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Un prĂȘtre bouddhiste offre refuge aux victimes du tsunami

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L’un des mots d’ordre de l’effort de reconstruction Ă  la suite des dĂ©gĂąts causĂ©s l’annĂ©e derniĂšre par le tsunami a Ă©tĂ© de travailler en consultation avec les communautĂ©s.

 

C’est pour aider Ă  engager ce processus dans les rĂ©gions touchĂ©es du sud et de l’est de Sri Lanka que la Banque mondiale a accordĂ©, au dĂ©but de cette annĂ©e, un don de 5 000 dollars Ă  l'une des principales organisations non gouvernementales de ce pays, Lanka Jathika Sarvodaya Shramadana Sangamaya. L’organisation a depuis publiĂ© un rapport intitulĂ© « Post-Tsunami Voice of the Community Leaders ».

 

Cet article brosse un portrait de l’un des responsables communautaires ayant contribuĂ© Ă  cet ouvrage : Rakava Assaji Thero, prĂȘtre bouddhiste de Maha Viharaya Ahangama, principal temple d’Ahangama, dans le sud de Sri Lanka.

 

 

D’une voix pleine de cette discrĂšte humilitĂ© Ă  laquelle doivent aspirer les bouddhistes, le rĂ©vĂ©rend Rakava Assaji Thero, grand prĂȘtre du principal temple d’Ahangama, dans le sud de Sri Lanka, dĂ©clare simplement : « On a fait ce qu’on pouvait. »

 

 

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Mr. Rakava Assaji Thero, dans son temple, Maha Vihara, Ahangama
Photographe: Dominic Sansoni

Ce qu’il pouvait faire et a fait va en rĂ©alitĂ© bien au-delĂ  de l’hĂ©bergement et de la nourriture qu’il a fournis Ă  plus de 1 000 survivants du tsunami, jour aprĂšs jour durant plus d’un mois. Il les a aussi guidĂ©s et orientĂ©s, dispensant une assistance pleine de sollicitude et combinĂ©e Ă  une gestion judicieuse du camp que son temple Ă©tait devenu.

 

Dans beaucoup de localitĂ©s du littoral touchĂ©es par le tsunami, les populations ont cherchĂ© refuge dans les temples bouddhistes et hindous, les mosquĂ©es et les Ă©glises. Les responsables religieux ont souvent Ă©tĂ© les premiers sur place Ă  prĂȘter secours. À Ahangama comme ailleurs, les habitants ont affluĂ© dans le temple, encore sous le choc de l’incroyable tragĂ©die qui s’était abattue sur eux sous le ciel bleu de cette journĂ©e a priori ordinaire.

 

Par tradition, les temples bouddhistes et hindous ont l’habitude d’accueillir des foules entiĂšres, mais fournir abri et nourriture, assurer la distribution de l’aide de maniĂšre Ă©quitable et maintenir ordre et discipline au sein d’une aussi vaste population Ă©tait un dĂ©fi d’une ampleur inhabituelle.

 

« La douleur causĂ©e par la perte d’enfants et de mĂšres Ă©tait incommensurable », observe le rĂ©vĂ©rend. Les Sri Lankais attachent beaucoup d’importance aux rites funĂ©raires, souvent considĂ©rĂ©s comme un Ă©lĂ©ment essentiel pour surmonter la douleur. AprĂšs avoir Ă©tĂ© regroupĂ©s dans la grande salle du temple transformĂ©e en chapelle ardente, et une fois tous les rites accomplis, les corps ont Ă©tĂ© inhumĂ©s dans les parcelles familiales.

 

« Quand les gens ont commencĂ© Ă  affluer, je n’avais que trois sacs de lait en poudre qui avaient Ă©tĂ© mis de cĂŽtĂ© pour les plus jeunes de nos apprentis moines », raconte le rĂ©vĂ©rend. Rien que le premier jour, il lui en a coĂ»tĂ© 13 000 roupies (l’équivalent de 130 dollars) pour assurer le ravitaillement. Les enseignants de l’école rattachĂ©e au temple ont prĂ©parĂ© le dĂ©jeuner et le dĂźner, Ă  base de riz accompagnĂ© de poisson au curry et de trois sortes de lĂ©gumes.

 

« On voyait les gens traumatisĂ©s Ă  un tel point qu’on a fait tout ce qu’on pouvait pour les aider Ă  se calmer. Les enfants Ă©taient trĂšs appeurĂ©s. On ne les a mĂȘme pas laissĂ©s laver leur vaisselle. Moi aussi, j’ai fait la vaisselle. »

 

Il n’y avait pas d’électricitĂ© ou de tĂ©lĂ©phones en Ă©tat de fonctionner. À la nuit tombĂ©e, tout le monde travaillait Ă  la lueur de chandelles et de lampes Ă  pĂ©trole. Mais l’hygiĂšne a Ă©tĂ© maintenue en permanence et l’enlĂšvement des ordures rigoureusement assurĂ©, si bien que personne n’est tombĂ© malade. Des paillasses ont Ă©tĂ© rajoutĂ©es aux 75 dont disposait le temple, et le coucher s’est organisĂ© Ă  ciel ouvert sur la terrasse, le temps sec de cette fin de dĂ©cembre le permettant. Des spirales insectifuges ont Ă©tĂ© allumĂ©es pour chasser les moustiques et donner ainsi aux survivants une nuit de repos bien mĂ©ritĂ©e.

