Le long de la cĂŽte orientale de lâInde, le processus de reconstruction est clairement Ă©vident. Et comme sâen est rendu compte Vinita Ranade de la reprĂ©sentation de la Banque en Inde, tout  donne aussi Ă penser que les populations recommencent Ă gagner leur vie, en reprenant leurs activitĂ©s de pĂȘche en mer ou en trouvant de nouvelles façons de se faire de lâargent.  12 dĂ©cembre 2005 - Dans le district de Cuddalore au Tamil Nadu, on ne peut sous-estimer lâimportance de la pĂȘche.La pĂȘche a toujours Ă©tĂ© lâactivitĂ© principale des communautĂ©s le long de la cĂŽte orientale de lâInde.  Comme le souligne un responsable du Gouvernement indien, « pour chaque pĂȘcheur qui va Ă la pĂȘche, on compte au moins six personnes â manĆuvres, commerçants, fabricants de glace, pousseurs de rickshaw et camionneurs â qui dĂ©pendent de sa prise pour gagner leur vie ».  M. S. Shanmugam, un agent du service des recettes publiques de Cuddalore chargĂ© de superviser les activitĂ©s de secours et de rĂ©habilitation dans le district, explique quâun si grand nombre dâautres emplois Ă©tant tributaires de la pĂȘche, il Ă©tait dâautant plus urgent de relancer la chaĂźne de lâactivitĂ© Ă©conomique dans les communautĂ©s des pĂȘcheurs.  « Il Ă©tait essentiel de rĂ©tablir rapidement les moyens de subsistance », prĂ©cise Shanmugam. « Nous devions prendre des mesures pour que les pĂȘcheurs repartent en mer le plus rapidement possible ».  Une tĂąche difficile  Mais Ă©tant donnĂ© lâampleur de la catastrophe â avec quelque un million de mĂ©nages touchĂ©s directement ou indirectement par le tsunami de dĂ©cembre dernier â relancer la chaĂźne de lâactivitĂ© Ă©conomique Ă©tait difficile, surtout au Tamil Nadu et Ă Pondicherry, oĂč lâannihilation soudaine de la flotte de pĂȘche avait paralysĂ© lâĂ©conomie locale.  Comme le signale Shyamal Sarkar, chef de projet de la Banque mondiale pour le Programme de reconstruction post-tsunami financĂ© par plusieurs organismes, « la reconstruction de ces actifs incorporels â tout un Ă©ventail de liens sociaux et Ă©conomiques â est peut-ĂȘtre plus importante encore que la reconstruction physique ».   |  |  | | Les champs agricoles en Inde sont de nouveaux fertiles |
|  | PrĂšs dâun an aprĂšs le tsunami, non seulement la pĂȘche a repris, mais le processus de reconstruction a redonnĂ© vie Ă la rĂ©gion, les constructeurs dâembarcations, les briqueteurs, les charpentiers et les maçons â dont bon nombre viennent dâĂtats Ă©loignĂ©s  â sâĂ©tant remis Ă couper du bois, Ă planter des clous et Ă poser des briques.   Les quais dâarrivage de poisson grouillent dĂ©sormais dâactivitĂ©. Les marchĂ©s de poisson des villages sont animĂ©s. Au centre provisoire dâarrivage de poisson dâAkraipettai Ă Nagapattinam, les bateaux fraĂźchement rentrĂ©s avec la prise du matin dĂ©versent leur abondante cargaison de poissons. Le tableau est pittoresque : les manĆuvres dĂ©barquent bruyamment le poisson, tandis que de petits groupes de femmes marchandent le prix des paniers de crabes et de sardines quâelles iront vendre au marchĂ© du village. Dans tout ce climat de chaos et de confusion entourant les transactions, le poisson est nettoyĂ©, les prises sont pesĂ©es, et les fourgonnettes sont prĂȘtes Ă transporter la pĂȘche du jour vers des marchĂ©s plus Ă©loignĂ©s.  Dans les abris temporaires de Nagapattinam oĂč abondent les rĂ©cits de souffrance humaine, il se manifeste aujourdâhui un sentiment de changement et dâespoir. Les enfants ont repris les classes. Les jeunes filles et les femmes, y compris nombre de veuves, bĂ©nĂ©ficient dâune formation leur permettant dâacquĂ©rir une nouvelle gamme de compĂ©tences, allant de la couture Ă la confection de bougies en passant par la restauration et la fabrication du papier.   |  |  | | Des femmes au marchĂ© de poissons |
