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Inde : Les responsables locaux se remémorent

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En Inde, un an aprĂšs le tsunami de dĂ©cembre, bien des rĂ©cits peuvent ĂȘtre glanĂ©s dans un village dĂ©vastĂ© aprĂšs un autre.

 

Ceux qui marquent le plus parlent de la façon dont les responsables locaux ont dĂ» rĂ©agir Ă  chaud, de la gĂ©nĂ©rositĂ© de l’esprit humain, d’un gigantesque effort logistique, ainsi que du travail d’équipe et de la dĂ©termination qui se sont manifestĂ©s en dĂ©pit du dĂ©fi incommensurable auquel il s’agissait de faire face.

 

Ces rĂ©cits recĂšlent bien des enseignements. Lorsque les murs d’eau sont venus s’écraser sur le rivage, c’était un dimanche matin comme les autres. Les femmes vendaient le poisson sur les jetĂ©es, les enfants jouaient au cricket sur le sable, les grands-mĂšres prenaient le soleil et la plupart des responsables Ă©taient en vacances. Comme c’était le lendemain de NoĂ«l, les pĂšlerins venus de tout le reste du pays se pressaient en masse dans la basilique de Vellankanni, face Ă  la mer.

 

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Une habitante devant son abri provisoire.

Réaction immédiate

 

« Les premiers comptes-rendus que j’ai entendus parlaient de populations qui fuyaient la cĂŽte par centaines de milliers pour se prĂ©cipiter vers l’intĂ©rieur des terres », raconte le docteur J. Radhakrishnan, responsable local qui a aujourd’hui la charge du district de Nagapattinam mais qui Ă©tait plus Ă  l’intĂ©rieur des terres au moment de la catastrophe.

 

« Je ne pouvais pas imaginer ce qui s’était passĂ©, et ce qu’il y a de pire, c’est que les tĂ©lĂ©phones portables ne marchaient pas et que la pluie s’était mise Ă  tomber en trombes. »

 

Plus de 6 000 personnes ont pĂ©ri sur une bande longue seulement de 10 kilomĂštres, le long de la cĂŽte du district de Nagapattinam — pour la plupart des femmes et des enfants qui n’ont pu Ă©chapper aux murs d’eau. Au total, 200 000 autres personnes ont Ă©tĂ© touchĂ©es dans l’ensemble du district.

 

En se dĂ©plaçant Ă  travers la rĂ©gion pour dĂ©terminer la cause de cette rĂ©action de terreur, le docteur Radhakrishnan a trouvĂ© des populations sous le choc, des routes emportĂ©es par les eaux, des ponts effondrĂ©s et des chalutiers comme balayĂ©s au milieu des routes, isolant certaines des zones les plus sĂ©rieusement touchĂ©es. À l’hĂŽpital, seul un service Ă©tait en mesure de faire face Ă  l’afflux incessant de blessĂ©s.

 

« Ce n’est que le lendemain matin que l’énormitĂ© de la tragĂ©die s’est imposĂ©e dans toute son ampleur », dit-il.

 

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Nouvelles maisons en construction.

Passage à l’action

 

Les responsables locaux n’avaient encore jamais Ă©tĂ© confrontĂ©s Ă  une catastrophe d’une telle dimension, mais ils sont passĂ©s immĂ©diatement Ă  l’action, adoptant dĂ©libĂ©rĂ©ment un profil haut pour enrayer tout mouvement de panique Ă©ventuel. Une vaste opĂ©ration de secours a Ă©tĂ© lancĂ©e avec l’aide des centaines d’organisations non gouvernementales (ONG) qui affluaient sur le terrain.

 

L’une des pires tragĂ©dies s’est produite Ă  l’extĂ©rieur de la vieille Ă©glise de Vellankanni, site rĂ©vĂ©rĂ© par les personnes de toutes confessions. Des familles entiĂšres ont Ă©tĂ© emportĂ©es Ă  cet endroit oĂč la foule de vacanciers dĂ©ambulait au milieu de marchĂ©s improvisĂ©s. C’est la vision des orphelins dĂ©semparĂ©s de Vellankanni qui a poussĂ© S. Ganesan, un responsable local, Ă  se mettre Ă  la tĂąche pour aider tous ceux qu’il pouvait alors mĂȘme qu’il venait de perdre sa femme. « Je me suis jetĂ© Ă  corps perdu dans les opĂ©rations de secours », dit-il. « Cela m’a aidĂ© Ă  supporter cette perte. »

 

Les cadavres d’ĂȘtres humains et d’animaux gisaient partout. Il fallait faire quelque chose Ă  cet Ă©gard, le climat chaud et humide crĂ©ant un risque d’épidĂ©mie qu’il s’agissait absolument d’éviter.