 

Bullet - blue Voir le Rapport de Sarvodaya (a)

Le rapport intitulĂ© « Post-Tsunami Voice of the Community Leaders » explique les incidences que l’action des autoritĂ©s, des organismes d’aide et des bĂ©nĂ©ficiaires de l’aide a eues sur la situation dans les rĂ©gions de l’est et du sud de Sri Lanka Ă  la suite du tsunami. Il attire notamment l’attention sur la façon dont a Ă©tĂ© imposĂ©e la rĂšgle de zone tampon de 100/200 mĂštres — l’établissement d’une bande sur laquelle l’effort de reconstruction post-tsunami a interdiction d’empiĂ©ter —, et l’impact que cette dĂ©cision a eu sur l’existence des habitants. Il apporte en outre un dĂ©but de rĂ©ponse au problĂšme de la rĂ©duction du niveau de dĂ©veloppement Ă©conomique dans les zones touchĂ©es par le tsunami, et examine Ă©galement la façon dont a Ă©voluĂ© le systĂšme de valeurs des communautĂ©s concernĂ©es, ainsi que la question des responsabilitĂ©s. L’étude sur laquelle il repose s’est achevĂ©e en aoĂ»t 2005. Depuis cette date, les autoritĂ©s de Sri Lanka ont assoupli la rĂšgle des 100/200 mĂštres : dĂ©sormais, la zone tampon sera constituĂ©e par une bande de 25 Ă  55 mĂštres dans les districts du sud, et de 50 à 100 mĂštres dans ceux du nord-est.

Le lendemain, de la nourriture a commencĂ© Ă  arriver par camions entiers, les Sri-lankais ayant rĂ©agi dans un grand Ă©lan de gĂ©nĂ©rositĂ© pour fournir riz, lĂ©gumes, noix de coco et autres produits de premiĂšre nĂ©cessitĂ©. Tout ce qui Ă©tait reçu comme aide Ă©tait inscrit sur un grand tableau et redistribuĂ© au vu et au su de tous sous la supervision du grand prĂȘtre. Celui-ci n’a pas oubliĂ© pour autant les plus pauvres du village : sur les victuailles qui affluaient, un kilo de riz et un sac de lait en poudre ont Ă©tĂ© remis Ă  chaque villageois.

 

Le temple n’a pas reçu d’aide internationale mais il a bĂ©nĂ©ficiĂ© de 1 000 dollars envoyĂ©s par un mĂ©decin sri-lankais basĂ© aux États-Unis pour les enfants dĂ©munis. Le rĂ©vĂ©rend Assaji montre les registres soigneusement tenus Ă  jour et toutes les lettres de remerciement que les enfants ont Ă©crites pour le mĂ©decin. « J’ai achetĂ© des chaussures, des stylos et des boĂźtes de fournitures pour les mathĂ©matiques dont il y avait besoin pour faire reprendre l’école aux enfants, et j’ai aussi pu fournir, sur cet argent, une aide financiĂšre pour un enfant qui devait ĂȘtre opĂ©rĂ© du cƓur. »

 

Aux survivants qui retournaient dans leurs quartiers pour participer aux travaux de déblaiement, le temple a fourni des plats de riz et de curry à emporter. Tous les soirs, chacun revenait chercher refuge dans le temple.

 

« Pour la premiĂšre fois de ma vie, j’ai appris ce que “Dhuka” (souffrir) veut dire », confie une femme aisĂ©e, venue d’un village oĂč elle a tout perdu.

 

Comprendre la souffrance et ses origines, de mĂȘme que le caractĂšre Ă©phĂ©mĂšre des possessions de ce bas monde, est un aspect fondamental de l’enseignement bouddhiste. Dans cette religion, le rĂŽle des prĂȘtres est de guider les laĂŻcs pour leur apprendre Ă  s’affranchir de cette souffrance. Selon les paroles de Bouddha : « Nous sommes ce que nous pensons, et tout ce que nous sommes s’élĂšve de nos pensĂ©es. Avec nos pensĂ©es, nous crĂ©ons le monde. » Le rĂ©vĂ©rend Assaji a offert dans son temple un hĂąvre de paix et d’harmonie, et nombreux sont ceux qui y ont trouvĂ© refuge et rĂ©confort.

 

 




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