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Reconstruction aprĂšs le tsunami : Un couple sri lankais rouvre son restaurant en une semaine

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Chulie de Silva, chargĂ©e des relations extĂ©rieures de la Banque mondiale Ă  Colombo, est allĂ©e sur le terrain pour voir quelle incidence le processus de reconstruction avait sur les habitants. Elle a fait la connaissance d’un couple qui avait perdu l’affaire familiale mais qui, motivĂ© par le besoin d’assurer l’éducation de ses enfants, est parvenu Ă  la remettre sur pied. AidĂ© en cela par des dons en espĂšces, il apporte une contribution Ă  l’économie rĂ©gionale qui, pour modeste qu’elle soit, n’en est pas moins cruciale.
 
Pour qui descend la cĂŽte du Sri Lanka vers le sud, en se rendant de Galle Ă  Hikkaduwa, il y a aprĂšs le kilomĂštre 93 un petit restaurant qui constitue une escale bienvenue.
 
Il est situĂ© au lieu-dit Daluwattemulla, Ă  Thelwatte, lieu de sinistre mĂ©moire puisque c’est lĂ  que le tsunami de dĂ©cembre dernier avait incroyablement balayĂ© un train entier de vacanciers. Les tĂ©lĂ©spectateurs du monde entier ne se rappelleront probablement pas le nom de cet endroit, mais peu auront oubliĂ© cette image symbolique de l’ampleur dĂ©vastatrice de la catastrophe.
 

Aujourd’hui, bien des mois aprĂšs, L.W. Chandrakanthi accueille les clients avec un joli sourire. Son restaurant, baptisĂ© du nom de son fils aĂźnĂ© Pathum, n’a pas encore d’enseigne. L’endroit est bien tenu, ses tables en plastique soigneusement dressĂ©es avec carafes et verres Ă  eau. Un petit rĂ©frigĂ©rateur tient au froid des boissons en bouteille ainsi que, Ă  en croire le panneau, du yaourt frais.
 
De l’autre cĂŽtĂ© de la route de Galle s’étend la mer bleu d’azur — pas de trace du cataclysme du 26 dĂ©cembre. La petite affaire familiale que dirige Chandrakathi avec son mari Upulsriananda fonctionnait depuis cinq ans quand le tsunami a frappĂ©. Elle leur permettait de financer l’éducation de leurs trois enfants et la construction d’une nouvelle maison, qui Ă©tait presque achevĂ©e. La maison comme le restaurant ont Ă©tĂ© rĂ©duits en ruines. 

 

Pour le couple, ça a Ă©tĂ© un choc terrible, mais il a Ă©tĂ© poussĂ© Ă  rĂ©agir par un besoin impĂ©rieux : gagner de quoi permettre Ă  ses trois adolescents de continuer Ă  aller Ă  l’école. L’enseignement Ă  Sri Lanka est gratuit, mais pas les cours supplĂ©mentaires qui sont pour ainsi dire devenus un systĂšme scolaire parallĂšle. L’école des enfants n’a pas Ă©tĂ© dĂ©truite, mais tous leurs manuels et uniformes avaient disparu avec le reste des biens du mĂ©nage. Ils ont manquĂ© l’école quelques semaines, mais Chandrakanthi et Upulsriananda tenaient Ă  ce qu’ils reprennent leurs Ă©tudes le plus vite possible.
 
« Il fallait trouver de quoi payer les uniformes, les livres, les chaussures, ainsi que les leçons particuliĂšres », explique Chandrakanthi. Quatre piliers en mĂ©tal ont Ă©tĂ© trouvĂ©s, une bĂąche a servi de toiture, des chaises ont Ă©tĂ© rĂ©cupĂ©rĂ©es et, avec l’aide d’amis qui se sont mobilisĂ©s et des premiers dons en espĂšces, des tables ont Ă©tĂ© achetĂ©es pour permettre au restaurant Pathum de rouvrir en l’espace d’une semaine.
 
La Banque mondiale a accordĂ© aux autoritĂ©s sri lankaises 34 millions de dollars pour leur permettre de distribuer Ă  chacune des familles touchĂ©es par le tsunami quatre sĂ©ries de dons en espĂšces d’un montant de 5 000 roupies (soit 50 dollars). Plus de 200 000 familles ont bĂ©nĂ©ficiĂ© de cette allocation, qui avait Ă  la fois pour but de dĂ©panner les populations pendant la phase de redressement initiale et de relancer l’économie locale. En rĂ©injectant des fonds au sein des communautĂ©s, il s’agissait de donner aux gens une chance de rĂ©tablir leurs moyens de subsistance avant mĂȘme que ne dĂ©bute la phase de reconstruction matĂ©rielle proprement dite. Comme bĂ©nĂ©ficiaires de ce programme, Chandrakanthi et Upulasriananda ont reçu les quatre sĂ©ries des dons en espĂšces.
Le restaurant et la maison Ă©taient Ă  l’intĂ©rieur de la zone tampon de 100 mĂštres de large qui Ă©tait dĂ©signĂ©e comme zone non constructible, et le mĂ©nage ne pouvait donc pas bĂ©nĂ©ficier d’une aide financiĂšre pour reconstruire sur ses quelques ares de terrain. Mais il a rĂ©ussi Ă  tenir tĂȘte aux autoritĂ©s en faisant valoir qu’il lui fallait absolument rĂ©tablir le restaurant, qui Ă©tait son unique moyen de subsistance.
 
