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Atjeh, Indonésie : La Banque fait le point


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RĂ©flexions du directeur des opĂ©rations de la Banque pour l’IndonĂ©sie, Andrew Steer, Ă  propos des 12 derniers mois

 

Le 22 dĂ©cembre 2005 - C’est dans le vol reliant Jakarta et Banda Atjeh, oĂč je me rends pour la dix-septiĂšme fois cette annĂ©e, que je rĂ©dige ces quelques remarques.

 

Durant les journĂ©es effroyables qui se sont Ă©coulĂ©es entre NoĂ«l 2004 et la nouvelle annĂ©e, alors que chaque jour rĂ©vĂ©lait davantage l’horreur et l’étendue du dĂ©sastre, aucun de nous n’a compris Ă  quel point cette tragĂ©die changerait nos vies en 2005.

 

La catastrophe Ă©tait manifestement d’une ampleur sans prĂ©cĂ©dent, mĂȘme pour ceux d’entre nous qui avaient dĂ©jĂ  participĂ© aux efforts de reconstruction faisant suite Ă  d’autres dĂ©sastres. Le bilan Ă©tait lourd : 167 000 personnes tuĂ©es ou portĂ©es disparues sur une bande de 800 kilomĂštres le long du   littoral, oĂč il ne restait plus trace d’aucun Ă©difice et d’oĂč tout signe de vie avait disparu. Le travail de reconstruction Ă  entreprendre semblait gigantesque, et il l’était effectivement.

 

La rĂ©action a Ă©tĂ© Ă©galement sans prĂ©cĂ©dent. Jamais dans l’histoire un aussi grand nombre d’individus, d’entreprises et de pays n’a fait preuve d’une telle solidaritĂ© face Ă  une catastrophe. Il apparaĂźt maintenant qu’un montant total d’environ 9 milliards de dollars sera disponible pour reconstruire Atjeh et Nias, ces ressources provenant approximativement pour un tiers d’organisations non gouvernementales (ONG) et du secteur privĂ©, pour un tiers des bailleurs de fonds internationaux et pour un tiers de l’État indonĂ©sien. Jamais auparavant des acteurs non gouvernementaux n’avaient contribuĂ© de maniĂšre aussi dĂ©cisive Ă  un programme de reconstruction Ă  long terme. Douze mois plus tard, 124 ONG internationales et 430 ONG locales travaillent aux cĂŽtĂ©s de dizaines de donateurs et d’institutions des Nations Unies participant au plus vaste programme de reconstruction au monde.

 

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ScÚnes de dévastation à Banda Atjeh aprÚs le tsunami de décembre 2004.

Le PrĂ©sident Bill Clinton, envoyĂ© spĂ©cial des Nations Unies sur les lieux du tsunami, et Paul Wolfowitz, PrĂ©sident de la Banque mondiale, ont tous deux relevĂ© que l’ampleur et la spontanĂ©itĂ© de la rĂ©action Ă  la catastrophe nous imposent Ă  tous de monter au crĂ©neau. Si les fonds sont employĂ©s efficacement et aident les populations touchĂ©es Ă  retrouver rapidement des conditions de vie normales et leurs moyens de subsistance, alors ce type de rĂ©action pourrait servir de modĂšle pour faire face Ă  de futurs dĂ©sastres. Mais si les efforts de reconstruction sont perçus comme inefficaces ou entravĂ©s par les lourdeurs administratives, alors le cynisme l’emportera, et il faudra peut-ĂȘtre attendre des dĂ©cennies avant de voir un tel Ă©lan de gĂ©nĂ©rositĂ© se reproduire.

 

Quel est donc le bilan au bout d’un an? Les nouvelles du terrain sont à la fois bonnes et mauvaises.

