En juin dernier, nous avions saisi quelques tranches de vies parmi la population touchĂ©e ; aujourdâhui, cinq mois aprĂšs, Chulie de Silva, chargĂ©e des relations extĂ©rieures pour la Banque Ă Colombo, est retournĂ©e voir certaines de ces personnes pour faire le point de la situation, et en a rencontrĂ© quelques autres⊠ Le pĂȘcheur  Mahamarakkalage Patabendi Malini Ă©tend du linge Ă sĂ©cher devant sa maison Ă peine finie. Avec sa couche de plĂątre frais, la nouvelle habitation est attenante Ă lâabri provisoire oĂč elle et sa famille vivaient, en juin dernier. Le panneau « Sauvez les pĂȘcheurs » est encore clouĂ© sur les planches en bois mais, Ă part quelques filets de pĂȘche, lâintĂ©rieur de lâabri est vide.  Onze mois aprĂšs le tsunami, le mari de Malini, Norman, sâest remis Ă la pĂȘche. En dĂ©cembre dernier, leur famille avait eu de la chance : ils sâĂ©taient absentĂ©s de leur village de pĂȘcheurs de Kalamulla, Paiyagala, et avaient ainsi Ă©chappĂ© au dĂ©sastre.  « Certains jours, la prise est bonne, mais dâautres non ; câest comme ça avec la pĂȘche », raconte Malini en faisant visiter leur maison. Leur habitation dâorigine Ă©tait situĂ©e en dehors de la zone tampon Ă©tablie par les autoritĂ©s, oĂč toute reconstruction est interdite. Malini estime avoir eu de la chance de pouvoir reconstruire, mais il lui manque encore de quoi meubler sa maison.  Le boulanger  à peu de distance de lĂ , le long de la route qui dessert le village, on est dans la zone tampon de 100 mĂštres et la situation est diffĂ©rente. Don Noel Palliyaguruge, que nous avions Ă©galement rencontrĂ© en juin, vit toujours dans son abri provisoire et nâa pas reçu dâaide ou de ressources pour pouvoir reprendre son activitĂ© de boulanger.  « Les pĂȘcheurs ont eu des bateaux ; il y a plus de bateaux quâavant », dit-il. « Jâaurais pu avoir un bateau, mais il me servirait Ă quoi ? »  Unique soutien de sa famille de quatre personnes, Noel ne pouvait rester longtemps sans travail. AprĂšs avoir prospectĂ© aux alentours, il a fini par trouver, il y a quatre mois environ, une boulangerie abandonnĂ©e quâil a pu louer, en dehors de son village, plus prĂšs du centre de Paiyagala.  « Il y a beaucoup de boulangeries dans cette partie de la ville, et donc plus de concurrence. Je dois me remettre Ă faire du pain dans mon quartier parce quâil nây a pas de boulangeries là  », explique-t-il. Noel a peur de perdre sa clientĂšle et de ne pas profiter au maximum des fĂȘtes de fin dâannĂ©e, qui sont la pĂ©riode de pointe pour les boulangers.   |  |  | | Don Noel Palliyaguruge a louĂ© une boulangerie, en dehors de son village, plus prĂšs du centre de Paiyagala. |
|  | Sa boulangerie dĂ©labrĂ©e lui coĂ»te 2 000 roupies (lâĂ©quivalent de 20 dollars) de loyer mensuel. Les pluies rĂ©centes ont inondĂ© le jardin, et il faut marcher sur des planches en bois pour y accĂ©der. Mais Noel a au moins les outils essentiels quâil lui faut : un four Ă pain et une longue table sur laquelle travailler la pĂąte. Une grosse pile de pĂąte prĂȘte Ă cuire occupe un bout de la table et les plateaux de mĂ©tal sont Ă lâautre bout. Noel jette de la farine Ă travers la surface de travail, enduit ses mains dâhuile et, aprĂšs avoir pris un morceau de pĂąte, il le pĂ©trit en deux mouvements de mains et le met sur le plateau.  