Parmi tous les dĂ©fis que pose le dĂ©veloppement, celui de lâAfrique est probablement le plus difficile Ă relever. La population du continent est ravagĂ©e par le VIH/SIDA, ainsi que par les conflits rĂ©gionaux et leurs consĂ©quences. MalgrĂ© le retour de la croissance dans certains pays, le nombre dâafricains pauvres a doublĂ© au cours des deux derniĂšres dĂ©cennies. Au rythme actuel des progrĂšs, lâAfrique ne pourra pas rĂ©aliser ses Objectifs de dĂ©veloppement pour le millĂ©naire pour 2015. MalgrĂ© ce tableau trĂšs sombre, deux facteurs clĂ©s offrent aujourd'hui au continent une occasion unique de rĂ©ussir une stratĂ©gie africaine : une attention renouvelĂ©e de la communautĂ© internationale aux besoins de lâAfrique, et un changement considĂ©rable dans lâengagement des leaders africains au dĂ©veloppement de leurs pays. Le Plan dâaction pour lâAfrique est une rĂ©ponse Ă ces Ă©vĂšnements et Ă cette opportunitĂ©.  Le 9 septembre de 2005 - Le Plan d'action pour l'Afrique (« Relever le dĂ©fi posĂ© par le dĂ©veloppement de lâAfrique : Un Plan d'action du Groupe de la Banque mondiale »), prĂ©sentĂ© au Conseil d'administration le 6 septembre dernier, apparaĂźt Ă point nommĂ©. Lâ « AnnĂ©e de lâAfrique » vient dâĂȘtre annoncĂ©e ; le continent et ses besoins sont au cĆur des prĂ©occupations de la communautĂ© du dĂ©veloppement. Le prĂ©sident de la Banque mondiale, M. Paul Wolfowitz, a fait de lâAfrique une prioritĂ© du dĂ©veloppement. Et Ă Gleneagles, en Ăcosse, les dirigeants du G-8, le club des pays les plus riches du monde, se sont engagĂ©s Ă soutenir le dĂ©veloppement de lâAfrique.  Le Plan d'action pour l'Afrique est le fruit dâune demande adressĂ©e en avril 2005 par le Conseil d'administration de la Banque mondiale Ă la rĂ©gion Afrique afin que celle-ci prĂ©sente au ComitĂ© de dĂ©veloppement un plan dâaction qui fournisse les dĂ©tails de sa stratĂ©gie pour ce continent.  Ce plan est Ă©galement une rĂ©ponse Ă lâappel de Gleneagles pour une assistance internationale accrue et bien coordonnĂ©e Ă lâAfrique en vue de lâaider Ă rĂ©aliser ses Objectifs de dĂ©veloppement pour le millĂ©naire. M. Gobind Nankani, le Vice-prĂ©sident de la rĂ©gion Afrique, compare ce plan dâaction à « un document de travail, qui nous permettra de mieux appuyer les efforts entrepris sous la direction des pays eux-mĂȘmes pour amĂ©liorer les rĂ©sultats, promouvoir la croissance partagĂ©e, construire des Ătats plus solides et encourager des partenariats en faveur de lâAfrique aux niveaux national, rĂ©gional et mondial. »  Cette pression pour lâobtention de rĂ©sultats fait partie intĂ©grante du Plan. « Les rĂ©sultats sont importants pour tous, » dit M. Nankani. « Les populations exigent de leurs dirigeants des amĂ©liorations de leurs conditions de vie, et les donateurs veulent sâassurer que les ressources supplĂ©mentaires quâon leur demande se traduiront en rĂ©sultats. »   | A. Exportations agricoles vers des marchĂ©s internationaux ouverts Pour de nombreux pays africains, une relance des exportations agricoles reste le moyen privilĂ©giĂ© pour se remettre sur une trajectoire de croissance soutenable, et se lancer Ă lâassaut des marchĂ©s ouverts aux produits africains. Plusieurs pays jouissent de conditions climatiques qui les mettent en position favorable sur le marchĂ© mondial. Câest le cas, par exemple, du Kenya et de lâĂthiopie avec les fleurs coupĂ©es, et du SĂ©nĂ©gal avec les produits horticoles. Mais surtout, lâagriculture reste la principale source dâemploi et de subsistance pour 70 pour-cent des africains.
