| 24 septembre 2005 â Lâexistence dâun solide leadership dans les pays en dĂ©veloppement est une condition essentielle de rĂ©ussite de lâeffort menĂ© pour rĂ©duire la pauvretĂ© Ă travers le monde, a dĂ©clarĂ© aujourdâhui  Paul Wolfowitz, prĂ©sident de la Banque mondiale. Dans un discours prononcĂ© Ă la sĂ©ance dâouverture des AssemblĂ©es annuelles de la Banque mondiale et du Fonds monĂ©taire international, Ă Washington, il a par ailleurs appelĂ© Ă un renforcement de la coordination parmi les membres de la communautĂ© du dĂ©veloppement, ainsi quâau sein des pays donateurs, pour contribuer Ă une rĂ©duction de la pauvretĂ©. Durant cette allocution, sa premiĂšre en tant que prĂ©sident de la Banque mondiale, M. Wolfowitz sâest inspirĂ© des paroles dâun ancien grand dirigeant, Nelson Mandela, en exhortant non seulement la communautĂ© du dĂ©veloppement mais lâensemble des pays du monde Ă concrĂ©tiser dans les faits lâappel lancĂ© par celui-ci « pour que la pauvretĂ© devienne chose du passé ». M. Wolfowitz a Ă©voquĂ© la soirĂ©e quâil avait passĂ©e parmi 50 000 jeunes, la veille de la rĂ©union du G-8, le groupe des pays industrialisĂ©s, en juillet dernier Ă Gleneagles â rĂ©union qui a dĂ©bouchĂ© sur un engagement pour un doublement de lâaide en faveur de lâAfrique et une annulation de la dette des pays les plus pauvres. « Tous les yeux Ă©taient rivĂ©s sur lâhomme qui est apparu sur lâĂ©cran gĂ©ant : le pĂšre de la libertĂ© de lâAfrique du Sud », a-t-il dit. « Et la foule a hurlĂ© son approbation lorsque Nelson Mandela nous a appelĂ©s Ă mener un nouveau combat â celui quâil nous faut maintenant mener â âpour que la pauvretĂ© devienne chose du passĂ©â. » M. Wolfowitz a ajoutĂ© que lâappel Ă lâĂ©radication de la pauvretĂ© trouve un Ă©cho auprĂšs de toutes les gĂ©nĂ©rations, de tous les continents, de toutes les nationalitĂ©s, sans distinction de religion, de sexe et de systĂšme politique. Lâheure est Ă lâaction « Quiconque regarde la rĂ©alitĂ© en face conviendra quâune action sâimpose de toute urgence. Chaque jour, des milliers de personnes qui vivent dans le dĂ©nuement le plus complet, dont des enfants en grande partie, succombent Ă des maladies Ă©vitables », a-t-il dĂ©clarĂ©. « La mortalitĂ© et le dĂ©nuement en Afrique sont particuliĂšrement alarmants. Depuis 1981, le nombre dâAfricains qui ont moins de 1 dollar par jour pour vivre a pratiquement doublĂ©, passant de 164 millions Ă 314 millions. Mais lâon peut faire beaucoup pour aider les gens Ă sortir de la pauvretĂ©, pour sauver des vies et pour donner lâespoir. » Tout en estimant qu'un solide leadership est un impĂ©ratif, M. Wolfowitz a soulignĂ© quâil ne suffirait pas Ă lui seul pour remporter la lutte contre la pauvretĂ©. « Le dĂ©veloppement Ă©tant une action collective, en assurer la direction nâest pas un exercice solitaire », aâtâil expliquĂ©. « Assurer des fonctions de leadership suppose que lâon sâappuie sur la confiance, le respect et le travail dâĂ©quipe. Comme me lâa dit Nelson Mandela : pour bien diriger, il faut comprendre que lâon nâagit pas en tant quâindividu, que lâon reprĂ©sente la collectivitĂ©. Ou, comme il lâavait exprimĂ© sans ambages il y a de nombreuses annĂ©es, âOn peut tout accomplir dĂšs lors que lâon se fiche Ă©perdument de savoir qui en a le mĂ©riteâ. » Lâobligation de responsabilitĂ© est essentielle M. Wolfowitz a par ailleurs estimĂ© quâun bon dirigeant a Ă©galement