paludisme au niveau national. Comme nous lâavons tous remarquĂ©, aucun partenaire ne peut Ă lui seul relever les dĂ©fis que constitue une lutte antipaludĂ©enne Ă grande Ă©chelle et la coopĂ©ration de tous (partenaires bilatĂ©raux, du secteur privĂ© et multilatĂ©raux avec les pays en voie de dĂ©veloppement eux-mĂȘmes) est impĂ©rative pour rĂ©ussir » a dĂ©clarĂ© M. Wolfowitz.
Le prĂ©sident de la Banque a poursuivi et affirmĂ© que la rĂ©cente annonce dâune Initiative prĂ©sidentielle faite par les Ătats-Unis Ă©tait particuliĂšrement bienvenue et, quâassociĂ©e Ă lâattention accrue portĂ©e par le Royaume-Uni, lâUnion europĂ©enne, lâONU, le Fonds global contre le SIDA, la tuberculose et la malaria, et dâautres membres du partenariat Faire reculer le paludisme (FRP/RBM), « la communautĂ© de dĂ©veloppement Ă©tait sur la bonne voie et devait dĂ©sormais montrer des rĂ©sultats concrets ».  La pharmaco rĂ©sistance des parasites est prĂ©occupante
La Banque mondiale espĂšre que la confĂ©rence de Paris sur le paludisme redonnera Ă la communautĂ© internationale une volontĂ© nouvelle de fournir aux familles africaines les bons mĂ©dicaments antipaludĂ©ens en quantitĂ©s suffisantes, particuliĂšrement des ACT ou thĂ©rapies par associations mĂ©dicamenteuses Ă base dâartĂ©misine, dâinvestir dans la recherche antipaludĂ©enne pour garantir une efficacitĂ© accrue Ă la prĂ©vention et au traitement, y compris dans des mĂ©dicaments auxquels les parasites paludĂ©ens nâauront pas dĂ©veloppĂ© de rĂ©sistance ainsi que dans un vaccin efficace contre le paludisme.
Le besoin dâune nouvelle gĂ©nĂ©ration de thĂ©rapies antipaludĂ©ennes abordables (lâutilisation des ACT) est dâautant plus importante que lâon a pu noter une rĂ©surgence du paludisme Ă cause de la rĂ©sistance aux traitements antipaludĂ©ens de premiĂšre intention classiques telle que la chloroquine (CQ) et Ă la sulfadoxine pyrimethamine (SP ou Fansidar)) contre le Plasmodium falciparum, le parasite qui cause la forme de paludisme la plus grave. Face Ă cette rĂ©sistance croissante aux traitements de premiĂšre intention, les pays ont entrepris de revoir leurs politiques mĂ©dicamenteuses et dâexplorer la possibilitĂ© dâutiliser dâautres traitements antipaludĂ©ens.
On a pu constater dans certaines rĂ©gions de lâAsie du Sud-Est que les associations mĂ©dicamenteuses Ă base dâartĂ©misine permettent de soigner le paludisme et dâenrayer la propagation dâun paludisme rĂ©sistant aux mĂ©dicaments. Toutefois, les ACT coĂ»tent environ 1 Ă 2 dollars la dose par traitement et sont donc 10 Ă 20 fois plus chĂšres que les traitements Ă la chloroquine qui sont, quant Ă eux, de moins en moins actifs, pour autant quâils le soient encore. De rĂ©cents rapports mentionnent lâĂ©ventualitĂ© dâune crise biomĂ©dicale. Par exemple, les associations Ă base dâartĂ©misine Ă©tant les seuls mĂ©dicaments antipaludĂ©ens de premiĂšre intention pouvant ĂȘtre utilisĂ©s de maniĂšre gĂ©nĂ©ralisĂ©e et donnant encore des rĂ©sultats contre les parasites rĂ©sistant Ă la chloroquine, le nombre de victimes du paludisme pourrait encore augmenter dans le cas si la rĂ©sistance Ă lâartĂ©misine sâĂ©tendait.
Les enjeux sont donc doubles : faciliter la gĂ©nĂ©ralisation du traitement Ă lâartĂ©misine tout en prĂ©servant son efficacitĂ© aussi longtemps que possible. Une solution prometteuse au problĂšme, selon Jean-Louis Sarbib de la Banque mondiale, est la recommandation du professeur Kenneth Arrow, prix Nobel dâĂ©conomie, selon laquelle la communautĂ© internationale de dĂ©veloppement devrait reconnaĂźtre lâefficacitĂ© des ACT en tant que « bien public mondial » et verser une subvention au niveau mondial pour protĂ©ger lâefficacitĂ© de ces prĂ©cieux mĂ©dicaments.
M. Sarbib a dĂ©clarĂ© que la confĂ©rence de Paris discutera de la subvention proposĂ©e pour les nouveaux mĂ©dicaments antipaludĂ©ens, en particulier des thĂ©rapies par associations mĂ©dicamenteuses Ă base dâartĂ©misine et que la Banque mondiale collaborerait Ă©troitement avec le professeur Arrow et ses collĂšgues pour dĂ©velopper plus avant la mise en forme dâune subvention au niveau mondial.
« Nous sommes convaincus que ce concept a un grand mĂ©rite et pourrait avoir un impact considĂ©rable en matiĂšre dâaccessibilitĂ© au traitement, en freinant la progression de la rĂ©sistance Ă la maladie et, au final, en faisant baisser le nombre de dĂ©cĂšs et dâaffections liĂ©s au paludisme. »  - |