Info-presse en ligne
Ressources pour les journalistes accrédités
AccÚs membres / Devenir membre

Un réparateur de tuk-tuk redonne un sens à sa vie et à toute une communauté frappée par le sort

Disponible en: Ű§Ù„ŰčŰ±ŰšÙŠŰ©, English, руссĐșĐžĐč, äž­æ–‡, Español
ressources french big
Articles complémentaires
Article: Un réparateur de tuk-tuk redonne un sens à sa vie et à toute une communauté frappée par le sort.
Article: Un prĂȘtre de Bouddhiste offre refuge aux victimes du tsunami
Site sur la reconstruction aprĂšs le Tsunami
L’un des mots d’ordre de l’effort de reconstruction Ă  la suite des dĂ©gĂąts causĂ©s l’annĂ©e derniĂšre par le tsunami a Ă©tĂ© de travailler en consultation avec les communautĂ©s.

 

C’est pour aider Ă  engager ce processus dans les rĂ©gions touchĂ©es du sud et de l’est de Sri Lanka quela Banque mondiale a accordĂ©, au dĂ©but de cette annĂ©e, un don de 5 000 dollars Ă  l'une des principales organisations non gouvernementales de ce pays, Lanka Jathika Sarvodaya Shramadana Sangamaya. L’organisation a depuis publiĂ© un rapport intitulĂ© « Post-Tsunami Voice of the Community Leaders ».

 

Cet article brosse un portrait de l’un des responsables communautaires ayant contribuĂ© Ă  cet ouvrage : K. G. Nadeeka Dilan, un rĂ©parateur de vĂ©hicules Ă  trois roues vivant Ă  Galle, qui a vu son existence bouleversĂ©e par le tsunami. 

 

 

« Ce jour-lĂ , j’ai su pour la premiĂšre fois ce que c’était d’avoir peur. » VoilĂ  comment K. G. Nadeeka Dilan, rĂ©parateur de ces vĂ©hicules Ă  trois roues appelĂ©s tuk-tuk, se rappelle le 26 dĂ©cembre, le jour oĂč le tsunami a frappĂ©. 

 

Au large de Galle, la ville oĂč vit Dilan, dans la Province du Sud de Sri Lanka, les eaux de la baie de Devata sont bleues et calmes. On a du mal Ă  imaginer aujourd’hui le mur d’eau de 6 mĂštres de haut qui a emportĂ© Dilan et causĂ© la mort de sa fille et de 13 autres membres de sa famille.

 

« En l’espace de quelques minutes, ma fille adorĂ©e, la maison dont j’étais si fier pour l’avoir construite et meublĂ©e moi-mĂȘme, mon atelier 
 totalement dĂ©vastĂ©s », raconte Dilan.

 

NadeekaDilan

Mr. Nadeeka Dilan, réparateur de tuk tuk, à Davata, Galle.

Photographe: Dominic Sansoni

Mais l’histoire de Dilan est celle d’un homme qui a fait courageusement face Ă  l’adversitĂ© pour prendre en charge la coordination des abris temporaires de sa communautĂ© et aider celle-ci, sous sa direction, Ă  surmonter la crise.

 

Dilan vivait avec sa famille Ă©largie dans un quartier dominant la baie, sur un terrain ayant jadis appartenu Ă  la compagnie nationale de chemins de fer de Ceylan. Son beau‑pĂšre en Ă©tait devenu propriĂ©taire avoir l’avoir occupĂ© pendant longtemps comme locataire.

 

Aujourd’hui, il vit plus en retrait de la cĂŽte, plus prĂšs de la grande route. Son atelier de rĂ©paration a rouvert — dans une cabane rectangulaire recouverte de tĂŽles ondulĂ©es. L’atelier donne accĂšs Ă  deux piĂšces d’habitation minuscules. L’une contient un petit lit entourĂ© de cartons contenant les effets personnels que Dilan a pu rĂ©cupĂ©rer ; l’autre, un petit tĂ©lĂ©viseur, sur lequel trĂŽne une photo en noir et blanc de la fille qu’il a perdue.

 

Le jour du tsunami, Dilan a tout juste eu le temps d’apercevoir la vague monstrueuse. « Comme la grande muraille de Chine, aussi haute que le poteau Ă©lectrique sur la grande route », dit-il.