Le four est rudimentaire. Noel ouvre la porte rouillĂ©e et nous explique la façon dont il y empile le bois pour le faire brĂ»ler et obtenir les charbons ardents qui sont dâabord Ă©talĂ©s sur toute la largeur du four et ensuite poussĂ©s sur les cĂŽtĂ©s pour faire place aux plateaux. Ă lâheure actuelle, il cuit 175 Ă 180 pains par jour et sâestime heureux si cela peut lui rapporter 700 roupies (7 dollars). Il livre son pain lui-mĂȘme en circulant sur une moto qui lui a Ă©tĂ© donnĂ©e par une Ă©glise de Rawathewattha, Moratuwa, dans les faubourgs de Colombo.  Noel fait aussi une partie de son pain dans son propre four, qui a survĂ©cu au tsunami. « Ma boulangerie Ă©tait toute nouvelle : je ne lâavais que depuis 16 mois quand est arrivĂ© le tsunami. Ă lâĂ©poque, je faisais environ 400 pains par jour. Ici, je ne peux pas faire de pains fantaisie ou de gĂąteaux. »  Il lui faut environ 300 000 roupies (3 000 dollars) pour reconstruire son affaire, mais sa situation actuelle ne lui permet pas de voir la lumiĂšre au bout du tunnel. Les autoritĂ©s ont beau avoir assoupli les restrictions imposĂ©es au niveau de la zone tampon, Noel et tous ceux qui vivaient dans cette zone ne savent pas trop quel appui leur sera fourni, ni quand.  Le tailleur  Plus loin sur la mĂȘme route, Ă Maggona, les frĂšres Sujith et Ajith Priyanta sont affairĂ©s dans leur magasin de confection Ă lâenseigne « Best Top Tailors ». Sujith, lâaĂźnĂ©, a travaillĂ© quatre ans dans une fabrique de vĂȘtements au Liban et utilisĂ© ses Ă©conomies pour monter lâaffaire.  « JâĂ©tais tailleur avant de partir au Liban », dit-il. « à mon retour, jâai prospectĂ© dans les environs pour trouver lâendroit voulu pour mon magasin. Il nây avait quâun tailleur Ă Maggona, alors jâai montĂ© une boutique attrayante. Il faut avoir un magasin Ă©lĂ©gant pour attirer la clientĂšle. Les affaires marchaient bien : les bons mois, je gagnais environ 30 000 roupies (3 000 dollars) par moi, alors jâai ouvert un deuxiĂšme magasin dont jâai confiĂ© la charge Ă mon frĂšre. » En lâespace de quelques minutes, le tsunami a dĂ©vastĂ© tout ce qui lui appartenait, ainsi quâun stock de matĂ©riaux dâune valeur de 1 000 dollars.    |  |  | | Ă Maggona, les frĂšres Sujith et Ajith Priyanta sont affairĂ©s dans leur magasin de confection Ă lâenseigne « Best Top Tailors ». |
|  | Le second magasin sâen est mieux tirĂ© et a subi relativement moins de dĂ©gĂąts. En rĂ©cupĂ©rant ce quâil pouvait et en vendant une partie des bijoux de sa femme, Sujith a rĂ©ussi Ă rouvrir en mars dernier. ĂgĂ© de 30 ans, il est le principal soutien de famille et a notamment ses parents ĂągĂ©s Ă charge. Il a Ă©tĂ© contraint de se sĂ©parer des deux employĂ©s quâil avait et ne travaille plus dĂ©sormais quâavec son frĂšre.  Certaines de ses machines endommagĂ©es sont en rĂ©paration, mais il nâa pas de quoi payer la facture. « On doit rester visibles au moins pour assurer le service de base essentiel », explique-t-il, ajoutant toutefois que les affaires nâont pas encore repris et quâil parvient tout juste Ă survivre. Lui aussi a rempli Ă©normĂ©ment de formulaires et donnĂ© tous les dĂ©tails sur sa situation, mais aucune aide nâa encore Ă©tĂ© fournie aux petites entreprises comme la sienne.  « Je ne demande pas la charitĂ© mais une aide pour quâon puisse redresser la tĂȘte. Quand je demande au directeur de la banque un prĂȘt de 300 000 roupies (3 000 dollars), il me demande une garantie, mais je nâen ai pas », dit-il.  Aide dâune organisation fĂ©minine  La situation est diffĂ©rente pour Nazeera Palli, mĂšre de deux adolescents, garçon et fille : aprĂšs avoir perdu tout ce quâelle avait investi dans son Ă©levage de poulets, dans la rĂ©gion aride de la ville de Hambantota, lâune des plus durement frappĂ©es par le tsunami, elle a bĂ©nĂ©ficiĂ© dâune aide.  