conscience de son obligation de rendre compte Ă ceux quâil dirige. « Il sait ĂȘtre Ă lâĂ©coute. Les institutions qui veillent au respect du devoir de responsabilitĂ©, comme la sociĂ©tĂ© civile et une presse libre, aident les dirigeants Ă Ă©couter, leur demandent des comptes et jouent un rĂŽle essentiel dans la lutte contre la corruption. » « La corruption dilapide les ressources et dĂ©courage les investissements. Elle profite aux nantis et prive les pauvres. Elle Ă©branle lâespoir quâils nourrissent de connaĂźtre un sort meilleur et un avenir plus florissant. » Revenant sur les organisations de la sociĂ©tĂ© civile (OSC), il a dĂ©clarĂ© quâelles « alimentent la croissance et aident Ă tirer parti des opportunitĂ©s », et quâelles contribuent Ă renforcer la culture de responsabilitĂ© en tissant des liens importants entre citoyens et gouvernants. Renforcer les moyens dâaction des femmes « Les organisations de la sociĂ©tĂ© civile sont importantes pour le renforcement des moyens dâaction des femmes sans lequel il ne saurait y avoir de croissance productive », a-t-il ajoutĂ©. « Pour reprendre les propos que mâa tenus une femme pauvre au Pakistan : âLe dĂ©veloppement est comme une charrette dont lâhomme et la femme seraient les deux roues. Si lâune ne va pas aussi vite que lâautre, la charrette ne peut pas avancerâ. » Il a soulignĂ© que des millions de femmes ont Ă ce jour bĂ©nĂ©ficiĂ© de lâappui vigoureux dâOSC comme le ComitĂ© pour lâavancement des communautĂ©s rurales au Bangladesh et la Grameen Bank, qui leur accordent des prĂȘts de montants rĂ©duits pour les aider Ă monter une affaire. Les bĂ©nĂ©fices tirĂ©s de ces activitĂ©s servent Ă envoyer les enfants, et en particulier les filles, Ă lâĂ©cole. Au-delĂ du leadership, de la responsabilitĂ©, de la sociĂ©tĂ© civile et de la primautĂ© du droit, M. Wolfowitz a estimĂ© quâune croissance Ă©conomique durable â Ă©lĂ©ment essentiel pour le dĂ©veloppement et pour la rĂ©duction de la pauvreté â dĂ©pend aussi du secteur privĂ©, de la main-dâĆuvre et du capital. Autres prioritĂ©s Dans ce contexte, il sâest engagĂ© Ă ce que la Banque mette plus encore lâaccent sur la santĂ©, lâĂ©ducation, lâĂ©nergie, lâinfrastructure et lâagriculture. DĂ©crivant le secteur privĂ© comme un important « moteur de croissance et de crĂ©ation dâemplois », il a Ă©galement engagĂ© la Banque Ă explorer de nouvelles approches pour permettre aux petites et moyennes entreprises dâavoir accĂšs au crĂ©dit. « Le manque dâaccĂšs au crĂ©dit est lâun des principaux obstacles au dĂ©veloppement des petites et moyennes entreprises », a-t-il dit. « La Banque fournit de judicieux conseils aux pouvoirs publics sur lâaction Ă mener pour appuyer le microfinancement, mais nous devons explorer de nouvelles pistes qui permettent dâĂ©largir lâaccĂšs aux services financiers, en tenant compte des besoins et des formules applicables aux plans local et rĂ©gional. » Effort en matiĂšre dâĂ©ducation et de santĂ© En matiĂšre dâĂ©ducation, M. Wolfowitz a dĂ©clarĂ© que la Banque comptait joindre ses efforts Ă ceux dâautres donateurs, dans le cadre de lâInitiative pour la mise en Ćuvre accĂ©lĂ©rĂ©e du programme Ăducation pour tous, afin de multiplier par deux le nombre de filles scolarisĂ©es dans 60 pays au cours des cinq prochaines annĂ©es. « Nous avons un plan. Il nous faut maintenant des ressources. Il nous faudra mobiliser au moins 2,5 milliards de dollars par