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Un argument en faveur de l’équitĂ©

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Un argument en faveur de l'équité
Communiqué de presse
Extrait /aperçu du rapport
Site web en anglais sur le rapport

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Audio-vidéo - entretien avec François Bourguignon
Un nouveau rapport de la Banque mondiale explique, avec de nombreux graphiques et des exemples simples, la façon dont les inĂ©galitĂ©s commencent dĂšs la naissance, et finissent par freiner le dĂ©veloppement d’un pays.   

 

DĂšs l’introduction, l’édition 2006 du rapport sur le dĂ©veloppement dans le monde plante le dĂ©cor : elle nous prĂ©sente deux jeunes sud-africains, nĂ©s le mĂȘme jour de la mĂȘme annĂ©e.

 

L’un des enfants est une fille, noire, nĂ©e dans une famille pauvre des zones rurales. L’autre est un garçon, blanc, nĂ© dans une famille aisĂ©e du Cap.

 

Pour l’un des enfants, la probabilitĂ© de mourir avant d’atteindre un an est de 7,2 pour-cent, plus de 2 fois celle de l’autre enfant.  

 

L’un d’eux a une espĂ©rance de vie de 68 ans, 18 ans de plus que celle de l’autre enfant. L’un peut s’attendre Ă  recevoir un enseignement scolaire pendant 12 ans. L’autre pourra s’estimer heureux d’avoir Ă©tĂ© Ă  l’école un an.

 

Le perdant dans tous les cas est toujours le mĂȘme : la jeune fille noire.  

 

Comme le fait remarquer le Rapport sur le dĂ©veloppement dans le monde de 2006, les probabilitĂ©s de rĂ©ussite pour chacun de ces deux enfants sont fondamentalement diffĂ©rentes dĂšs leur naissance. Ce n’est pas de leur faute. Et cette diffĂ©rence en matiĂšre d’opportunitĂ©s qui leur sont offertes va se traduire par des contributions trĂšs diffĂ©rentes au dĂ©veloppement de leur pays, l’Afrique du Sud.  

 

Ces deux exemples illustrent le thĂšme central du Rapport sur le dĂ©veloppement dans le monde de cette annĂ©e : Une situation d’équitĂ©, oĂč chacun a la mĂȘme chance dans la vie, est essentielle Ă  la croissance Ă©conomique et Ă  la prospĂ©ritĂ© d’un pays.

 

Le Chef Ă©conomiste de la Banque mondiale, M. François Bourguignon, qui est aussi le Vice-prĂ©sident principal pour l’économie du dĂ©veloppement, renforce ce message. « L’équitĂ© accompagne obligatoirement la poursuite de la prospĂ©ritĂ© Ă  long terme, »dit-il.

 

Le manque d’équitĂ© est une perte pour le pays

 

Pour l’auteur principal du rapport, M. Francisco Ferreira, si l’équitĂ© n’est pas prise en compte, le pays lui-mĂȘme est le principal perdant.

 

  « Lorsque des segments entiers de la population restent en marge du processus de dĂ©veloppement, qu’ils ne reçoivent pas une Ă©ducation dĂ©cente, qu’ils n’ont pas d’opportunitĂ©s d’investissement, que leurs droits de propriĂ©tĂ© sont bafouĂ©s, et qu’ils n’ont pas le mĂȘme poids politique ni la mĂȘme capacitĂ© Ă  influencer leur gouvernement, ces gens-lĂ  vont forcĂ©ment moins innover et moins investir, » dit M. Ferreira.

 

  « On assiste alors à un grand gaspillage du potentiel humain productif de la société. »

 

Selon M. Ferreira, le rapport montre que les rĂšgles du jeu sont loin d’ĂȘtre les mĂȘmes pour tous les pays.

 

  « Les donnĂ©es dont nous disposons montrent que dans certains pays, le taux de mortalitĂ© infantile parmi les couches pauvres est quatre fois celui des familles aisĂ©es. On retrouve les mĂȘmes inĂ©galitĂ©s en matiĂšre de couverture vaccinale, d’accĂšs Ă  de bonnes Ă©coles, d’accĂšs au crĂ©dit, et mĂȘme d’accĂšs au systĂšme de justice. »

 

Selon le rapport, les inĂ©galitĂ©s Ă  l’échelle mondiale sont Ă©normes.

 

  « L’inĂ©galitĂ© commence Ă  la naissance, » dit M. Ferreira. « Sur 1.000 bĂ©bĂ©s amĂ©ricains, 7 vont mourir avant d’avoir atteint 1 an. Mais, au Mali, sur 1.000 bĂ©bĂ©s, 126 n’atteindront pas 1 an. Et ceux qui survivent, pas seulement au Mali mais dans toute l’Afrique, et dans les pays pauvres d’Asie et d’AmĂ©rique latine, courent des risques en matiĂšre de nutrition beaucoup plus importants que les enfants nĂ©s dans des pays riches. »

 

Et lorsque les enfants nĂ©s dans des pays pauvres ont la chance d’aller Ă  l’école, les conditions d’enseignement dans lesquelles ils seront sont nettement infĂ©rieures Ă  celles des enfants d’Europe, du Japon ou des États-Unis.

 

Combattre la domination par les élites

 

Le rapport dĂ©montre que des inĂ©galitĂ©s criantes sur les plans politique et Ă©conomique dĂ©bouchent sur des systĂšmes institutionnels et sociaux qui favorisent systĂ©matiquement les Ă©lites, car ce sont elles, les Ă©lites, qui ont le plus d’influence.

