| Transformer les décombres en matériaux de construction Que faut-il pour nettoyer les dégâts causés par un Tsunami? Les vagues de 34m de haut se sont retirées de Banda Aceh, laissant derrières elles, des terres incultes jonchées de cadavres et de débris recouverts d’une vase noire, épaisse, immonde et fétide.  «C’est le spectacle le plus désolant qu’il m’ait été donné de voir dans toute ma carrière», se rappelle Mme Hendra Siregar du PNUD, l’une des premières secouristes à arriver dans la ville et à commencer le travail de nettoyage.  Les systèmes de gestion des déchets urbains et municipaux – défaillants la plupart du temps- étaient complètement hors d’usage tout comme les 36 camions de transport des déchets municipaux. «A la quantité impressionnante des déchets pourris sous lesquels  la ville croulait, s’ajoutaient tous ces déchets et ordures ménagers que les gens jetaient  pèle –mêle, du fait de l’effondrement du système d’assainissement de la ville», confie Siregar.  Relever les défis Les efforts inlassables des centaines d’organisations auront permis de relever un défi majeur, celui d’éviter d’éventuelles épidémies de maladie dans le contexte fétide de l’après tsunami. Le défi qui se pose maintenant, va au-delà de la simple récupération des millions de tonnes de bois, de détritus, de terres ou de métaux pour en faire des matériaux réutilisables. Il s’agit plutôt de disposer de ces restes de manière écologiquement appropriée, à travers le développement de systèmes modernes et durables de gestion des déchets municipaux. C’est le défi que doit relever le Programme post-Tsunami de Gestion des Déchets (doté de 15,2 millions de dollars EU), un partenariat entre le Dinas Kebersihan, le PNUD et le programme multi-donateur pour la reconstruction d’Aceh et de Nias, administré par la Banque mondiale.  La tâche est titanesque. Banda Aceh, à lui seul, contient près de 500000 à 600000m³ de débris. A Tibang, la vue sur l’un des sites de nettoyage, parmi la multitude de sites temporaires créés au lendemain du Tsunami, semble irréel au regard des gros amas bruns de sable qui s’étendent jusqu’à la mer et qui sont jonchés d’arbres déracinés et de débris des maisons des autres parties de la ville. Un bulldozer y détruit les restes d’un bâtiment tandis que des camions benne, chargés de sable et autres bric-à -brac, y sont stationnés. Dans le cadre de la composante «démolition» du programme, «nous devions passer au bulldozer plusieurs écoles, banques et bâtiments publics qui avaient été sérieusement endommagés au cours du Tsunami», explique Siregar, signalant au passage, la démolition, depuis avril, de 89 bâtiments,  y compris un marché de légumes situé au cœur de la ville.  Le cimetière du Tsunami  |  |  | | Des ouvrier réutilisent les vieux bois |
|  | Chaque jour, ce sont, entre 1500 et 1600m³ de déchets de 2 des dépotoirs temporaires à Banda Aceh, qui sont enlevés, chargés sur des camions-bennes et déversés sur le dépotoir terminal de Gampong Jawa, aussi appelé «cimetière du tsunami». Sur ce site, se trouvent la  majeure partie des 230000m³ de débris enlevés, depuis le début du programme (l’année dernière) et les 47000m³ de déchets municipaux.  «Lorsque que nous avons commencé le travail à Gampong Jawa, le site était immonde, puant et recouvert de mouches», se rappelle une jeune fille d’Aceh qui travaille avec le PNUD et qui est consciente de l’incapacité de la municipalité à entretenir les décharges. Aujourd’hui, le sable déposé par le tsunami est utilisé pour couvrir les sites d’assainissement, permettant d’éliminer les déchets de manière plus hygiénique.  Après avoir nettoyé le dépotoir des ordures et mis en place une cellule pour l’évacuation des déchets, la prochaine étape a consisté à relever le niveau du site afin qu’il  ne soit pas inondé en cas de marée haute. Le site est proche de la mer. Nous avons utilisé les déchets recyclés –béton extrait des débris et broyé par une broyeuse, situé dans un coin du site- afin de relever le niveau du dépotoir de 5m et de construire une nouvelle digue de 3km pour éviter les inondations.  Quelques 7 km de routes ont été réhabilités, y compris 500m depuis la mer jusqu’au port d’Ulee lheu pour faciliter le processus de reconstruction. Les travaux vont bientôt commencer sur le projet intérimaire de réhabilitation de la décharge de Gampung Jawa, un projet qui permettra de disposer de plus d’espace pour l’évacuation des déchets de manière contrôlée et écologiquement appropriée pendant 5 à 6 ans, jusqu’à la construction d’un nouveau site,  hors de la ville.  Emplois temporaires  |  |  | | Des femmes regardent les listes d'emplois temporaires. |
|  | Les activités de nettoyage, de tri et de démolition, dans le cadre du programme, ont permis de créer des emplois pour des personnes pauvres et les déplacés comme Mme Muzaina, cette femme de 36 ans et mère de cinq enfants.  «Nous avons un petit champ, mais c’est la saison morte et je me réjouis de  cet emploi temporaire qui me permet de gagner un peu d’argent pour mes enfants», confie-t-elle. Muzainah et ses amis travaillent sept heures par jour pour une rémunération journalière de 30000 roupies (soit 3 dollars EU) et un déjeuner. Ce sont 1475 personnes qui travaillent chaque jour pour le programme de gestion des déchets à Banda Aceh, Aceh Besar, Aceh Barat et Nagan Raya.  A Gampong Jawa, ce ne sont pas les décombres ou la douzaine de grues, d’excavateurs, de camions-bennes, d’équipements de terrassement et de compacteurs qui attirent l’attention, mais plutôt la quantité énorme de bois qui y constitue la plus grande activité de recyclage. Près de 60% du «bois du tsunami» est en assez bon état pour être recyclé. Il est utilisé pour la fabrication de planches pour les constructions et la confection de meubles, le reste étant utilisé dans la confection des briques et la production du compost.  «Près de 130 ouvriers trient le bois et les clous qu’ils collectent et vendent pour s’acheter des cigarettes ou des bananes», affirme Bukhari, un homme bien connu par son prénom et responsable de l’atelier de menuiserie. 12500m³ de bois ont été stockés, à ce jour. Une partie de ce bois a été remise aux différentes organisations non gouvernementales (ONG) pour la reconstruction des écoles et la confection de meubles.  Tout près de là , il y a un charnier où les ouvriers enterrent les os des victimes qu’ils continuent de retrouver dans les débris. C’est un lieu de silence comparée au reste de cette zone qui fourmille d’activités de reconstruction, en témoignent  les nouvelles maisons en bois construites pour les survivants du tsunami et qui longent la route allant à Gampong Jawa, ainsi que la nouvelle flotte de bateaux de pêches colorés et amarrés dans la crique.     |