 

Autre souci immĂ©diat : fournir nourriture, abri et aide mĂ©dicale Ă  des centaines de milliers de survivants encore sous le choc et, pour certains, trop marquĂ©s pour mĂȘme comprendre ce qui s’était produit.

 

Mais nourrir tant de monde dispersĂ© sur une trĂšs grande Ă©tendue n’était pas une tĂąche aisĂ©e. « Tous ceux qui auraient pu le faire avaient fui », note M. Prabhakaran, responsable des secours pour le district de Cuddalore. « Qui allait faire la cuisine, et oĂč allions-nous trouver les cuisiniĂšres et le gaz voulus pour ça ? »

 

En faisant preuve d’ingĂ©niositĂ© et d’une capacitĂ© de rĂ©flexion instantanĂ©e, avec pour seuls moyens de communication les systĂšmes sans fil, les responsables ont fait en sorte que des repas soient prĂ©parĂ©s en grandes quantitĂ©s dans les districts voisins et transportĂ©s sur place. « Pendant des semaines ensuite, j’ai gardĂ© 5 000 paquets de nourriture Ă  portĂ©e de la main, car nul ne savait quand le besoin se prĂ©senterait », dit M. Prabhakaran.

 

Alors que des camps de fortune prenaient forme dans les salles de mariage, les Ă©coles et les abris contre les cyclones, des bĂ©nĂ©voles aidaient Ă  entasser les corps dans des fosses communes une fois cette approche admise par les familles et la communautĂ©. Il a fallu conserver des clichĂ©s photo et vidĂ©o pour aider Ă  identifier les victimes dans le mĂȘme temps oĂč les proches encore sous le choc allaient et venaient dĂ©sespĂ©rĂ©ment en quĂȘte de leurs chers disparus.

 

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Les bateaux détruits par le tsunami sont en cours de reconstruction.

Un effort de tous les instants

 

Dans le district de Nagapattinam, un millier de responsables et d’agents des services publics ont travaillĂ© sans relĂąche. « Nos journĂ©es commençaient Ă  6 heures du matin et se poursuivaient jusque tard dans la nuit », raconte l’adjoint du docteur Radhakrishnan. « Personne ne s’est arrĂȘtĂ©, quel que soit leur degrĂ© de fatigue. »

 

Des ambulances ont Ă©tĂ© dĂ©pĂȘchĂ©es sur place et des Ă©quipes de mĂ©decins et d’infirmiĂšres d’autres rĂ©gions ont aidĂ© Ă  l’effort de vaccination des survivants contre les maladies.

 

Face au risque de contamination posĂ© par l’accumulation des carcasses d’animaux, l’eau courante Ă©tait coupĂ©e. De l’eau en bouteille a Ă©tĂ© livrĂ©e en mĂȘme temps que les matĂ©riels de secours, et des camions-citernes ont assurĂ© l’approvisionnement des camps. Compte tenu de la chaleur ambiante, l’hygiĂšne Ă©tait d’une extrĂȘme importance, et du chlorure de chaux a Ă©tĂ© pulvĂ©risĂ© sur de vastes Ă©tendues pour les dĂ©sinfecter.

 

Des postes de contrÎle ont été mis en place pour superviser la distribution des matériels de secours, faisant appel à tout un ensemble de moyens (téléphone, moyens de communication sans fil, réseaux de radio-amateurs) pour recenser ce dont il y avait besoin et à quel endroit.

 

À Nagapattinam, le district le plus durement touchĂ©, les autoritĂ©s locales ont regroupĂ© leurs services au sein de 11 équipes composĂ©es de personnels mĂ©dicaux, de policiers, d’agents de rĂ©seaux et de responsables des services d’incendie et de secours, chaque Ă©quipe ayant Ă  sa tĂȘte un agent gouvernemental. Toutes ces Ă©quipes avaient Ă©tĂ© dotĂ©es de fonds suffisants et Ă©taient ainsi Ă  mĂȘme de prendre immĂ©diatement la plupart des dĂ©cisions qui s’imposaient sur le terrain. Les hauts responsables campaient sur place pour superviser les opĂ©rations et veiller Ă  ce que l’acheminement des secours procĂšde sans accroc.

