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Dans prĂšs de 90 % des pays en dĂ©veloppement, les donnĂ©es statistiques, mĂȘme les plus essentielles, ne sont pas ventilĂ©es par sexe

Un rapport des Nations Unies dĂ©nonce l’insuffisance et la fragmentation des donnĂ©es statistiques de nombreux pays Ă  faible revenu, et indique que mĂȘme pour des domaines essentiels, les statistiques ne sont pas ventilĂ©es par sexe.

La conclusion de The World’s Women 2005: Progress in Statistics, un rapport de la Division statistique des Nations Unies sur la situation de la femme dans le monde, qui est sorti de presse au mois de janvier 2006, est Ă©difiante Ă  ce sujet : au cours des trente derniĂšres annĂ©es, le nombre de pays dont les statistiques nationales prennent en compte de façon distincte la situation de la femme est restĂ© quasiment inchangé ; trĂšs peu d’efforts ont Ă©tĂ© dĂ©ployĂ©s pour mieux cerner statistiquement la condition fĂ©minine.

Le rapport souligne la nĂ©cessitĂ© de renforcer les capacitĂ©s statistiques dans de nombreuses parties du monde. il note que sur les 204 pays analysĂ©s, 26 n’ont organisĂ© aucun recensement de leur population entre 1994 et 2004. Plus de dix pour-cent de la population mondiale habite aujourd’hui dans des pays oĂč aucun recensement n’a eu lieu depuis une dĂ©cennie.

« La collecte de statistiques est un reflet du niveau de gouvernance et de stabilitĂ© d’un pays, » dit Mary Chamie, Chef de la branche « Statistique dĂ©mographique et sociale » de la Division statistique du dĂ©partement des Nations Unies pour les Affaires Ă©conomiques et sociales, au cours d’un panel organisĂ© par la Banque mondiale pour discuter du rapport.

 « En fait, la collecte de statistiques est en elle-mĂȘme un indicateur de dĂ©veloppement : plusieurs des pays dont les services statistiques nationaux sont parmi les plus mal classĂ©s en termes d’organisation d’enquĂȘtes auprĂšs des mĂ©nages Ă©mergent Ă  peine de conflits ; leurs institutions sont encore fragiles et ils ont besoin de programmes spĂ©ciaux pour organiser la collecte des donnĂ©es. »



Mary Chamie

Mary Chamie, Chef de la branche « statistique démographique et sociale » de la Division statistique du département des Nations Unies pour les Affaires économiques et sociales


L’Europe se classe premiĂšre en termes de production de donnĂ©es statistiques ; l’Afrique se classe derniĂšre sur le plan statistique. Avec plus de quarante pour-cent de la population africaine qui Ă©chappent Ă  tous recensements, il est Ă©vident que les rapports statistiques aujourd’hui excluent de nombreuses populations parmi les plus pauvres du monde. 

 



Shaida Badiee, Directeur du Groupe de données développement de la Banque mondiale

«  Les statistiques forment les composantes de base essentielles de tout programme de santĂ© ou d’éducation, de lutte contre la pauvretĂ©, de lutte contre le SIDA ou encore d’approvisionnement de communautĂ©s  en eau potable» explique Shaida Badiee, Directeur du Groupe de donnĂ©es dĂ©veloppement de la Banque mondiale, qui prĂ©sidait les discussions du panel. « Sans statistiques fiables, il ne nous est ni possible d’apprĂ©hender l’étendue des problĂšmes, ni de mesurer de façon adĂ©quate les rĂ©sultats obtenus. »

Le rapport recommande que les gouvernements organisent au moins un recensement tous les 10 ans. Il prĂ©conise aux pays d’établir des bureaux d’enregistrement des actes d’état civil susceptibles de produire de façon durable des statistiques d’état civil, et d’adopter des programmes intĂ©grĂ©s d’enquĂȘtes nationales, afin d’amĂ©liorer de façon durable les statistiques sur la femme.


Inadéquation de la ventilation des données par sexe

Les statistiques nationales, mĂȘme dans les pays oĂč la collecte des donnĂ©es se fait de façon rĂ©guliĂšre, font rarement la distinction entre hommes et femmes, y compris pour des indicateurs pourtant essentiels. Quelques exemples : Pour quatre-vingt-dix  pour-cent de la population des pays les moins dĂ©veloppĂ©s, on ne trouve que rarement des statistiques de mortalitĂ© par sexe et par Ăąge. Pourtant c’est une statistique essentielle sans laquelle il est impossible d’évaluer correctement la mortalitĂ© infantile, maternelle ou celle due au VIH/SIDA. 