 

Il se rappelle seulement avoir pris sa fille par la main et essayĂ© de courir. Les trombes d’eau les ont sĂ©parĂ©s. Incapable de voir quoi que ce soit dans le torrent d’eau et de boue, il a Ă©tĂ© entraĂźnĂ© sur 800 mĂštres vers l’intĂ©rieur des terres. Lorsque la mer s’est retirĂ©e, il Ă©tait coincĂ© dans un arbre.

 

Dilan montre les deux cocotiers contre lesquels il a retrouvĂ© le corps sans vie de sa petite fille, couverte de boue. « Sa peau Ă©tait froide. J’ai dĂ» la dĂ©gager de la boue pour pouvoir commencer la respiration artificielle. J’ai tout fait pour essayer de la ranimer, appuyĂ© sur sa poitrine, frottĂ© ses mains et ses pieds. Je dĂ©bordais de colĂšre contre l’ocĂ©an : ma belle-mĂšre, l’enfant de cinq ans de ma sƓur, tous perdus. »

 

Bullet - blue Voir le Rapport de Sarvodaya (a)

Le rapport intitulĂ© « Post-Tsunami Voice of the Community Leaders » explique les incidences que l’action des autoritĂ©s, des organismes d’aide et des bĂ©nĂ©ficiaires de l’aide a eues sur la situation dans les rĂ©gions de l’est et du sud de Sri Lanka Ă  la suite du tsunami. Il attire notamment l’attention sur la façon dont a Ă©tĂ© imposĂ©e la rĂšgle de zone tampon de 100/200 mĂštres — l’établissement d’une bande sur laquelle l’effort de reconstruction post-tsunami a interdiction d’empiĂ©ter —, et l’impact que cette dĂ©cision a eu sur l’existence des habitants. Il apporte en outre un dĂ©but de rĂ©ponse au problĂšme de la rĂ©duction du niveau de dĂ©veloppement Ă©conomique dans les zones touchĂ©es par le tsunami, et examine Ă©galement la façon dont a Ă©voluĂ© le systĂšme de valeurs des communautĂ©s concernĂ©es, ainsi que la question des responsabilitĂ©s. L’étude sur laquelle il repose s’est achevĂ©e en aoĂ»t 2005. Depuis cette date, les autoritĂ©s de Sri Lanka ont assoupli la rĂšgle des 100/200 mĂštres : dĂ©sormais, la zone tampon sera constituĂ©e par une bande de 25 Ă  55 mĂštres dans les districts du sud, et de 50 à 100 mĂštres dans ceux du nord-est.

Tout autour de lui, le sol Ă©tait jonchĂ© de cadavres — tous membres de sa famille ou amis proches. Avec le recul des eaux, les survivants ont Ă©mergĂ©, hurlant et pleurant de douleur. Beaucoup Ă©taient nus, leurs vĂȘtements arrachĂ©s par le courant. « J’ai fait tout ce que j’ai pu pour les aider », raconte Dilan. « J’ai trouvĂ© n’importe quel matĂ©riau pour les aider Ă  se couvrir, j’ai retirĂ© 48 corps de la boue. Aider les gens a calmĂ© ma douleur. »

 

Souvenir marquant pour quelqu’un qui venait de perdre un ĂȘtre cher mais a aussitĂŽt cherchĂ© Ă  aider les autres. Heureusement, son fils et sa femme Ă©taient en vie. Le garçon s’était enfui devant lui et avait trouvĂ© refuge sur une tour d’une usine de ciment proche. Sa femme s’était trouvĂ©e en sĂ©curitĂ© dans la fabrique de vĂȘtements oĂč elle travaillait.

 

Au milieu du chaos qui a succĂ©dĂ© au tsunami pour les premiers secours aux survivants et la recherche des corps, Dilan et tous les membres de sa famille Ă©largie se sont regroupĂ©s auprĂšs d’un temple des environs — 18 familles au total. Lui et les siens avaient tout perdu ; ils n’avaient plus de logement, plus d’argent, plus rien.

 

Dilan a obtenu de l’aide de l’usine de ciment : un Ă©norme bulldozer pour dĂ©gager les gravats et ouvrir un espace pour des tentes. À mesure que le camp de fortune prenait forme, de plus en plus de familles sont venues y chercher refuge — 63 au total.