|  | De nouvelles entreprises  Les femmes ont Ă©tĂ© organisĂ©es en groupes dâentraide, dans lesquels elles apprennent Ă gagner de lâargent en sĂ©chant le poisson au moyen de lâĂ©nergie solaire, Ă confectionner des sacs destinĂ©s Ă lâexportation, ou Ă tisser des guirlandes de fleurs de jasmin. Elles obtiennent de lâaide sous forme de prĂȘts bancaires pour lancer ces nouvelles entreprises. On constate dĂ©jĂ que plus de 90 % des prĂȘts accordĂ©s Ă ces groupes ont Ă©tĂ© remboursĂ©s. Les groupes ont par ailleurs inaugurĂ© la pratique de lâĂ©pargne dans une communautĂ© qui a de tout temps vĂ©cu au jour le jour.  Il se prĂ©pare une rĂ©volution sociale dont lâobjectif est de bĂątir lâavenir. Une nouvelle gĂ©nĂ©ration de jeunes, essentiellement des enfants de pĂȘcheurs analphabĂštes, sont en passe dâacquĂ©rir les compĂ©tences en informatique qui leur permettront de prendre leur place au sein de la population active de demain. Ils le font au centre dâinformatique du village Ă Cuddalore, créé avec lâaide dâune organisation non gouvernementale.  Ce centre diffuse en outre le dernier bulletin mĂ©tĂ©orologique cinq fois par jour, en fournissant des renseignements sur la hauteur prĂ©vue des vagues. Dâaucuns sont dâavis que grĂące Ă ce service, les familles des pĂȘcheurs peuvent dormir en paix. Le centre vise Ă initier bientĂŽt les pĂȘcheurs Ă la gestion Ă©lectronique, et il a lâambition de lancer la tĂ©lĂ©mĂ©decine dans un avenir pas trop lointain.  La rĂ©cupĂ©ration des terres agricoles a Ă©tĂ© rapide, les pluies abondantes dâavril ayant balayĂ© le sel dĂ©posĂ© par les vagues, et les terrains situĂ©s le long du delta Ă©tant aujourdâhui couverts de riziĂšres vertes.  « MĂȘme si personne nâaurait souhaitĂ© que cette tragĂ©die se produise, elle nous offre lâoccasion dâamĂ©liorer la vie des populations », dĂ©clare Shanmugam.  à prĂ©sent que les populations recommencent Ă gagner leur vie, on sâattache plus particuliĂšrement Ă amĂ©liorer les infrastructures de pĂȘche endommagĂ©es. La planification prĂ©voit lâamĂ©lioration des centres dâarrivage de poisson, des plates-formes de sĂ©chage et des centres de vente Ă la criĂ©e, ainsi que le dragage des embouchures de riviĂšres pour enlever la vase dĂ©posĂ©e par les vagues.  De plus grands travaux dâinfrastructure, qui seront appuyĂ©s par la Banque mondiale, sont Ă©galement en cours de planification. Il sâagit notamment de la reconstruction et de la modernisation de cinq ports de pĂȘche.   |  |  | | Des pĂȘcheurs rĂ©parent leurs filets |
|  | Trop dâembarcations, trop peu de poisson  Une incertitude plane cependant sur lâavenir de la pĂȘche dans la rĂ©gion. MĂȘme avant le tsunami, les prises Ă©taient en baisse. AprĂšs la catastrophe, la rĂ©gion sâest retrouvĂ©e avec un nombre de bateaux plus Ă©levĂ© que jamais, grĂące Ă lâaide fournie par des organisations non gouvernementales.  En vue dâamĂ©liorer lâactivitĂ© de pĂȘche, les bateaux ont Ă©tĂ© modernisĂ©s et nombre de catamarans en bois ou de bateaux traditionnels ont Ă©tĂ© remplacĂ©s par des embarcations en plastique renforcĂ© munies de moteurs hors-bord. Pendant que les pĂȘcheurs se plaignent de ce que les prises sont plus maigres, les experts craignent dĂ©sormais que le trop grand nombre de bateaux ne nuise probablement Ă la viabilitĂ© Ă long terme de la pĂȘche dans la rĂ©gion et ne dĂ©bouche peut-ĂȘtre sur un conflit entre les bateaux en mer.  DĂ©jĂ , certains propriĂ©taires de bateaux mĂ©caniques sont disposĂ©s Ă abandonner la pĂȘche en mer et Ă se tourner vers dâautres activitĂ©s, sâils sont autorisĂ©s Ă se servir des ressources des programmes dâaide financiĂšre destinĂ©e Ă la prĂ©paration et au remplacement des bateaux pour lancer de nouvelles activitĂ©s Ă©conomiques.  Afin de mieux comprendre les implications Ă long terme de ce problĂšme et proposer des solutions possibles, la Banque mondiale a dĂ©gagĂ© une enveloppe de 2,5 millions de dollars pour financer Ă titre gracieux des Ă©tudes sur lâavenir de la pĂȘche dans la rĂ©gion.  Dâautres Ă©tudes porteront sur un plan intĂ©grĂ© de gestion de la zone littorale avec la participation de la population locale, visant Ă assurer la protection et lâutilisation judicieuse des ressources cĂŽtiĂšres, et Ă dresser le profil de vulnĂ©rabilitĂ© de la cĂŽte.  « Lâimportant, câest lâhĂ©ritage Ă long terme que nous laissons », souligne Sarkar.  Le programme de reconstruction sâattache en outre Ă aider les pĂȘcheurs Ă complĂ©ter leur revenu en crĂ©ant des microentreprises, telles que les exploitations laitiĂšres, avicoles, fruitiĂšres et florales.  « Je doute quâil se prĂ©sente Ă nouveau, dans ma carriĂšre, une telle occasion dâentreprendre tant de travaux de dĂ©veloppement sur le terrain », souligne Nirmal Raj, lâhomologue de Shanmugam dans le district voisin de Kancheepuram, lâun des               13 touchĂ©s au Tamil Nadu. « Si tout va bien, ajoute-t-il avec enthousiasme, ces rĂ©gions seront mĂ©connaissables lâan prochain ».  |