 

Si l’on Ă©tablit une comparaison avec les efforts de reconstruction engagĂ©s rĂ©cemment Ă  la suite d’autres catastrophes, les rĂ©sultats obtenus Ă  Atjeh sont supĂ©rieurs Ă  la moyenne, mais cela tient essentiellement au fait que la moyenne est trĂšs basse. Reconstruire aprĂšs une catastrophe demande presque toujours beaucoup plus de temps que prĂ©vu, la raison principale Ă©tant que nous ne savons pas anticiper la maniĂšre dont les difficultĂ©s s’enchevĂȘtrent et se multiplient. Nous avons tendance Ă  planifier nos programmes comme si les titres fonciers, les ports, les routes et l’approvisionnement en Ă©lectricitĂ© Ă©taient toujours lĂ , et comme si les responsables publics avaient appris, du jour au lendemain, Ă  coopĂ©rer comme jamais auparavant.

 

Cet optimisme excessif a Ă©tĂ© observĂ© dans des pays industriels avancĂ©s, notamment au Japon (tremblement de terre, Kobe, 1995) et aux États-Unis (ouragan Ivan, 2004), mais aussi depuis quelques annĂ©es en Turquie (tremblement de terre, 1992), au Honduras (ouragan Mitch, 1998), en Iran (tremblement de terre, Bam, 2003) et au Venezuela (inondations, 1999).

 

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Le littoral d'Atjeh avant le tsunami

Être au-dessus de la moyenne n’est guĂšre satisfaisant lorsqu’on sait que 60 000 personnes vivent encore sous des tentes un an aprĂšs la catastrophe. C’est lĂ  sans doute un constat d’échec. Il importe toutefois de noter que cet Ă©chec n’est pas imputable Ă  la  lenteur du programme de construction de logements permanents : l’objectif initial qui visait la construction de 30 000 logements la premiĂšre annĂ©e est en passe d’ĂȘtre atteint. La situation est plutĂŽt due Ă  une erreur de jugement concernant les logements temporaires. Personne ne voulait dĂ©tourner de ressources du programme de logements permanents, si bien que pratiquement aucun organisme n’a investi dans des logements temporaires qui auraient pu servir pendant deux ans, le temps que les logements permanents soient prĂȘts. Peut-ĂȘtre cette erreur aura‑t‑elle eu du bon malgrĂ© tout, puisqu’il est Ă  prĂ©sent probable que le programme de logements permanents sera terminĂ© plus tĂŽt que prĂ©vu. Au rythme de 5 000 logements mis en chantier chaque mois, chacun peut raisonnablement espĂ©rer avoir un logement permanent d’ici la mi-2007.

 

Le gouvernement a pris au départ deux décisions qui ont retardé le démarrage de la phase visible des travaux, mais qui seront à notre avis trÚs payantes en termes de qualité, voire de rapidité, de la reconstruction à partir de 2006.

 

La premiĂšre a Ă©tĂ© de rejeter un scĂ©nario de reconstruction dirigĂ© par Jakarta, du sommet vers la base, au profit d’une stratĂ©gie fermement pilotĂ©e par les communautĂ©s directement concernĂ©es. Il aurait Ă©tĂ© plus rapide de faire appel aux services d’une douzaine de grandes entreprises de travaux publics et d’envoyer du ciment, mais Ă  l’issue de consultations avec les citoyens d’Atjeh, les responsables de la planification ont compris que rebĂątir des communautĂ©s Ă©tait tout aussi important que reconstruire des logements et que le fait de laisser les populations locales prendre les choses en mains pouvait les aider Ă  panser leurs plaies et Ă  prendre un nouveau dĂ©part. Dans plusieurs milliers de villages d’Atjeh et de Nias, les communautĂ©s ont ainsi bĂ©nĂ©ficiĂ© d’une aide pour Ă©tablir des cartes fonciĂšres, choisir les plans de leur logement et, souvent, construire leur propre habitation. Plus de 35 000 intervenants facilitent ce processus.

