Info-presse en ligne
Ressources pour les journalistes accrédités
AccÚs membres / Devenir membre

Protéger les Pays insulaires du Pacifique contre les cyclones

Disponible en: Español, English

Les pays insulaires du Pacifique sont parmi les plus vulnĂ©rables aux catastrophes naturelles, dans le monde. Pour les seules annĂ©es 90, les catastrophes naturelles ont coĂ»tĂ© 2,8 millions de dollars EU Ă  la a rĂ©gion Pacifique. Un nouveau rapport affirme que les catastrophes naturelles sont en train de s’intensifier dans la rĂ©gion, d’oĂč la nĂ©cessitĂ© de prendre des mesures urgentes pour rĂ©duire les risques qui y sont associĂ©s.

 

Au dĂ©but de l’annĂ©e 2004, lorsque le cyclone tropical Heta s’est dirigĂ© vers l’üle de Samoa, de nombreux Samoans se sont souvenus des impacts terrifiants du Cyclone Val, qui 3 ans auparavant, avait causĂ© des dĂ©gĂąts importants, estimĂ©s  Ă  des centaines de millions de dollars EU, soit 230% du PIB de cette petite Ă©conomie et avait provoquĂ© la mort de 13 personnes. À la suite du Cyclone Val, le gouvernement samoan s’est engagĂ© dans un programme de prĂ©vention des catastrophes naturelles, afin de protĂ©ger le pays contre les cyclones de plus en plus violents et frĂ©quents auxquels la rĂ©gion pourrait ĂȘtre exposĂ©e du fait des changements climatiques.

 

pacific1
Sofia Bettencourt (en rose), économiste spécialisé sur les Ressources naturelles à la Banque mondiale, travaille avec des représentants des gouvernements de Kiribati.
L’UnitĂ© de gestion des risques de la Banque mondiale a travaillĂ© avec les communautĂ©s cĂŽtiĂšres de Samoa pour Ă©laborer des cartes de risques identifiant les zones les plus exposĂ©es aux Ă©rosions, aux inondations et aux glissements de terrain. Ils se sont ensuite accordĂ©s sur les mesures d’urgence Ă  prendre pour amĂ©liorer les systĂšmes de protection du littoral, y compris le rĂ©tablissement des mangroves, la construction des maisons vulnĂ©rables en retrait de la cĂŽte et la modernisation des digues. Ils ont Ă©galement procĂ©dĂ© Ă  l’évaluation de la vulnĂ©rabilitĂ© des principaux biens publics (aĂ©roport, grandes routes, ponts et  hĂŽpitaux) pour rendre ces infrastructures rĂ©sistantes aux vents cycloniques. Le Cyclone Heta qui a frappĂ© l’Île de Samoa avec plus de violence que le Cyclone Val, mais Ă  une vitesse diffĂ©rente, a donc permis de tester le systĂšme mis en place. AprĂšs le passage du cyclone, les Samoans ont constatĂ© que leurs efforts ont Ă©tĂ© payants, le montant total des dĂ©gĂąts ne reprĂ©sentant que 9% du PIB.

 

«Le cyclone Heta a apportĂ© la preuve que les États des Îles pacifiques ne doivent pas se rĂ©signer devant les changements climatiques et autres menaces de catastrophes naturelles», affirme Idah Pswarayi-Riddihough, spĂ©cialiste en gestion des ressources naturelles de la Banque mondiale. «Avec un engagement de la communautĂ© et de l’ensemble du gouvernement, on peut mettre en Ɠuvre des mesures trĂšs pratiques pour rĂ©duire les risques, sauver des vies et prĂ©server l’économie».

 

Aider Kiribati

Depuis 2003, une Ă©quipe de la Banque mondiale travaille avec la rĂ©publique de Kiribati – l’une des Ăźles les plus vulnĂ©rables et les plus reculĂ©es du pacifique- pour intĂ©grer la gestion des catastrophes naturelles dans tous les aspects de la planification et de la budgĂ©tisation du gouvernement.

 

Dans le cadre de cette collaboration, 2 consultations nationales ont Ă©tĂ© organisĂ©es avec les reprĂ©sentants de chacune des 33 Ăźles de l’État. Elles ont permis d’identifier les principaux risques pour chaque Ăźle et de proposer des mesures d’ajustement, telles que le rĂ©tablissement des mangroves, un dĂ©veloppement moins soutenu dans les zones Ă  risque, une meilleure protection des sources d’approvisionnement en eau potable et l’information des communautĂ©s sur les risques. Les mesures nĂ©cessaires ont Ă©tĂ© catĂ©gorisĂ©es en fonction du degrĂ© d’urgence. La mise en Ɠuvre de certaines mesures nĂ©cessitait des politiques gouvernementales et des lĂ©gislations nationales, tandis que d’autres exigeaient des consultations avec les communautĂ©s et d’autres encore, des travaux immĂ©diats de gĂ©nie civil.

Selon la PrĂ©sidence de Kiribati, coordonnatrice du  programme d’adaptation financĂ© par la Banque mondiale, l’attĂ©nuation des effets des catastrophes naturelles, est une question de survie.

 

«Les questions environnementales, notamment celles en rapport avec les changements climatiques et la montée du niveau de la mer constituent des questions de sécurité pour des pays comme Kiribati qui ont des atolls coralliens et sont situés en dessous du niveau de la mer», affirme Mme Teaa Tira, de la présidence.