 

Dans les camps, un soutien psychologique Ă©tait fourni aux survivants encore sous le choc, et des bĂ©nĂ©voles recrutĂ©s au sein des populations locales recevaient une formation en vue de poursuivre ce type d’appui sur une plus large Ă©chelle. Des cellules ont Ă©tĂ© mises en place pour s’occuper du problĂšme des disparus, et un site web Ă©tabli pour tenir Ă  jour les donnĂ©es Ă  cet Ă©gard, ainsi que le bilan des morts et des blessĂ©s.

 

« Au 31 dĂ©cembre, pratiquement tous les corps avaient Ă©tĂ© retrouvĂ©s et enterrĂ©s. Les services d’eau et d’électricitĂ© Ă©taient rĂ©tablis. Il n’y a pas eu de pillages ou de viols, et aucune Ă©pidĂ©mie ne s’est dĂ©clarĂ©e », note le docteur Radhakrishnan.

 

Coordination des secours

 

Avec l’afflux d’énormes quantitĂ©s de matĂ©riels de secours par la route ainsi que par voie ferroviaire et aĂ©rienne, gĂ©rer les fournitures et faire en sorte que chaque Ă©lĂ©ment aboutisse lĂ  oĂč le besoin s’en faisait le plus sentir reprĂ©sentait une Ă©norme gageure. Tout retard n’aurait fait qu’aggraver la dĂ©tresse des populations concernĂ©es. La tenue des stocks a par consĂ©quent Ă©tĂ© assurĂ©e en ligne, ce qui a constituĂ© en soi une expĂ©rience, selon C. Kamaraj : « On m’a dit d’aller prendre en charge les opĂ©rations de secours au niveau du principal entrepĂŽt de Chennai. Il n’y avait aucune instruction sur ce qu’il fallait faire. On s’est juste dĂ©brouillĂ© Ă  partir de lĂ . »

 

À l’échelon des districts, des tĂąches Ă©taient confiĂ©es aux ONG en fonction de leurs domaines de compĂ©tence. Pendant 60 jours, les gens de l’administration se sont rĂ©unis tous les soirs avec leurs reprĂ©sentants pour faire le point de la situation. « Il ne s’agissait pas d’une compĂ©tition », note le docteur Radhakrishnan. « Il Ă©tait essentiel de faire un travail d’équipe. »

 

« RĂ©tablir la confiance chez des gens sous le choc en donnant clairement l’image d’une administration Ă©nergique est quelque chose qui a aussi son importance pour les aider Ă  garder leur calme », ajoute-t-il. « Cela les aide Ă  comprendre qu’on s’occupe d’eux. Et la demande formulĂ©e par chacun d’eux, aussi mineure qu’elle soit, est importante. »

 

Lorsqu’on lui demande, avec le recul du temps, ce qui aurait pu ĂȘtre amĂ©liorĂ© dans la façon dont le processus s’est dĂ©roulĂ©, il rĂ©pond : « Peut-ĂȘtre que les Ă©quipes auraient pu ĂȘtre constituĂ©es un ou deux jours plus tĂŽt. »

 

Ces Ă©quipes ont Ă©galement tirĂ© d’importants enseignements de l’expĂ©rience. Un atlas pour les secours, comprenant les noms de tous les prestataires de services dans ce domaine, serait d’une aide incommensurable dans les grandes situations d’urgence. L’établissement de cartes dĂ©taillĂ©es des zones concernĂ©es, indiquant qui vit oĂč et qui fait quoi, aiderait l’administration Ă  Ă©valuer le risque pour la communautĂ©.

 

Mais comme le fait observer le docteur Radhakrishnan, « une catastrophe n’est pas une statistique. Au bout du compte, c’est l’aspect humain de l’approche suivie qui compte. » Et Ă  en juger par les nombreux rĂ©cits qui sont faits, il est clair que beaucoup s’accordent Ă  dire que la rĂ©ponse apportĂ©e en l’occurrence a Ă©tĂ© Ă  la hauteur du problĂšme qui se posait.




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