Le plan dâaction pour lâAfrique considĂšre lâagriculture comme un puissant moteur de croissance. Il confĂšre Ă la Banque le soin dâaider Ă assurer un environnement commercial adĂ©quat, par le biais de ses travaux analytiques qui permettent de dĂ©gager les coĂ»ts et les avantages des exportations africaines. Ces travaux, dâailleurs, ne doivent pas se limiter aux pays de lâOCDE, mais sâĂ©tendre Ă©galement aux marchĂ©s asiatiques .
|
| |
Renforcer les « moteurs de croissance » et « ne laisser personne sur le carreau » Le Plan souligne que les populations pauvres et marginalisĂ©es devront recevoir les bĂ©nĂ©fices dâune croissance partagĂ©e. Il contient 25 initiatives et 133 recommandations dâaction dans 3 grands domaines considĂ©rĂ©s comme prioritaires :  ·        Construire des Ătats capables et amĂ©liorer leur gouvernement. ·        Renforcer les moteurs de croissance, c'est-Ă -dire assurer lâexistence dâun secteur privĂ© dynamique, accroĂźtre les exportations, investir dans lâinfrastructure, augmenter la productivitĂ© de lâagriculture ; mais aussi investir dans lâĂ©ducation, la santĂ© et lâaccĂšs des couches pauvres de la population aux opportunitĂ©s Ă©conomiques. ·        Augmenter lâimpact des partenariats entre gouvernements, pays donateurs et agences de dĂ©veloppement. (EncadrĂ© A)  Le Plan d'action pour l'Afrique prend des engagements prĂ©cis, comme celui dâaccroĂźtre lâappui financier en faveur dâun enseignement primaire gratuit dans 15 pays, et les financements dâinfrastructures routiĂšres, Ă©nergĂ©tiques et autres.  Il propose Ă©galement dâĂ©largir de 150 pour-cent le programme de lutte antipaludique de la Banque mondiale dans 17 pays, dâaccroĂźtre les programmes de prĂȘt en faveur de la lutte contre le VIH/SIDA dans 10 pays, et dâaugmenter les investissements susceptibles dâaccĂ©lĂ©rer la rĂ©alisation des Objectifs de dĂ©veloppement pour le millĂ©naire.  Il offre aussi son soutien au Consortium africain pour lâinfrastructure en mobilisant des ressources destinĂ©es Ă des projets dâinfrastructure rĂ©gionaux, quâil sâagisse de projets ne faisant intervenir quâun seul pays, ou de projets multi-pays.  Les scĂ©narios de croissance varient selon les pays, et sont construits sur les stratĂ©gies nationales contenues dans les documents stratĂ©giques de lutte contre la pauvretĂ©. Ces derniers offrent un « menu » dâactions parmi lesquelles le Plan dâaction choisira celles qui correspondent Ă des domaines prioritaires. Par exemple, le Plan d'action considĂšre que le VIH/SIDA est un vĂ©ritable flĂ©au pour tous les pays dâAfrique. Mais il reconnaĂźt Ă©galement que, dans certains pays dâAfrique centrale et occidentale, le paludisme pose un problĂšme tout aussi grave en termes de son impact sur la santĂ© et sur le PIB.  Partenariats Les relations entre les partenaires nâont pas toujours Ă©tĂ© au beau fixe, Ă cause de la fragmentation des interventions des donateurs, de la complication des processus, et du manque de clartĂ© dans la dĂ©finition des rĂŽles des diffĂ©rents acteurs. Le Plan d'action pour l'Afrique met lâaccent sur la nĂ©cessitĂ© dâune simplification et dâune harmonisation des procĂ©dures, tout dâabord au sein du Groupe de la Banque mondiale, et ensuite parmi lâensemble des partenaires au dĂ©veloppement.  B.  Les pays doivent devenir chefs de file  Lorsquâun pays est capable de jouer un rĂŽle majeur dans son dĂ©veloppement , la cohĂ©sion entre tous les partenaires se renforce. La Tanzanie offre un bon exemple de cette cohĂ©sion et de cette coordination des donateurs. Le gouvernement, qui sâest clairement Ă©tabli comme chef de file, collabore avec sept partenaires au dĂ©veloppement, dont la Banque mondiale, pour prĂ©parer de façon conjointe une stratĂ©gie nationale de partenariat. On voit apparaĂźtre des initiatives semblables en Ouganda et au Nigeria. Comme le dit M. Nankani : « Les rĂ©sultats doivent dicter notre comportement. Il faut que nous marchions tous dans la mĂȘme direction. » |
|  | |
