Une nouvelle publication de la Banque mondiale rĂ©vĂšle que les envois de fonds des travailleurs migrants contribuent Ă faire reculer la pauvretĂ© et Ă amĂ©liorer les niveaux de santĂ© infantile, dâassiduitĂ© scolaire et dâinvestissement dans leurs pays dâorigine. Cependant, le rapport montre aussi quelques-uns des pays les plus vulnĂ©rables Ă faible revenu de la planĂšte sont confrontĂ©s Ă un exode massif de cerveaux.  Huit HaĂŻtiens et JamaĂŻcains sur dix qui dĂ©tiennent un diplĂŽme universitaire vivent hors de leur pays.  De mĂȘme, plus de 50 % de professionnels diplĂŽmĂ©s dâuniversitĂ© de nombreux pays dâAmĂ©rique centrale et des CaraĂŻbes vivent Ă©galement Ă lâĂ©tranger.  Il ne sâagit lĂ que de deux exemples des constatations dâune nouvelle publication de la Banque mondiale intitulĂ©e International Migration, Remittances and the Brain Drain. Cet ouvrage est le rĂ©sultat de travaux rĂ©alisĂ©s par le Groupe de recherche sur le dĂ©veloppement de la Banque mondiale dans le cadre de son Programme de recherche sur la migration internationale et le dĂ©veloppement.  « Le rapport rĂ©vĂšle que la fuite des cerveaux est massive dans les pays en dĂ©veloppement qui sont pauvres et de taille modeste », a dĂ©clarĂ© Maurice Schiff, Ă©conomiste Ă la Banque mondiale et codirecteur de lâouvrage.  « Si plus de 50 % des diplĂŽmĂ©s dâuniversitĂ© quittent les pays dâAmĂ©rique centrale et des CaraĂŻbes, dans certains cas ce taux atteint 80 % ».  L. Alan Winters, directeur du Groupe de recherche sur le dĂ©veloppement de la Banque mondiale, souligne que mĂȘme si la mobilitĂ© des travailleurs hautement qualifiĂ©s procure nombre dâavantages, les consĂ©quences de lâexode des cerveaux pourrait sâavĂ©rer graves pour beaucoup de pays en dĂ©veloppement.  M. Winters ajoute que la recherche sur le dĂ©veloppement va continuer de sâattacher, en toute prioritĂ©, Ă comprendre le soi-disant phĂ©nomĂšne de la fuite des cerveaux dans lâavenir.  Les constatations du rapport sâappuient sur la base de donnĂ©es la plus complĂšte et la plus rigoureuse qui existe Ă ce jour sur la fuite des cerveaux. Cette base de donnĂ©es, créée par les chercheurs FrĂ©dĂ©ric Docquier et Abdeslam Marfouk, fait lâobjet dâune prĂ©sentation au chapitre 5 de lâouvrage.  Les grands pays connaissent peu dâexode  DâaprĂšs M. Schiff, le rapport montre que le problĂšme de la fuite des cerveaux est nettement moins important dans les pays de grande taille.  « En moyenne, pour les pays de plus de 30 millions dâhabitants, lâexode des cerveaux concerne moins de 5 % de tous les diplĂŽmĂ©s dâuniversitĂ©. Cette situation tient au fait que ces pays disposent dâun grand nombre de personnes qualifiĂ©es, de sorte que quand bien mĂȘme le nombre de leurs ressortissants qualifiĂ©s qui deviennent des migrants est Ă©levĂ©, leur proportion au sein de la population qualifiĂ©e est nĂ©anmoins faible », a expliquĂ© M. Schiff.  Environ 3 Ă 5 % seulement des diplĂŽmĂ©s de pays comme la Chine et lâInde vivent Ă lâĂ©tranger. Il en va de mĂȘme du BrĂ©sil, de lâIndonĂ©sie et de lâex-Union soviĂ©tique.  En revanche, les travailleurs qualifiĂ©s dâAfrique subsaharienne, qui ne reprĂ©sentent que   4 % du total de la population active, constituent cependant plus de 40 % de ceux qui quittent le pays.  « Les destinations de la plupart de ces professionnels diplĂŽmĂ©s dâuniversitĂ© originaires des pays en dĂ©veloppement sont les Ătats-Unis, ainsi que lâUnion europĂ©enne, lâAustralie et le Canada. En rĂ©alitĂ©, parmi tous les migrants qui se dirigent vers ces pays, la majoritĂ© des plus scolarisĂ©s sâinstallent au Canada et en Australie », relĂšve M. Schiff.  Un gaspillage des cerveaux ?  Avec lâexpatriation de tous ces diplĂŽmĂ©s dâuniversitĂ©, il se pose la question de savoir si le pays dâaccueil fait un bon usage de leurs compĂ©tences.  Une partie de lâouvrage se penche sur cette question, et Caglar Ozden, codirecteur et Ă©conomiste Ă la Banque, constate quâaux Ătats-Unis les migrants qualifiĂ©s ne parviennent pas souvent Ă trouver des emplois correspondant Ă leur niveau dâinstruction.  