an pour que le rĂȘve de milliers dâĂ©coliers qui aspirent Ă un avenir meilleur devienne une rĂ©alité », a-t-il dit. Il sâest Ă©galement engagĂ© Ă produire des rĂ©sultats tangibles au titre de lâeffort que la Banque entend faire pour lutter contre le paludisme. Lorsque 3 000 enfants africains meurent chaque jour du paludisme, a-t-il soulignĂ©, la Banque se doit d'agir. « En Afrique, la Banque mondiale consacrera 600 millions de dollars sur trois ans Ă un nouveau âProgramme renforcĂ©â de lutte contre le paludisme. Nous nous sommes fixĂ©s des objectifs clairs : Ă©quiper de moustiquaires 60 % de la population ; et intervenir de telle sorte que 60 % de la population ait accĂšs Ă un traitement dans les 24 heures qui suivent lâapparition des premiers symptĂŽmes. » Appel en faveur de lâinfrastructure Depuis quâil a assumĂ© la prĂ©sidence de la Banque, a expliquĂ© M. Wolfowitz, un message quâil nâa cessĂ© de recevoir de ceux quâil a rencontrĂ©s dans les pays en dĂ©veloppement est que la Banque doit assumer Ă nouveau son rĂŽle en matiĂšre dâinvestissement dans le domaine des infrastructures Il a dĂ©crit lâinfrastructure comme l'armature de nombreux autres secteurs : la santĂ©, lâĂ©ducation, lâemploi et le commerce. « La pauvretĂ© nâest pas prĂšs de disparaĂźtre quand 90 % des entreprises nigĂ©rianes dĂ©pendent de groupes Ă©lectrogĂšnes de fortune pour lâĂ©lectricitĂ©. Les revenus des paysans pauvres dâAmĂ©rique latine n'augmenteront pas en lâabsence de route pour transporter leurs fruits et lĂ©gumes au marchĂ©. Et tant que plus dâun milliard de personnes nâont pas accĂšs Ă lâeau potable, nous ne verrons pas la santĂ© sâamĂ©liorer », a-t-il dĂ©clarĂ©. « Nous ne pourrons relever les dĂ©fis posĂ©s par lâinfrastructure quâen tirant les leçons de nos erreurs passĂ©es. Les ressources naturelles dâun pays doivent ĂȘtre gĂ©rĂ©es intelligemment pour ne pas privilĂ©gier les gains Ă court terme au dĂ©triment de la santĂ© Ă long terme des plus dĂ©munis et de lâenvironnement. » Il a Ă©galement promis que la Banque allait Ă©tudier les moyens dâinnover dans lâutilisation des nouvelles technologies pour favoriser des progrĂšs en matiĂšre dâĂ©nergie et de dĂ©veloppement durable. « Nous resserrerons nos liens de coopĂ©ration avec nos partenaires des pays Ă revenu intermĂ©diaire comme lâAfrique du Sud, le BrĂ©sil, la Chine, lâInde et le Mexique qui doivent faire face Ă une hausse de la demande dâĂ©nergie. Notre objectif est de trouver une formule de dĂ©veloppement plus respectueuse de lâenvironnement, qui tienne compte des besoins Ă©nergĂ©tiques des pays en dĂ©veloppement », a-t-il ajoutĂ©. Aide en faveur des pays Ă revenu intermĂ©diaire M. Wolfowitz a dĂ©clarĂ© que la Banque entendait ne pas nĂ©gliger les pays Ă revenu intermĂ©diaire, qui comptent Ă lâheure actuelle plus de 1 milliard de personnes vivant dans une situation dâextrĂȘme pauvretĂ©. « Nous ne devons pas les oublier », a-t-il dit. « Pour aider ces pays Ă se dĂ©velopper et Ă prospĂ©rer, il nous faut continuer Ă adapter nos compĂ©tences et nos financements Ă leurs besoins propres. » Et, tout en indiquant que la Banque allait faire un effort accru en matiĂšre dâagriculture, il a Ă©galement formulĂ© lâespoir de voir aboutir dâune maniĂšre positive les nĂ©gociations commerciales qui doivent se tenir prochainement Ă Hong Kong dans le cadre du cycle de Doha, pour quâil soit mis fin aux subventions agricoles « qui