Tous ses poulets avaient pĂ©ri : il nây avait pas de quoi les nourrir aprĂšs le tsunami. Mais elle a trouvĂ© un bon Samaritain : lâorganisation fĂ©minine Womenâs Development Federation (WDF), plus connue sous le nom de Janashakthi (« pouvoir des individus » en singhalais). BĂ©nĂ©ficiant dâun don de 944 000 dollars du Fonds japonais de dĂ©veloppement social, un des fonds fiduciaires administrĂ©s par la Banque mondiale, cette organisation a contribuĂ© Ă lâĂ©tablissement de banques spĂ©cialisĂ©es dans les services de microcrĂ©dit pour les femmes.  à la suite du tsunami, le Fonds japonais de dĂ©veloppement social a accordĂ© environ 1 million de dollars au titre de lâaide aux victimes dans la rĂ©gion de Hambantota, situĂ©e dans le sud du pays, ainsi que dans les districts de Jaffna, Vavunia et Trincomalee, dans le nord et lâest.    |  |  | | Ms. Nazeera Palli vend ses poulets sur commande, pour des mariages ou pour des entreprises. |
|  | Dans la rĂ©gion de Hambantota, la WDF a elle-mĂȘme accordĂ© des capitaux de dĂ©part, des microcrĂ©dits pour des activitĂ©s gĂ©nĂ©ratrices de revenus, des bourses scolaires pour les orphelins et des fonds pour la reconstruction dâagences bancaires Ă Hambantota mĂȘme et Ă Tangalle et Siribopura. Elle a en outre créé trois garderies dâenfants et fourni divers matĂ©riels (machines Ă coudre, bicyclettes, pompes Ă eau) pour permettre la reprise de lâactivitĂ© dans les secteurs agricole et autres.  Pour sa part, Nazeera a bĂ©nĂ©ficiĂ© dâun prĂȘt de 15 000 roupies (150 dollars) et dâun don en espĂšces de 5 000 roupies (50 dollars) pour relancer son affaire. Elle vend ses poulets sur commande, pour des mariages ou pour des entreprises privĂ©es, Ă raison dâenviron 200 volailles par mois. Son Ă©levage est maintenant confinĂ© sur un espace rĂ©duit qui a lâavantage dâĂȘtre situĂ© Ă proximitĂ© de sa famille Ă©largie mais qui ne lui donne pas suffisamment de place pour pouvoir produire des Ćufs.  « Obtenir une autre maison, câest mon rĂȘve, mais je tiens absolument Ă me dĂ©barrasser de mon prĂȘt et Ă me dĂ©brouiller toute seule », dit-elle. Son autre rĂȘve est dâassurer lâĂ©ducation de sa fille Siyara et de son fils Sihad.  Autres bĂ©nĂ©ficiaires de lâaide  à Lewayagoda, Hambantota, lâorganisation WDF a fourni 25 000 roupies (250 dollars) Ă Sriyani Mangala pour lâaider Ă monter un atelier de briques. Sriyani a perdu sa mĂšre, ses sĆurs et quatre autres membres de sa famille.  Une autre survivante du tsunami, Krishna Ranjanie, du village de Navaudara, prĂšs dâAkkarapaha, a obtenu de Janashakthi un prĂȘt de 3 000 roupies (30 dollars) pour installer une petite Ă©picerie sur un cĂŽtĂ© de sa maison.  La WDF a perdu dans la catastrophe 184 de ses propres membres et 16 bĂ©nĂ©voles. Aujourdâhui, elle vient Ă©galement en aide aux enfants laissĂ©s pour orphelins. « Nous fournissons actuellement des bourses de 2 750 roupies (27 dollars) par mois Ă 150 orphelins », explique son Ă©nergique directrice gĂ©nĂ©rale, S.P. Sriyani Mangalika, ajoutant que lâorganisation compte Ă©tendre ce programme de bourses Ă tous les autres orphelins du tsunami.  Nazeera Palli se fait en quelque sorte la porte-parole des femmes de Hambantota lorsquâelle souligne que lâorganisation WDF a Ă©tĂ© pour elle un pilier et une source dâespoir : « Ils mâont donnĂ© la volontĂ© de vivre », dit-elle.  |