Paul Wolfowitz Président, Groupe de la Banque mondiale Washington, D.C. - 22 septembre 2005 Veuillez trouver ci-dessous la traduction de l'allocution de Mr. Wolfowitz en ouverture de la conférence de presse du 22 septembre 2005. Pour consulter l'intégralité de la conférence de presse, veuillez cliquer ici. ------------------------------ Bonjour ! J’ai grand plaisir à vous accueillir aux Assemblées annuelles de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international. Comme vous le savez, c’est la première fois que je participe à ces Assemblées en qualité de Président de la Banque mondiale. Je sais qu’il s’agit d’un événement très important, et j’attends cette manifestation avec le plus vif intérêt. Je pense que cette année, cette période, est particulièrement importante dans l’histoire de la lutte contre la pauvreté et de la création d’opportunités pour les plus déshérités du monde. Récemment, nous avons vu les pays en développement, y compris certains pays parmi les plus pauvres en Afrique, prendre l’engagement remarquable d’obtenir des résultats et de rendre compte de leur performance. Lors du sommet de Gleneagles et du récent Sommet du Millénaire à New York, les pays développés ont pris l’engagement tout aussi remarquable d’accroître leur aide et, certes un peu moins résolument, d’élargir les possibilités d’échanges commerciaux. Comme l’a dit le Premier ministre britannique, Tony Blair, c’est donnant, donnant. On ne peut dissocier l’aide de la performance, elles se renforcent mutuellement. Cette année est marquée par une forte dynamique, et pourrait, à mon avis, représenter un tournant décisif. Il s’agit aujourd’hui de traduire ces promesses et ces plans en actes et en résultats, au profit des plus démunis, non seulement dans les pays les plus pauvres, mais aussi dans certains pays performants du monde en développement, où des centaines de millions de personnes vivent encore dans l’extrême pauvreté. Certes, la communauté du développement est également comptable devant ceux qui, dans les pays développés, fournissent les fonds destinés à l’aide. La communauté du développement tout entière, y compris la Banque mondiale, a l’énorme responsabilité d’aider à obtenir des résultats et, pour ce faire, il nous faut d’abord mesurer et évaluer nos opérations. À cet égard, les objectifs de développement pour le Millénaire jouent un grand rôle, fournissant une précieuse série d’indicateurs de référence qui nous permet d’être comptables de nos résultats, nous aidant à voir où nous en sommes, où notre action s’avère concluante, et où nous devons placer la barre plus haut et nous montrer plus performants. Comme je l’ai dit la semaine dernière à New York, nous sommes tous comptables de notre action, et le moment est venu d’obtenir des résultats. Manifestement, l’Afrique est l’une des régions où l’obligation de réussite est la plus inéluctable : c’est LA grande région du monde qui prend du retard à une époque où d’autres régions du monde en développement enregistrent des progrès remarquables. C’est le cas de nombreux petits pays et, bien sûr, de deux grands, la Chine et l’Inde. Mais en Afrique subsaharienne, où le recul se poursuit, environ la moitié des 600 millions d’habitants vivent avec moins de 1 dollar par jour ; ce n’est plus de la pauvreté, mais de l’extrême pauvreté. Dans leur examen des questions liées au financement, les membres du Comité du développement font une place particulière à l’Afrique et, pour contribuer à ces travaux, la Banque a préparé un Plan d’action pour l’Afrique qui vise à utiliser aussi efficacement que possible les ressources disponibles pour le développement du continent pendant les trois années à venir. Ce plan diffère des autres dispositifs en ce sens qu’il met l’accent sur des résultats tangibles et mesurables, s’articulant autour de plus de 20 mesures concrètes. Il met en avant des grandes questions – la gouvernance et la croissance – et insiste sur le rôle crucial du secteur privé dans la création d’emplois, la réduction de la pauvreté et les possibilités à offrir aux pauvres. Mais, il s’intéresse aussi à des questions plus précises telles que l’aide à la gratuité de l’enseignement primaire, le financement d’infrastructures de base plus que nécessaires, la lutte contre des maladies comme le VIH/SIDA et, surtout, le paludisme, et l’appui renforcé aux femmes, qui jouent un rôle fondamental dans le développement mais qui sont trop souvent ignorées par les planificateurs du développement. Ayant effectué en juin une visite en Afrique, j’ai bien conscience des problèmes de cette région. Mais je crois que l’Afrique se trouve peut-être à l’aube d’une ère nouvelle, qu’elle peut devenir le Continent de l’espoir. Et cela tient pour beaucoup au fait que les populations d’Afrique subsaharienne demandent des comptes à leurs dirigeants, et que