faussent les prix et limitent lâaccĂšs au marchĂ© pour les agriculteurs pauvres ». LâAfrique et son potentiel M. Wolfowitz a dĂ©clarĂ© que câest en Afrique que le travail le plus difficile attend le Groupe de la Banque mondiale et les autres bailleurs de fonds. « Devant lâimmensitĂ© des besoins Ă satisfaire dans les domaines de lâĂ©ducation, de la nutrition, de lâeau salubre et de lâassainissement, des soins de santĂ© et de lâemploi, la tĂąche est gigantesque », a-t-il reconnu, avant dâajouter : « Je garde malgrĂ© tout espoir, car comme le PrĂ©sident du NigĂ©ria, Monsieur Obasanjo, me le faisait remarquer en juin dernier, âLâAfrique est un continent en mutationâ. » « Si nous parvenons Ă libĂ©rer les Ă©nergies des populations africaines et Ă laisser le secteur privĂ© rĂ©aliser son potentiel en crĂ©ant des emplois, lâAfrique ne deviendra pas seulement un continent dâespoir, mais un continent de progrĂšs ». Mais, selon lui, les efforts menĂ©s au plan international pour mettre fin Ă la pauvretĂ© ne sont pas du seul ressort des pays en dĂ©veloppement. Tout en soulignant quâil est clair, aujourdâhui, que les Africains veulent se montrer Ă la hauteur de leurs responsabilitĂ©s et prendre leur avenir en main, il a ajouté : « Mais cette responsabilitĂ© nâincombe pas seulement aux pays en dĂ©veloppement. Ă Gleneagles, lâAfrique et les pays du G-8 ont bĂąti un partenariat, dont le but est dâobtenir des rĂ©sultats. Des rĂ©sultats contre une aide, tel est le principe auquel ces partenaires ont souscrit. » Pour la Banque mondiale, quâil sâagisse dâinvestissements dans lâĂ©ducation, la santĂ©, lâinfrastructure, lâagriculture ou lâenvironnement, M. Wolfowitz a insistĂ© sur le fait quâelle doit sâassurer dâobtenir des rĂ©sultats. Un effort collectif « Mais nâoublions pas que nous ne sommes que lâun des acteurs de cet effort mondial â qui doit ĂȘtre dĂ©fini et pilotĂ© au niveau national. Nâoublions pas que nous nâagissons pas seuls », a-t-il ajoutĂ©. « Au Rwanda, jâai eu le privilĂšge de rencontrer la Dr. Agnes Binagwaho, qui dirige le Conseil national de lutte contre le sida. Elle mâa dit trĂšs fiĂšrement que lorsquâun homme se prĂ©sentait au centre de soins, on lui demandait dâaller chercher sa femme et ses enfants avant dâĂȘtre soignĂ©. » « La Dr. Binagwaho a Ă©tĂ© tout aussi catĂ©gorique sur un autre point de mĂȘme importance. Elle insiste poliment mais fermement pour que les bailleurs de fonds du Rwanda contribuent Ă un seul et mĂȘme plan de santĂ© â et non plus Ă des dĂ©penses rĂ©pondant Ă des intĂ©rĂȘts particuliers. » Demander ainsi aux donateurs de mieux coordonner leur aide dans lâoptique de meilleurs rĂ©sultats permet Ă cette responsable et Ă sa petite Ă©quipe mĂ©dicale de perdre moins de temps avec les bailleurs de fonds et dâen consacrer davantage Ă sauver des vies humaines, a expliquĂ© M. Wolfowitz, avant dâajouter : « Le renforcement de la coordination nationale suppose une plus large participation des services de la Banque sur le terrain. Nous devons poursuivre notre effort de dĂ©centralisation ; une plus forte prĂ©sence sur place des personnes ayant les compĂ©tences voulues permettra de mieux rĂ©pondre aux besoins de dĂ©veloppement de nos partenaires. » « Et par rĂ©sultats, soyons clairs, jâentends des rĂ©sultats qui ont un vĂ©ritable impact sur le quotidien des pauvres. Nous sommes comptables envers eux de ces rĂ©sultats », a-t-il dĂ©clarĂ©.  |