 

Une question de survie

«La prĂ©vention des catastrophes naturelles est une question de sĂ©curitĂ© Ă  court terme et de survie à  long terme. En termes pratiques, les mĂ©canismes d’adaptation adoptĂ©s par notre programme ont permis d’informer les populations sur la rĂ©alitĂ© de la menace et de leur fournir des alternatives, leur ĂŽtant ainsi ce sentiment d’impuissance et de rĂ©signation». Mais, «MĂȘme si des avancĂ©es notables ont Ă©tĂ© enregistrĂ©es dans le cadre du programme, il reste encore beaucoup de choses Ă  faire Ă  Kiribati et dans les pays voisins», poursuit-elle.

 

En vue d’informer et d’orienter d’autres pays exposĂ©s Ă  des problĂšmes similaires ou pires, la Banque a publiĂ© un rapport intitulé «Not if but When: Adapting to natural hazards in the Pacific Islands Region» (PrĂ©venir les catastrophes naturelles dans la rĂ©gion des Îles Pacifiques: une urgence) et qui met en exergue les succĂšs et les obstacles en matiĂšre de prĂ©vention des catastrophes naturelles.

 

pacific2
Des incitations perverses 

Selon le rapport, les pays insulaires du Pacifique ont bĂ©nĂ©ficiĂ© d’incitatifs pervers dans la gestion des cyclones et autres catastrophes naturelles. En effet, la tendance des donateurs Ă  payer les frais de reconstruction post-catastrophe, a eu pour effet pervers, d’encourager les pays bĂ©nĂ©ficiaires Ă  se contenter d’attendre les catastrophes et de reconstruire ensuite. M. Alf Simpson, un rĂ©sident des Îles Pacifiques et l’un des 14 experts internationaux qui ont participĂ© Ă  l’élaboration du rapport, affirme qu’il n’y aura pas de changement vĂ©ritable tant que «les donateurs et les gouvernements n’auront pas conscience du danger qu’il y a, de continuer dans cette lancĂ©e ».

 

«Il est de plus en plus Ă©vident qu’on ne peut plus continuer avec l’ancienne approche qui consiste Ă  attendre les catastrophes avant d’y trouver des solutions», dit-il. «Les pays qui investissent du  temps et de l’argent dans la prĂ©vention des catastrophes voient leurs efforts rĂ©compensĂ©s». Mais, alors que les donateurs prĂ©fĂšrent investir dans des projets plus visibles tels que les routes et les Ă©coles, ils encouragent, d’une certaine maniĂšre, les pays Ă  risque, Ă  relĂ©guer la gestion des risques liĂ©s aux catastrophes naturelles au bas de la liste de leurs prioritĂ©s.

 

Appui  de haut niveau

L’un des problĂšmes, et non des moindres dans la rĂ©gion du Pacifique, est le fait que la gestion des catastrophes naturelles relĂšve souvent d’un ministĂšre secondaire ou peu influent alors que les consĂ©quences des catastrophes naturelles sont souvent transversales, impliquant d’autres ministĂšres comme ceux des Finances, du Plan, de la SantĂ©, des Travaux publics, de l’Agriculture et de l’Environnement. Le rapport recommande donc la crĂ©ation, de prĂ©fĂ©rence au sein du Premier ministĂšre, d’une structure centrale, chargĂ©e du Programme global de prĂ©vention des catastrophes et qui dĂ©lĂ©guerait la responsabilitĂ© des aspects liĂ©s aux rĂ©sultats et aux finances, aux agences d’exĂ©cution.

 

«Sans un appui de haut niveau, les meilleures intentions sont vouĂ©es Ă  l’échec», confie Idah Pswarayi-Riddihough, responsable du programme d’adaptation de Kiribati, depuis l’annĂ©e derniĂšre.

 

«Parce que les catastrophes naturelles frappent aveuglement, sans discrimination, chaque secteur doit Ă©laborer son plan de prĂ©vention pour rĂ©duire les risques qui y sont associĂ©s. Ces plans peuvent comprendre plusieurs actions, y compris la sensibilisation des Ă©lĂšves sur ce qu’il faut faire en cas de Tsunami ou le changement du code de construction, afin de rendre les maisons plus rĂ©sistantes aux cyclones».

 

Prévision des changements climatiques

Les prĂ©visions en matiĂšre de changement climatique, font Ă©tat de la vulnĂ©rabilitĂ© croissante de la rĂ©gion des Îles pacifiques. L’intensitĂ© croissante des cyclones et la violence des vagues augmentent l’impact Ă©conomique des catastrophes naturelles dans le Pacifique.

Si l’on en croit les derniĂšres prĂ©dictions en matiĂšre de changement climatique, un pays comme le Fiji, pourrait, en cas de catastrophe naturelle, se retrouver avec une augmentation de 100% des dĂ©gĂąts imputables aux cyclones, 20 Ă  30% d’augmentation d’une Ă©ventuelle Ă©pidĂ©mie de fiĂšvre Dengue, et 9 Ă  15% de baisse de production  des principaux produits agricoles.

 

«Si les pays du pacifique ne prennent pas sĂ©rieusement en compte la question de la prĂ©vention des catastrophes, ce sont les pauvres qui pĂątiront le plus des consĂ©quences des changements climatiques», explique Idah Pswarayi-Ridihough. «Avec la frĂ©quence et l’intensitĂ© croissante des cyclones, l’on risque d’assister Ă  l’inondation des sources d’approvisionnement en eau, Ă  la destruction des produits agricoles et Ă  la propagation des maladies vĂ©hiculĂ©es par les moustiques, d’oĂč l’urgence d’inscrire la prĂ©vention des catastrophes au rang des prioritĂ©s. L’heure n’est plus aux tergiversations, mais plutĂŽt Ă  l’action », conclut-elle.  

 

 

 

 

 

 

Â