Le dĂ©jeuner qui nous est servi est des plus copieux : le riz rouge (kekulu) aux variĂ©tĂ©s nutritives qui est typique du sud de Sri Lanka est servi avec un curry de poisson trĂšs Ă©picĂ©, des lentilles au curry, du mallum (mĂ©lange de lĂ©gumes verts coupĂ©s en fines laniĂšres et de noix de coco), un fort curry d’amberella et du poisson frit au piment rouge Ă  emporter la bouche, des galettes de papadum accompagnant le tout.
 
Tout en prenant soin de l’appĂ©tit de ses clients, Upulsriananda montre l’endroit oĂč se trouvait sa maison sur le point d’ĂȘtre achevĂ©e. Il se rappelle l’abattement qu’il a ressenti et la pĂ©riode de deux mois oĂč la rĂ©gion de Thelwatte a Ă©tĂ© privĂ©e d’eau potable. Mais la tristesse s’estompe une fois qu’il Ă©voque comment ses amis et ses clients se sont mobilisĂ©s, apportant nourriture et eau potable. « Ils sont venus de partout, et leur appui a attĂ©nuĂ© la peine ressentie Ă  Thelwatte », dit-il.
 
« Les dons en espĂšces ont aussi rendu un fier service. J’ai commencĂ© par acheter des chatties (pots en terre cuite communĂ©ment utilisĂ©s pour la cuisine) ainsi que deux tables et des chaises. Comme il n’y avait pas de boulangeries dans les environs, j’ai pris le bus pour repĂ©rer celles des villes de l’intĂ©rieur oĂč acheter des pains et des galettes pour le restaurant ».
 
 
 

 

 Les deux enfants de Chandrkanthi et Upulsriananda aident leurs parents au café

 

Upulsriananda se rend tĂŽt chaque matin Ă  Hikkaduwa, le grand village de pĂȘche le plus proche, pour se fournir en poisson frais. « On n’aime pas utiliser du poisson surgelĂ© et on essaie de fournir un service encore meilleur, mais les affaires ne sont pas aussi bonnes qu’avant », explique Chandrakanthi, en nous prĂ©sentant sa cuisiniĂšre qui vient tous les jours l’aider. « C’est une affaire de famille ici, et j’apprends Ă  Ă©crire les chĂšques et Ă  faire les opĂ©rations bancaires auprĂšs de mon fils aĂźnĂ© qui est en Ă©cole de commerce. »
 
Le couple s’occupe de Wimalawathi, la mĂšre de Upulsriananda ĂągĂ©e de 82 ans. Toute la famille vit dans deux abris provisoires construits derriĂšre le restaurant par une organisation non gouvernementale suĂ©doise. Le chien, Bongsu, a Ă©galement sa niche provisoire en bois. DerriĂšre chez eux, en dehors de la zone tampon, on peut voir de jolies nouvelles villas de couleur rose construites par un prĂȘtre bouddhiste. « Quand le prĂȘtre voulait nous donner une maison, on nous a dit qu’on allait recevoir une aide de l’État », dit Upulsriananda. « On a rempli tous les formulaires, mais on n’a toujours aucune nouvelle ».
 
Chandrakanthi est aussi la secrĂ©taire du comitĂ© villageois pour le programme Samurdhi (prospĂ©ritĂ© en singhalais), le programme de lutte contre la pauvretĂ© mis en Ɠuvre par les autoritĂ©s, qui a essentiellement pour but de rĂ©unir jeunes, femmes et autres catĂ©gories dĂ©favorisĂ©es dans des petits groupes et de les encourager Ă  prendre part Ă  la prise des dĂ©cisions et au processus de dĂ©veloppement Ă  l’échelon de leurs communautĂ©s.
 
« On a obtenu un prĂȘt de 50 000 roupies (500 dollars) du Samurdhi et rĂ©approvisionnĂ© notre restaurant et boutique comme avant le tsunami », dit Chandrakanthi.
 
« On a Ă©tĂ© les premiers Ă  revenir au village », ajoute Upulsriananda. « Les autres familles ne sont revenues que deux mois plus tard. » À cĂŽtĂ© du restaurant, on peut voir les fondations de la maison de sa sƓur. Elle a pĂ©ri dans le tsunami. Le beau-frĂšre d’Upulsriananda et ses enfants ne sont pas revenus.
 
« Il nous faudra encore trois ou quatre ans pour combler nos pertes, mais au moins on est sur la bonne voie », dit-il. Deux autres camions s’arrĂȘtent Ă  cette bonne adresse. Upulsriananda accueille ses clients en souriant — c’est bon de faire des affaires.

 




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