ces dirigeants eux-mêmes se veulent comptables de leurs actes. Cela signifie notamment, mais pas uniquement, qu’il faut combattre la corruption. Sur ce front, la responsabilité des mesures administratives et du contrôle du respect des règles n’incombe pas seulement aux pays en développement, ou aux dirigeants de ces pays. Pour chaque corrompu dans un pays en développement, il y a un corrupteur, souvent dans un pays développé, qui doit aussi être tenu pour comptable. Le résultat, aujourd’hui, c’est que les gens parlent de la corruption et que des mesures concrètes sont prises à son encontre. Je suis très reconnaissant à mon prédécesseur, Jim Wolfensohn, de tout ce qu’il a fait pour cette institution, entre autres d’avoir mis la question de la corruption à l’ordre du jour du développement. Comme il l’a dit, la corruption aurait dû être inscrite à l’ordre du jour bien avant qu’il ne la décrive, si justement, comme un cancer. C’est une question très difficile, qui prendra du temps à résoudre, mais que cette institution considère comme hautement prioritaire. Elle doit, à mon sens, être considérée comme une priorité par la communauté du développement tout entière, aussi bien par les pays développés que par les pays en développement. Les questions que nous examinerons pendant ces deux journées porteront notamment sur l’allègement de la dette, le commerce, l’aide, la santé, l’éducation, l’infrastructure, l’agriculture et la démarginalisation des femmes. Il est impossible de parler de développement en se limitant à quelques sujets. Nous nous emploierons à faire avancer l’accord sur l’allègement de la dette auquel est parvenu le G-8 à Gleneagles, pour faire en sorte que l’annulation de la dette s’accompagne d’un apport réel de ressources supplémentaires et que chacun y trouve son compte. Nous collaborons avec toutes les parties pour faire avancer ce dossier. Nous sommes résolus à le faire aboutir, et nous comptons sur ces réunions pour faire de réels progrès. Nous travaillerons sans relâche pour veiller à ce que l’aide parvienne aux personnes qui en ont le plus désespérément besoin. Nous mesurerons et évaluerons les progrès accomplis, et nous encouragerons les bailleurs de fonds à mieux coordonner leurs activités, car le développement est un travail d’équipe, où tous les acteurs doivent savoir être polyvalents. Le Comité du développement s’intéressera aussi au commerce dans la perspective des réunions du cycle de Hong Kong – de Doha, voulais-je dire – qui se tiendront à Hong Kong en décembre. Les barrières commerciales sont l’un des plus grands obstacles à la création d’emplois dans les pays les plus pauvres et à l’élargissement des opportunités économiques des personnes défavorisées. Supprimer les barrières et les subventions qui pénalisent les petits producteurs et les petits commerçants est donc une priorité urgente de développement. Le commerce est au moins aussi important que l’aide, car il offre la possibilité d’une croissance durable partagée. Il n’est donc pas exagéré de dire que l’avenir de millions de pauvres dans le monde dépend de l’obtention de résultats concrets à l’issue de ces négociations commerciales. Permettez-moi de conclure peut-être sur un point fondamental. L’Afrique est notre première priorité, mais elle n’est assurément pas la seule. Notre institution est d’envergure mondiale. Soixante-dix pour cent des personnes vivant dans le plus complet dénuement habitent en fait d’autres régions du monde en développement, parfois dans des pays que nous avons classés dans la catégorie des pays en développement performants. J’étais en Inde récemment, et je me suis entretenu avec les autorités indiennes – qui ont, il faut le dire, remporté des succès remarquables en matière de développement – sur la façon dont la Banque mondiale pourrait aider le gouvernement à répondre aux besoins des pauvres dans les zones urbaines et dans les zones rurales en Inde. C’est un exemple parmi d’autres. Nous devons nous atteler aux tâches prioritaires, mais en conservant une approche équilibrée qui sied à une institution d’envergure mondiale. À ce propos, l’un des devoirs qui nous incombe – et nous rencontrerons plus tard dans la journée le Président Clinton qui coordonne l’effort de reconstruction après le tsunami pour les agences des Nations Unies – est de contribuer à la reconstruction des pays ravagés par ce cataclysme et de voir ce que nous pouvons faire pour tirer le meilleur parti de l’extraordinaire générosité dont ont fait preuve les gouvernements et le secteur privé en faveur des victimes. Ce n’est là qu’un exemple parmi tant d’autres de la contribution très importante que le Groupe de la Banque mondiale, et en fait, notre institution partenaire, le FMI, peuvent apporter, je pense, à l’entreprise complexe que constitue l’action d’aide au développement. Je vous remercie. |