La stratĂ©gie prend en compte le fait que la Banque nâest quâun partenaire parmi de nombreux autres au dĂ©veloppement de lâAfrique. M. Nankani rĂ©sume ainsi cette perspective : « Il faut que notre rĂ©flexion dĂ©passe le programme de prĂȘt de lâIDA. Le fait de travailler avec des partenaires tels la Banque africaine de dĂ©veloppement, la Commission europĂ©enne, ou la Banque europĂ©enne dâinvestissements offre des possibilitĂ©s de partage des capacitĂ©s techniques et de connaissance du pays qui nous aideront Ă renforcer la cohĂ©sion dans lâintervention parmi tous les partenaires. » Le Plan d'action pour l'Afrique propose Ă©galement des actions concrĂštes visant Ă renforcer les partenariats créés pour mettre en Ćuvre lâIDA 14, oĂč les pays eux-mĂȘmes ont le rĂŽle de chefs de file. (EncadrĂ© B)  ⊠et intĂ©gration. Les dirigeants africains ont bien compris que certains problĂšmes ne peuvent ĂȘtre rĂ©solus que par des actions au niveau rĂ©gional. Comme lâexplique lâĂ©conomiste en chef de la rĂ©gion Afrique, M. John Page, « si vous ĂȘtes un exportateur au Mali ou au Burkina Faso, les solutions Ă vos problĂšmes de coĂ»ts et de compĂ©titivitĂ© devront venir des pays voisins. Elles sont en effet liĂ©es Ă la façon dont le port fonctionne sur la cĂŽte, et aux tarifs, compĂ©titifs ou non, que vous offrira le chemin de fer. »  LâintĂ©gration rĂ©gionale ne sâapplique pas quâaux seules questions dâinfrastructure. « Les moustiques ne connaissent pas de frontiĂšres, » dit M. Page ; « comme dâailleurs, les camionneurs. Et, bien Ă©videmment, la mobilitĂ© de ces derniers constitue une des principales raisons de la propagation du VIH/SIDA. »  Le plan dâaction pour lâAfrique appuie donc des investissements Ă caractĂšre rĂ©gional en faveur de lâinfrastructure et de la santĂ©. Sâil insiste sur la nĂ©cessitĂ© dâune surveillance des maladies organisĂ©e de façon transnationale, il recommande aussi des enquĂȘtes sur les coĂ»ts de transport dans les corridors dâexportation. LâĂ©ducation, aussi, est un volet de cette rubrique rĂ©gionale, avec un appui offert Ă la crĂ©ation de centres rĂ©gionaux dâexcellence.  Un plan qui veut dĂ©velopper les capacitĂ©s et reconstruire les sociĂ©tĂ©s La prioritĂ© de toute stratĂ©gie dâassistance Ă lâAfrique est de renforcer les institutions et les services publics. Dans ce domaine, les actions envisagĂ©es par le Plan dâaction se feront pays par pays. En particulier, le Plan appuiera la collaboration dâun pays et de ses partenaires au renforcement de la fonction statistique, et au dĂ©veloppement des capacitĂ©s de suivi et dâĂ©valuation.  Les conflits reprĂ©sentent une triste rĂ©alitĂ© du continent africain : un tiers des pays en sont le théùtre. Le plan dâaction souligne la nĂ©cessitĂ© pour les stratĂ©gies de dĂ©veloppement de reflĂ©ter les besoins particuliers des pays qui sortent dâun conflit, de façon Ă les aider Ă faire la transition entre une culture de guerre et une sociĂ©tĂ© productive.  Un programme pour le changement LâAfrique est aussi le théùtre dâune Ă©volution importante : lâappropriation de plus en plus visible des programmes de dĂ©veloppement par ses dirigeants et sa sociĂ©tĂ© civile, avec pour rĂ©sultat une amĂ©lioration de la performance Ă©conomique, institutionnelle et sociale dans plusieurs pays. Les donateurs ont rĂ©pondu Ă cette nouvelle situation : lâaide sâest accrue, la dette a Ă©tĂ© annulĂ©e, et les questions de commerce dâinvestissement sont au cĆur des discussions.  Le plan dâaction pour lâAfrique dĂ©finit les prioritĂ©s et les directions qui devront se traduire dans des interventions et travaux spĂ©cifiques Ă chaque pays. Il reviendra ensuite Ă chaque pays dâassurer la direction de sa stratĂ©gie propre et de son exĂ©cution.  Pour le vice-prĂ©sident de la rĂ©gion Afrique, M. Nankani, la mise en Ćuvre est aujourdâhui le principal dĂ©fi Ă relever. « Il faut pouvoir atteindre les Objectifs de dĂ©veloppement pour le millĂ©naire en 2015. Il nous reste 10 ans. Nous parlons aujourdâhui âdâune annĂ©e de lâAfriqueâ, alors que nous devrions parler dâune âdĂ©cennie de lâAfrique.â La conjonction dâun leadership engagĂ© en Afrique et dâun appui renouvelĂ© de la communautĂ© internationale nous offre aujourdâhui une opportunitĂ© extraordinaire de collaboration avec tous nos partenaires pour aider chaque pays Ă rĂ©aliser ces objectifs. » |