En gĂ©nĂ©ral, Ă niveau dâinstruction Ă©gal, les immigrants venant dâAmĂ©rique latine et dâEurope orientale sont plus susceptibles dâoccuper en dĂ©finitive des emplois non spĂ©cialisĂ©s aux Ătats-Unis que les immigrants originaires dâAsie, du Moyen-Orient et dâAfrique subsaharienne.  Selon M. Schiff, il ressort des donnĂ©es relatives aux Ătats-Unis que les migrants scolarisĂ©s venant de lâInde ou du Royaume-Uni ont plus de chances de trouver des emplois correspondant Ă leur niveau de compĂ©tence aux Ătats-Unis.  « Lâune des principales raisons qui expliquent cette situation est la langue. Les diplĂŽmĂ©s dâuniversitĂ© de lâInde et du Royaume-Uni sâexpriment en anglais, ce qui leur confĂšre bien entendu un grand avantage lorsquâils arrivent aux Ătats-Unis », prĂ©cise M. Shiff.  Un avantage pour le pays dâorigine  Le rapport montre clairement que quel que soit le profil des migrants â quâils soient scolarisĂ©s ou non â leurs envois de fonds contribuent effectivement Ă faire reculer la pauvretĂ© dans leur ancien pays.  PrĂšs des 200 millions de personnes vivent hors de leur pays dâorigine, et ils effectuent des transferts qui, selon les estimations, atteindront environ 225 milliards de dollars en 2005, Ă en croire une publication imminente de la Banque intitulĂ©e Global Economic Prospects 2006.  Selon François Bourguignon, Ă©conomiste en chef de la Banque mondiale et Vice-prĂ©sident, Ăconomie du dĂ©veloppement, les donnĂ©es de lâenquĂȘte auprĂšs des mĂ©nages telles que prĂ©sentĂ©es dans lâouvrage dĂ©montrent lâexistence dâun lien entre migration et rĂ©duction de la pauvretĂ©.  Il ressort dâune enquĂȘte rĂ©alisĂ©e auprĂšs des mĂ©nages des Philippines que les transferts quâils reçoivent contribuent Ă attĂ©nuer le phĂ©nomĂšne du travail des enfants, Ă accroĂźtre la scolarisation des enfants, Ă augmenter le nombre dâheures consacrĂ©es au travail autonome et Ă accroĂźtre le taux de personnes qui lancent des entreprises exigeant des capitaux importants.  LâĂ©tude de cas portant sur le Guatemala rĂ©vĂšle que les envois de fonds y ont rĂ©duit le niveau et la gravitĂ© de la pauvretĂ©. Le plus grand impact a Ă©tĂ© ressenti au niveau de la gravitĂ© de la pauvretĂ©, les transferts constituant plus de la moitiĂ© du revenu des 10 % les plus pauvres des familles.  Le rapport fait apparaĂźtre que les fonds envoyĂ©s par les migrants au Guatemala ont davantage Ă©tĂ© consacrĂ©s aux investissements â tels que lâĂ©ducation, la santĂ© et le logement â quâaux aliments et Ă dâautres produits.  Une exception Ă la rĂšgle : les zones rurales du Mexique  Si le rapport montre que les fonds envoyĂ©s chez eux par les migrants entraĂźnent un accroissement des investissements dans lâĂ©ducation, il souligne par ailleurs que les zones rurales du Mexique font figure dâexception.  Des Ă©tudes contenues dans le rapport rĂ©vĂšlent que dans les mĂ©nages dont un membre avait Ă©migrĂ©, les enfants de 16 Ă 18 ans affichaient de plus faibles niveaux de scolarisation par rapport Ă ceux des mĂ©nages dont aucun membre nâĂ©tait parti pour lâĂ©tranger.  Cet Ă©tat des choses a Ă©tĂ© mis sur le compte de la situation particuliĂšre des migrants du milieu rural mexicain sur le marchĂ© du travail des Ătats-Unis. Il sâagit du fait que leur faible niveau de scolarisation ne leur permet dâobtenir que des emplois non spĂ©cialisĂ©s aux Ătats-Unis, quâils aient passĂ© ou non une annĂ©e de plus Ă lâĂ©cole. Dans ces conditions, les habitants des zones rurales du Mexique qui envisagent dâĂ©migrer aux Ătats-Unis ont peu de raison dâinvestir dans lâĂ©ducation.  Quelle est la prochaine Ă©tape ?  La prochaine phase du programme de recherche consistera Ă se servir des informations existantes pour gĂ©nĂ©rer des donnĂ©es supplĂ©mentaires sur une diversitĂ© de problĂšmes afin dâexaminer lâefficacitĂ© dâun nombre de politiques et de programmes. Lâobjectif visĂ© est de formuler des recommandations basĂ©es sur de solides Ă©lĂ©ments probants et sur une analyse rigoureuse.  |