 

« Il n’y a pas eu de problĂšmes de race ou de caste dans le camp, et aucun viol », raconte aujourd’hui Dilan. « On avait 14 familles de musulmans, 5 de chrĂ©tiens et le reste, des cingalais. » À l’unanimitĂ©, les familles l’ont nommĂ© coordinateur du camp. Il a alors constituĂ© un petit comitĂ© avec deux femmes, pensant qu’elles seraient les mieux Ă  mĂȘme de rĂ©pondre aux besoins de la population fĂ©minine du camp.

 

Nadeeka-Sri-Lanka

Dilan a perdu sa fille, Nadeeshika Madushantha,  lors du tsunami. Photographe: Dominic Sansoni

Dilan Ă©tait avantagĂ© par un talent naturel de communicateur et par le fait d’ĂȘtre catholique et d’avoir des relations bien Ă©tablies avec le curĂ© de la paroisse et les milieux d’affaires locaux. Il s’est mis Ă  consulter les membres de ce qui Ă©tait Ă  prĂ©sent une famille encore plus large, pour savoir quels Ă©taient leurs besoins. C’est lui qui a rempli les documents voulus pour leur inscription en vue de recevoir une aide communautaire, et qui a assurĂ© la coordination de l’aide avec les autoritĂ©s locales et les organisations non gouvernementales.

 

« Je me suis fait tabasser par quelqu’un qui estimait que je n’exigeais pas assez des ONG », raconte Dilan. Mais il ne s’est pas laissĂ© influencer. Il a suivi sa propre idĂ©e et s’est assurĂ© que l’aide Ă©tait rĂ©partie de maniĂšre Ă©quitable et que personne n’abusait de la situation.

 

« Ce sont les gens de ma communautĂ©, et j’ai essayĂ© de faire ce qui Ă©tait le mieux pour eux. Je ne me suis pas contentĂ© de demander tout et n’importe quoi ; ce que j’ai reçu correspondait aux besoins des uns et des autres. »

 

La liste des bĂ©nĂ©ficiaires Ă©tait longue. Quinze machines Ă  coudre ont Ă©tĂ© donnĂ©es aux personnes en mesure de gagner leur vie en faisant de la couture. Les vendeurs de lĂ©gumes et de poissons ont reçu des balances, des vĂ©los et autres outils de travail, ainsi qu’un capital initial de 10 000 roupies (l’équivalent de 100 dollars) pour monter leur affaire. Le briquetier a obtenu des outils Ă©lectriques et dix sacs de ciment. Quant Ă  celui qui avait vĂ©cu du dĂ©marchage de tissus d’habillement, il a reçu 25 000 roupies (l’équivalent de 250 dollars) pour pouvoir acheter son stock de dĂ©part et reprendre son activitĂ©.

 

Aujourd’hui, il n’y a plus que dix familles dans le camp. Quelques-unes sont des familles musulmanes qui ont refusĂ© d’ĂȘtre relogĂ©es dans un endroit oĂč il n’y a pas de mosquĂ©e. D’autres ont estimĂ© que les habitations construites Ă  leur intention allaient porter malheur, les plans ne respectant pas la tradition pour le placement des poutres et des portes.

 

Comme beaucoup d’autres, Dilan a reçu des propositions d’emploi de la multitude d’ONG prĂ©sentes Ă  Sri Lanka Ă  la suite du tsunami. Mais mĂȘme l’offre assortie d’une voiture pour son usage personnel n’a pas suffi Ă  le convaincre. « Mon activitĂ© professionnelle, c’est le garage, et je veux le dĂ©velopper », dit-il en Ă©mergeant d’en dessous du trois-roues rouge qu’il est en train de rĂ©parer. « J’ai mes outils de base, mais une fois que j’aurai un compresseur et quelques autres choses, je pourrai employer deux personnes de plus. »

 

Sa fille est perdue Ă  jamais, mais Dilan envisage l’adoption d’un enfant orphelin comme un moyen d’aller de l’avant. Son visage s’éclaire d’un large sourire au moment oĂč il nous dit au revoir.

 

 




Permanent URL for this page: http://go.worldbank.org/ARABZJXJ30