| Ce rapport appelle la communauté internationale à faire du gouvernement afghan un intermédiaire privilégié dans l’acheminement de l’aide aux populations, sous peine de compromettre l'avenir à moyen terme de l'Afghanistan. Cet appel précède une conférence internationale qui se tiendra à Londres d'ici à la fin du mois, et au cours de laquelle le nouveau cadre pour le développement du pays: "Contrat pour l'Afghanistan" sera dévoilé. Le Président du Conseil de sécurité des Nations Unies, l'Ambassadeur Augustine P. Mahiga de la République-Unie de Tanzanie, a déclaré que la conférence de Londres, qui se tiendra les 31 janvier et 1er février, élaborera ce nouveau Contrat destiné à doter l’Afghanistan d' "un cadre solide à la prochaine étape de [sa] reconstruction". Le nouveau rapport de la Banque, intitulé "Afghanistan: Gérer les finances publiques pour le développement" précède cette importante conférence. Son message central est sans équivoque: si l'aide n'est pas acheminée de manière efficace dans le pays, le gouvernement en sortira affaibli et son autorité sera fragilisée. Selon M. William Byrd, économiste à la Banque mondiale et co-auteur du rapport "près des trois quarts de l'aide destinés à l'Afghanistan ne transitent pas par le gouvernement". "Notre rapport souligne qu'il s'agit d'un très sérieux problème ayant des répercussions tant sur le plan de l'efficacité qu'au niveau de la gestion, et qui par conséquent affecte les résultats obtenus pour le peuple afghan". "Certes, court-circuiter le gouvernement permet d'acheminer l'aide plus rapidement, mais à long terme le prix à payer est élevé, et cette stratégie ne permet pas au gouvernement d’acquérir les compétences qu’exigent la gestion de l’aide et l’efficacité de sa distribution ". C’est ce que souligne également le Directeur des opérations pour l'Afghanistan, M. Alastair McKechnie, qui indique que l'expérience démontre bien que l'organisation de l'aide par voie gouvernementale est beaucoup plus rentable. De plus, selon M. McKechnie, "en démontrant sa capacité à gérer l'acheminement des aides, et en s'engageant devant le peuple et le nouveau Parlement à obtenir des résultats, la crédibilité du gouvernement s'en trouve renforcée."  |  |  | La station hydraulique Naghlu est en phase de réhabiliation grâce au soutien financier de la Banque mondiale. Photographe: Palani Mohan |
|  | Le rapport indique que d'énormes dépenses sont effectuées sans le contrôle direct du gouvernement, et ce, dans des domaines cruciaux tels que celui de la sécurité. Un sujet qui demeure très préoccupant dans le pays. Ainsi dernièrement, le Conseil de sécurité de l'ONU a condamné la récente succession d'attaques dans le sud de l'Afghanistan. Les dimensions de la sécurité sont multiples. Il ne s'agit pas seulement des insurgés et des opérations militaires qui font la une des nouvelles télévisées, mais également de la criminalité et de l'infiltration par les trafiquants de drogues de l'économie et de la société afghane. "Lutter contre ce phénomène va sûrement s'avérer très onéreux. Mais en ce qui concerne les autres aspects du développement en Afghanistan, le rapport préconise une plus large utilisation de l’éventail de ressources du gouvernement et de son leadership dans le secteur de la sécurité, parce que c'est là la seule façon d’assurer la soutenabilité à long terme des dépenses, en particulier celles en matière de sécurité." Le rapport, qui analyse les défis posés par la gestion des finances publiques en Afghanistan et propose un calendrier d'exécution, fait valoir que pour obtenir une aide plus efficace il est nécessaire de renforcer le partenariat entre le gouvernement et les bailleurs de fonds. Il précise également que ceci doit intervenir au niveau de la stratégie nationale de développement du pays et du processus budgétaire.  |  |  | | Femmes afghanes à l'école. Photographe: Palani Mohan |
|  | Le rapport met en exergue progrès réalisés. Mais il souligne que des efforts supplémentaires sont indispensables à tous les niveaux du processus budgétaire, un processus dans lequel le nouveau Parlement doit jouer un rôle important. "En vertu de la nouvelle constitution afghane le Parlement joue un rôle constitutionnel très important puisqu'il est chargé d'examiner et de ratifier le budget, ce que le gouvernement considère comme étant l'instrument central de la réforme et de la politique afghane", ajoute M. Byrd. "Le Parlement a pour mandat de surveiller la façon dont les fonds sont dépensés. Á cette fin, il exigera des rapports d'audit sur la performance et l'utilisation des fonds gouvernementaux". Le rapport souligne également la nécessité pour l'Afghanistan de maîtriser la corruption. Et pour ce faire il est essentiel d’améliorer la gestion des finances publiques et de mettre en place des mesures de prévention, car en la circonstance s'attacher aux cas particuliers n'est pas la solution. "La lutte contre la corruption est une occasion de corriger les lacunes du système et de renforcer son efficacité", a déclaré M. Byrd. "Plutôt que de punir au coup par coup, il faut s'efforcer d'accroître la prévention. C’est la clé de la réussite en matière de lutte contre la corruption. D'ailleurs, le court-circuitage du gouvernement n’est pas toujours synonyme d’absence de corruption." Pour M. Byrd, l'objectif ultime d'une bonne gestion des finances publiques est de distribuer les aides de façon efficace.  |  |  | Seulement 13% de la population afghane (23,5 millions de personnes au total) a accès à de l'eau potable. Photographe: Palani Mohan. |
|  | "Il est essentiel que la dépense publique soit accompagnée de résultats. Il en va de la crédibilité et de la légitimité de l'état". En évaluant la capacité de l'Afghanistan à acheminer l'aide qu’il reçoit, M. Byrd rappelle les conditions catastrophiques du pays au départ. "Son gouvernement a hérité d’une situation éminemment difficile à la fin de 2001. Depuis, les capacités se sont développées. L'important pour le gouvernement ce n'est pas d'agir en prestataire de services, mais de développer sa capacité à gérer les services et leur orientation. C’est d’ailleurs ce qu’il a réussi à faire dans le domaine de la santé en sous-traitant la prestation de services à des fournisseurs privés, choisis sur une base concurrentielle, chargés de créer dans des régions rurales un réseau d’établissements de santé primaire." |