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La manne des rapatriements de salaires

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Informations complémentaires:
Article: Perspectives économiques mondiales
Article: La manne des rapatriements de salaires
Communiqué de presse: la migration peut améliorer le bien-être et réduire la pauvreté
Site annexe: Les perspectives pour l'économie mondiale 2006

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Entretiens audio en anglais
Dilip Ratha, co-auteur du rapport parle de la migration et des rapatriements de fonds (mp3)
Hans Timmer, co-auteur du rapport parle des perspectives économiques (mp3)
16 novembre 2005 - Selon les chiffres officiels, les envois de fonds des travailleurs migrants à leurs familles vivant dans les pays en développement ont dépassé cette année 167 milliards de dollars — plus de deux fois le montant de l’aide internationale.

 

Telle est l’une des conclusions du rapport de la Banque mondiale sur les Perspectives économiques mondiale pour 2006, intitulé Implications économiques des envois de fonds et de la migration.

 

Mais ce chiffre de 167 milliards de dollars, qui est aussi le double de celui d’il y a cinq ans, ne révèle pas toute l’étendue des envois de fonds vers les pays en développement, selon ce rapport, car beaucoup de migrants ne passent pas par les circuits officiels pour leurs envois.

 

Ces fonds transmis par des voies informelles pourraient accroître l’estimation officielle d’au moins 50 %, ajoute le rapport, faisant des envois de fonds des travailleurs migrants la principale source de financement extérieur pour beaucoup de pays en développement.

 

Globalement, pays en développement et pays développés compris, les envois de fonds ont dépassé 232 milliards de dollars cette année.

 

« En dollars, les données officielles indiquent que l’Inde a reçu le plus sous forme d’envois de fonds, suivie de la Chine, du Mexique, de la France et des Philippines », déclare Dilip Ratha, l’un des coauteurs du rapport.

 

« Mais en pourcentage du produit intérieur brut (PIB), ce sont les petits pays comme les Tonga, la Moldova ou le Lesotho qui sont les plus gros bénéficiaires de ces envois. »

 

Un important facteur

 

Notant que le nombre des migrants approche aujourd’hui les 200 millions à l’échelle mondiale, l’économiste en chef et premier vice-président de la Banque pour l’économie du développement, François Bourguignon, voit dans la productivité et les salaires de cette main-d’œuvre un « puissant outil de réduction de la pauvreté ».

 

« Les envois de fonds, en particulier, sont un moyen important pour un grand nombre d’individus d’échapper à l’extrême pauvreté », ajoute-t-il.

 

En s’appuyant sur les données d’enquêtes auprès des ménages, le rapport révèle que les envois ont entraîné une diminution des niveaux de pauvreté dans les pays à faible revenu, selon M. Ratha.

 

« L’analyse montre que les envois de fonds peuvent avoir réduit la pauvreté d’environ 11 points de pourcentage au Lesotho, de 5 points au Ghana et de 6 points au Bangladesh », précise‑t‑il.

 

Progression des migrations

 

Selon le rapport, un surcroît d’émigration de main-d’œuvre peu qualifiée des pays en développement vers les pays industrialisés pourrait « contribuer d’une manière significative » à la réduction de la pauvreté.

 

Une augmentation du nombre des migrants venant gonfler les effectifs de la population active dans les pays à revenu élevé de 3 % d’ici 2025 pourrait faire progresser le revenu réel mondial de 0,6 %, soit 356 milliards de dollars, explique le rapport.

 

Cela, ajoute-t-il, procurerait de gros bénéfices aux pays en développement — des bénéfices d’un ordre de grandeur comparable aux avantages pouvant découler de la réforme globale du commerce des marchandises.

 

Les auteurs du rapport estiment que l’approche la plus faisable pour accroître cette émigration prendrait la forme de programmes de migration organisée entre les pays en développement et développés, programmes conjuguant un accès temporaire pour les travailleurs peu qualifiés et des mesures d’incitation au retour dans les pays d’origine.

 

« Les programmes de migration organisée prévoyant l’octroi de visas de travail temporaire à des migrants peu qualifiés dans les pays industrialisés pourraient aider à remédier aux problèmes liés à une forte population de migrants en situation irrégulière, et permettre un mouvement accru de main-d’œuvre temporaire », explique Uri Dadush, directeur du groupe Perspectives de développement responsable de cette publication.

 

« Cela contribuerait à réduire de manière significative la pauvreté dans les pays d’origine des migrants, parmi les migrants eux-mêmes, leurs familles et, à mesure que les envois de fonds augmentent, dans l’ensemble de la communauté. »

 

Le rapport indique que les programmes de migration temporaire présentent plusieurs avantages, y compris un relâchement des tensions sociales, du fait de limiter l’installation définitive des migrants de même que les charges qui pourraient s’exercer sur les deniers publics à partir du moment où un emploi leur est garanti.

 

Il préconise par ailleurs des stratégies pour aider certains pays à éviter le problème de la fuite des cerveaux — le départ en masse de personnels hautement qualifiés vers les pays à revenu élevé.

 

Les pays seront mieux à même de retenir cette main-d’œuvre essentielle en améliorant les conditions de travail dans les emplois publics et en investissant dans la recherche et le développement, fait-il valoir. Et pour encourager les émigrants qualifiés à revenir, ils devraient identifier des possibilités d’emplois pour eux, permettre la double nationalité et aider à faire en sorte que les prestations sociales soient transférables.

 

Réduction des coûts

 

Au vu des montants considérables que l’ensemble des travailleurs migrants rapatrient dans les pays en développement, le rapport préconise une réduction des coûts associés à ces transferts. Dans bien des cas, les prestataires de services perçoivent jusqu’à 10 ou 15 % de commissions pour les petits envois de fonds qu’effectuent typiquement les migrants sur leurs faibles revenus.

 

« Ces fortes commissions représentent une ponction non négligeable sur l’épargne des migrants et également sur les fonds qui sont destinés à une population essentiellement pauvre », fait observer M. Ratha.

 

« Réduire les coûts des envois de fonds peut accroître l’épargne des migrants et aboutir à des apports accrus pour les pays en développement, c’est-à-dire pour les pauvres. »

 

Le rapport fait valoir que cela permettra en outre de réduire le nombre de personnes qui utilisent les circuits non officiels pour envoyer de l’argent chez elles, et estime que ce serait là une approche plus efficace que d’essayer de réglementer ces services soi-disant informels.

 

Tout en admettant la nécessité de réglementations pour combattre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme, ses auteurs estiment qu’il faut procéder, dans ce domaine, d’une manière qui n’aille pas à l’encontre de l’objectif consistant à réduire les coûts des envois de fonds.

 

Ils s’opposent en outre aux efforts visant à taxer ces envois, conseillant plutôt aux responsables de traiter ceux-ci comme d’autres revenus privés.

 

« Les envois de fonds sont des revenus durement gagnés qui, dans la plupart des cas, ont déjà été imposés », fait observer M. Bourguignon. « Ils ne doivent pas être taxés à nouveau, et les administrations ne doivent pas essayer de les comptabiliser comme une aide au développement. »

 




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