 

Pour Ferreira, ce type de circonstances limite fortement le potentiel de croissance d’un pays et sa capacitĂ© Ă  rĂ©duire la pauvretĂ©.

 

Des institutions inĂ©quitables imposent des coĂ»ts Ă©conomiques. Elles vont protĂ©ger les intĂ©rĂȘts de ceux qui dĂ©tiennent l’influence politique et la fortune, souvent au dĂ©triment de la majoritĂ© de la population, avec, pour rĂ©sultat, une sociĂ©tĂ© moins efficace. En effet, si les classes moyennes et les pauvres sont incapables d’exploiter leurs talents, la sociĂ©tĂ© toute entiĂšre perd des occasions d’innover et d’investir.

Comme le souligne le rapport, les effets nuisibles de l’inĂ©galitĂ© dans les opportunitĂ©s offertes, et dans le pouvoir politique se feront d’autant plus sentir que les inĂ©galitĂ©s Ă©conomiques, sociales et politiques auront tendance Ă  se perpĂ©tuer de gĂ©nĂ©ration en gĂ©nĂ©ration.

 

Cette situation conduit Ă  ce que le rapport appelle les « piĂšges Ă  inĂ©galitĂ©, oĂč le cycle de la mĂ©diocritĂ© se perpĂ©tue. »

 

Michael Walton, également auteur princiapl du rapport, indique que l'égalité est un point essentiel pour obtenir un meilleur climat des investissements. "Il s'agit aussi d'un point essentiel dans la réalisation des Objectifs de développement pour le Millénaire" ajoute-il. 

 

 

RĂ©tablir l’équilibre des chances

 

Pour encourager l’équitĂ© dans les pays en dĂ©veloppement, le rapport recommande des politiques susceptibles de rĂ©tablir des rĂšgles du jeu Ă©quitables en matiĂšre Ă©conomique et politique, dont les principales mesures seraient les suivantes :

  • Investir dans l’humain, en  Ă©tendant  l’accĂšs aux services de santĂ© (depuis la naissance et en ciblant ceux dont les besoins sont les plus criants) ; en permettant Ă  plus d’enfants de frĂ©quenter l’école, et en Ă©tablissant des filets de sĂ©curitĂ© qui protĂšgent les pauvres qui travaillent, ceux qui sont incapables de travailler, et des groupes particuliĂšrement vulnĂ©rables.
  • Imposer des taxes pour financer l’équitĂ© (le rapport prĂ©conise une assiette fiscale la plus large possible), vu que la restauration de l’équitĂ© dans les rĂšgles du jeu va demander suffisamment de ressources.
  • Mettre en place des systĂšmes de justice Ă©quitables, et garantir plus d’équitĂ© dans l’accĂšs Ă  la terre ; construire des infrastructures en donnant prioritĂ© aux besoins des populations et des rĂ©gions pauvres
  • Assurer plus d’égalitĂ© dans l’accĂšs aux ressources financiĂšres en Ă©largissant les systĂšmes financiers.
  • Encourager l’équitĂ© sur le marchĂ© de l’emploi, de façon Ă  ce que sur tous les marchĂ©s, le travailleur soit protĂ©gĂ©, et n’ait pas Ă  souffrir de la discrimination.

 

La rĂ©forme fonciĂšre constitue un bon exemple d’un changement dans les politiques en faveur de l’équitĂ©. Par exemple, dans l’état indien du Bengale occidental, une rĂ©forme fonciĂšre a permis d’amĂ©liorer la sĂ©curitĂ© dans le rĂ©gime foncier applicable aux mĂ©tayers, tout en leur garantissant au moins 75 pour-cent de leur production. Le rĂ©sultat : une augmentation de 62 pour-cent de la productivitĂ©.

 

AmĂ©liorer l’accĂšs des personnes pauvres au crĂ©dit est un autre moyen de rĂ©tablir l’équilibre des chances dans la recherche de la prospĂ©ritĂ©. Des Ă©tudes menĂ©es en Inde, au Kenya, au Zimbabwe et dans d’autres pays ont montrĂ© que les personnes pauvres payent des taux d’intĂ©rĂȘt beaucoup plus élevĂ©s que les riches. Ceci veut dire que les personnes pauvres investissent moins dans les petites entreprises qu’ils ne le feraient si les marchĂ©s de crĂ©dit fonctionnaient correctement.

 

Selon Ferreira, beaucoup peut ĂȘtre fait Ă  l’échelle mondiale pour rĂ©tablir l’égalitĂ© des chances, et amĂ©liorer la vie des gens dans le monde en dĂ©veloppement.

 

  « Plus de libertĂ© en matiĂšre de commerce, y compris pour les produits agricoles et les textiles, et une aide accrue et mieux utilisĂ©e sont autant de moyens d’aider les pays en dĂ©veloppement, » dit-il.

 

Le rapport plaide Ă©galement pour une aide accrue aux travailleurs des pays pauvres pour abolir les obstacles qui s’opposent Ă  leur migration dans des pays plus riches, oĂč ils pourraient gagner plus d’argent.

 

Selon le rapport, autoriser une migration temporaire plus importante dans les pays de l’OCDE, permettre aux pays en dĂ©veloppement d’utiliser des mĂ©dicaments gĂ©nĂ©riques, et mettre au point des normes financiĂšres mieux adaptĂ©es aux pays en dĂ©veloppement sont Ă©galement des moyens possibles pour rĂ©tablir l’égalitĂ© des chances.

 

 

 




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