 

La deuxiĂšme dĂ©cision a consistĂ© Ă  Ă©tablir un nouvel organisme public, Badan Reconstruksi dan Rehabilitasi (BRR), chargĂ© de diriger l’ensemble du programme. CrĂ©er de toutes piĂšces une nouvelle agence n’est ni bon marchĂ©, ni facile, ni rapide, et ce n’est qu’aprĂšs le milieu de l’annĂ©e que cet organisme a Ă©tĂ© en mesure d’apporter une rĂ©elle valeur ajoutĂ©e. C’est l’une des raisons qui expliquent la forte baisse d’activitĂ© enregistrĂ©e durant la pĂ©riode d’avril Ă  septembre, les Ă©quipes de secours ayant quittĂ© les lieux bien avant que les Ă©quipes de construction n’arrivent. Les avantages de cette dĂ©cision l’emportent maintenant sur les coĂ»ts, Ă  en juger par la cohĂ©rence et le dynamisme du programme qui auraient probablement fait dĂ©faut si les services publics existants avaient Ă©tĂ© laissĂ©s seuls en charge des opĂ©rations.

 

Un an aprùs, qu’avons-nous appris?

 

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Le littoral d'Atjeh aprĂšs le tsunami

Administration  : Au rythme habituel d’instruction des dossiers, les populations continueraient de vivre sous des tentes pendant des annĂ©es. Des mesures Ă©nergiques sont parfois nĂ©cessaires pour simplifier les formalitĂ©s administratives. 

 

Coordination et partenariat   : Organiser des rĂ©unions pour Ă©changer des informations ne suffit pas. Les activitĂ©s doivent ĂȘtre coordonnĂ©es de maniĂšre disciplinĂ©e, et les dĂ©cisions, prises en commun. Certaines expĂ©riences sont intĂ©ressantes Ă  cet Ă©gard. Le Fonds multidonateurs, que j’ai l’honneur de prĂ©sider (avec Pak Kuntoro et le reprĂ©sentant de la Commission europĂ©enne), est dotĂ© de 525 millions de dollars de ressources provenant de quinze donateurs qui se soucient davantage d’obtenir des rĂ©sultats que de savoir Ă  qui en revient le mĂ©rite.

 

Motivation : Reconstruire dans un environnement dĂ©vastĂ© demande du courage. La tĂąche est compliquĂ©e, dĂ©courageante et extrĂȘmement difficile. Si vous vous rendez dans le bureau du Fonds multidonateurs Ă  Banda Atjeh (ou dans ceux de BRR ou des ONG) le soir Ă  22 heures, vous serez Ă©difiĂ©s. Jamais dans ma carriĂšre je n’ai vu dĂ©ployer autant d’acharnement, mois aprĂšs mois, Ă  mener une tĂąche Ă  bien.

 

TĂ©nacité : Nous sommes de simples hĂŽtes Ă  Atjeh. Les principaux acteurs sont ceux qui sont ici chez eux. Certains membres du personnel ont perdu leur conjoint, leurs enfants, leur foyer, et pourtant ils ont tenu Ă  reprendre immĂ©diatement le travail. Sur les 500 000 personnes dĂ©placĂ©es Ă  Atjeh, 320 000 ne se considĂšrent plus comme telles. Elles ont bĂ©nĂ©ficiĂ© d’une aide, certes, mais ce sont elles qui ont pris l’initiative de rebĂątir leur vie.  

 

L’annĂ©e Ă  venir

 

Les secours ont absorbĂ© environ 1 milliard de dollars durant la premiĂšre moitiĂ© de 2005, et les activitĂ©s de reconstruction, prĂšs de 1 milliard de dollars pendant la seconde moitiĂ©. Les travaux proprement dits — qui pourraient reprĂ©senter entre 2 et 3 milliards de dollars — se dĂ©rouleront en 2006, ainsi qu’en 2007, oĂč ils porteront sur un montant Ă©quivalent. Il est donc beaucoup trop tĂŽt pour dire si l’entreprise se soldera par un succĂšs ou par un Ă©chec. Si nous mettons en pratique les enseignements de l’annĂ©e Ă©coulĂ©e et si nous redoublons d’effort, la reconstruction d’Atjeh pourrait marquer l’avĂšnement de nouvelles mĂ©thodes de travail plus efficaces pour mener Ă  bien des opĂ©rations de redressement de ce type. La date du deuxiĂšme anniversaire sera celle qui compte vraiment.




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