 

PrĂšs de la moitiĂ© de la population du monde vit dans des pays oĂč il n’existe pas de statistiques par sexe et par Ăąge de l’activitĂ© Ă©conomique, et prĂšs des trois-quarts dans des pays oĂč il n’y a pas de ventilation par sexe et par Ăąge des donnĂ©es sur le chĂŽmage.

« Ce manque d’intĂ©gration de la dimension genre dans les statistiques revient en fait Ă  avoir exclu les femmes, » explique   Mayra Buvinic, Directeur pour le secteur « Genre et dĂ©veloppement » du rĂ©seau « RĂ©duction de la pauvretĂ© et gestion Ă©conomique » de la Banque mondiale. « Il faut que nous fassions tout ce qui est en notre pouvoir pour assurer une meilleure prise en compte des femmes dans les statistiques utilisĂ©es pour promouvoir la croissance et rĂ©duire la pauvretĂ©. »

Mayra Buvinic, Directeur pour le secteur Genre et développement, auprÚs du réseau réduction de la pauvreté et gestion économique de la Banque mondiale

Pour amĂ©liorer la prise en compte de la dimension genre dans la collecte de donnĂ©es statistiques, le rapport prĂ©conise aux gouvernements de faciliter le dialogue entre les bureaux nationaux de statistiques et les groupements d’intĂ©rĂȘt fĂ©minin et autres parties prenantes, de façon Ă  mieux comprendre et Ă  mieux identifier les diffĂ©rents aspects de la problĂ©matique hommes femmes.

« Si il nous est possible d’avoir des statistiques de football et autres sports Ă  l’échelle mondiale, il est Ă©vident que nous sommes parfaitement capables d’avoir des statistiques qui nous permettent de cerner la condition de la femme, » dit Mme Chamie. « Si les pays sont vĂ©ritablement intĂ©ressĂ©s Ă  mieux comprendre la situation de leur population fĂ©minine, ils trouveront l’argent pour produire les statistiques qui conviennent. Il est temps aujourd’hui de mettre en place des stratĂ©gies de la communication statistique et travailler en Ă©troite collaboration avec les bureaux nationaux de statistiques. »

Suivi des Objectifs de développement pour le millénaire

 

 
Eric Swanson, Directeur de Programme auprÚs du Groupe données de développement de la Banque mondiale

  « Plusieurs statistiques indispensables au suivi des Objectifs de dĂ©veloppement pour le millĂ©naire ne sont simplement pas disponibles aujourd’hui, » dit Eric Swanson, Directeur de programme, auprĂšs du groupe DonnĂ©es de dĂ©veloppement de la Banque mondiale. « Il y a un besoin certain de renforcer la coordination entre les agences multilatĂ©rales et nationales. »

Pour rĂ©pondre Ă  ce besoin, le programme accĂ©lĂ©rĂ© de donnĂ©es de la Banque mondiale s’efforce de mettre en place des mĂ©thodes d’enquĂȘtes dans diffĂ©rents pays, et d’identifier au moins deux points de donnĂ©es au cours des dix prochaines annĂ©es pour les 25 indicateurs associĂ©s aux Objectifs de dĂ©veloppement pour le millĂ©naire.


MĂȘme si le sujet est trĂšs technique,  amĂ©liorer les statistiques est essentiel au processus de dĂ©veloppement. Il est indispensable ce sujet soit abordĂ© par l’ensemble de la communautĂ© du dĂ©veloppement. La Banque mondiale a dĂ©cidĂ© de ne pas rester inactive face aux conclusions du rapport. Elle compte aborder directement certaines des recommandations du rapport, en particulier le renforcement des statistiques nationales et l’intĂ©gration des la problĂ©matique homme femme dans le plan d’action de Marrakech pour les statistiques.

« Il est essentiel que la statistique reste l’affaire de tous, » conclut Mme Badiee. « Il est hors de question, qu’à cause de sa technicitĂ©, ce sujet   reste la prĂ©occupation des seuls statisticiens. »

Ressources :

Le genre au Maghreb

The World’s Women 2005: Progress in Statistics

Site Web, en anglais, de la Banque mondiale sur le développement des capacités

 





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