| 14 février 2006—Selon un nouveau rapport de la Banque mondiale, l’Amérique latine doit lutter plus vigoureusement contre la pauvreté pour connaître une plus forte croissance et faire concurrence à la Chine et à d’autres économies asiatiques dynamiques. «Au cours des dernières décennies, les performances économiques de l’Amérique latine ont été décevantes et la région est restée à la traîne des économies dynamiques d’Asie » a indiqué Mme Pamela Cox, vice-présidente de la Banque mondiale pour la région Amérique latine et Caraïbes. «La pauvreté, entre autres, entrave la croissance de la région et si l’on ne tient pas compte des contraintes qui pèsent sur les pauvres, il sera difficile de réaliser une croissance élevée». Au cours des années 80, le PIB par habitant de l’Amérique latine a accusé une baisse de 0,7% et a enregistré, dans les années 90, une hausse d’environ 1,5% qui n’a eu qu’une faible incidence sur les niveaux de pauvreté. Ces résultats contrastent avec ceux de la Chine où les taux de croissance annuelle par habitant ont atteint près de 8,5% et la pauvreté a reculé de 42 points de pourcentage. La région qui présente les plus grandes disparités Le rapport intitulé Poverty Reduction and Growth: Virtuous and Vicious Circles, (Réduction de la pauvreté et croissance: cercles vertueux et vicieux) souligne que la croissance est certes indispensable pour combattre la pauvreté mais la pauvreté elle-même menace la croissance des pays d’Amérique latine. L’Amérique latine est l’une des régions du monde qui présentent les plus grandes disparités de revenus, une personne sur quatre vivant avec moins de deux dollars EU par jour. Le rapport examine les effets de la pauvreté sur la croissance. Il découvre qu’une réduction de 10% des niveaux de pauvreté, sans qu’aucun changement n’intervienne dans d’autres domaines, peut améliorer la croissance économique d’un point de pourcentage. Par contre, un accroissement de 10% des niveaux de pauvreté peut faire baisser le taux de croissance d’un point de pourcentage et réduire l’investissement de 8% du PIB. Selon le rapport, cette situation s’explique par le fait que, bien souvent, les pauvres qui généralement n’ont pas accès au crédit ni à l’assurance, ne peuvent mener des activités lucratives qui stimulent l’investissement et la croissance. Cela crée un cercle vicieux dans lequel la faible croissance entraîne une forte pauvreté, et les niveaux de pauvreté élevés limitent la croissance. Il ressort du rapport que les régions pauvres ne disposent pas d’infrastructures et ne peuvent donc attirer des investissements. Les familles démunies, confrontés à des coûts d’opportunité élevés, des écoles en dessous des normes, et qui ont peu de chances d’accéder aux études supérieures, investissent très peu dans l’alimentation et la scolarité de leurs enfants. Les pays pauvres qui affichent d’importantes inégalités subissent des tensions sociales, et dans ces conditions il leur est difficile de mettre en place un bon climat d’affaires. Combattre la pauvreté “Pour passer d’un cercle vicieux à un cercle vertueux, nous devons attaquer la pauvreté de façon à instaurer une plus forte croissance qui à son tour permettra de réduire la pauvreté », a fait valoir M. Guillermo Perry, co-auteur du rapport et économiste en chef de la Banque pour l’Amérique latine et les Caraïbes. « La réduction de la pauvreté est bénéfique non seulement pour les pauvres mais aussi pour l’ensemble de la société ». Le rapport identifie en outre des priorités pour une stratégie de lutte contre la pauvreté susceptible de stimuler la croissance. Il s’agit notamment de: - améliorer la qualité de l’enseignement et accroître les chances d’accès aux niveaux secondaire et tertiaire,
- relancer les investissements dans le domaine des infrastructures,
- élargir l’accès au crédit et aux services financiers,
- maintenir la stabilité macroéconomique, et
- Mettre en oeuvre des politiques sociales performantes.
Etant donné que les pauvres sont généralement défavorisés à bien des égards, précise le rapport, il est important de coordonner les investissements et les politiques publiques dans les différents domaines pour en maximaliser l’impact. Ces types de stratégies s’avèrent particulièrement indispensables pour compléter certaines politiques notamment celles relatives à la libéralisation des échanges qui permettent d’asseoir durablement la croissance et de faire reculer la pauvreté mais qui, à court terme, s’accompagnent parfois d’effets négatifs sur la réduction de la pauvreté et des inégalités. “L’on peut considérablement accroître les bénéfices résultant du commerce si les pays intègrent dans leurs accords des investissements dans le domaine de l’éducation et des infrastructures par exemple, ainsi que des transferts conditionnels en faveur des régions et des paysans pauvres qui peuvent subir les conséquences de la transition. Le rapport révèle également qu’en matière de prospérité, d’importantes disparités persistent entre régions au sein des pays. En 2000, par exemple, le revenu par habitant dans la municipalité la plus pauvre du Brésil atteignait à peine 10% de celui de la municipalité la plus riche. Au Mexique, le revenu par habitant à Chiapas correspondait à 18% de celui de la capitale. |