Site de la Banque mondiale Liens connexes Parmi les programmes de santĂ© publique entrepris Ă lâĂ©chelle mondiale, lâun des plus probants est la vaccination, qui atteint 75 % des 130 millions de bĂ©bĂ©s qui naissent chaque annĂ©e. Mais ce chiffre veut dire que 30 millions de nouveau-nĂ©s ne sont pas vaccinĂ©s, pour la plupart dans les pays en dĂ©veloppement, souligne Amie Batson, spĂ©cialiste senior de la santĂ© Ă la Banque mondiale.  DâaprĂšs la deuxiĂšme Ă©dition de Disease Control Priorities in Developing Countries (PrioritĂ©s en matiĂšre de lutte contre les maladies dans les pays en dĂ©veloppement), qui vient dâĂȘtre publiĂ©e, la rougeole a beau ĂȘtre virtuellement Ă©radiquĂ©e dans lâhĂ©misphĂšre occidental, elle a causĂ© Ă elle seule plus de 348 000 dĂ©cĂšs en Afrique subsaharienne et 239 000 en Asie du sud en 2001. Cet ouvrage est le fruit dâun projet menĂ© conjointement par la Banque mondiale, lâOrganisation mondiale de la SantĂ© et le Fogarty International Center des National Institutes of Health, avec lâappui financier de la Fondation Bill et Melinda Gates.  Selon cet ouvrage, lâAfrique subsaharienne reprĂ©sente 58 % des dĂ©cĂšs enregistrĂ©s au plan mondial du fait de la coqueluche, 41 % de ceux dus au tĂ©tanos, 59 % dans le cas de la rougeole, et 80 % pour ce qui concerne la fiĂšvre jaune. Cette persistance des maladies contre lesquelles il existe un vaccin dans les pays les plus pauvres du monde est lâun des multiples problĂšmes de santĂ© dont traitent ce livre et les deux autres ouvrages qui lâaccompagnent â Global Burden of Disease and Risk Factors (Charge de morbiditĂ© mondiale et facteurs de risque) et PrioritĂ©s en matiĂšre de santĂ© (disponible en sept langues). Le lancement officiel de ces trois publications a eu lieu ce mois-ci Ă Beijing (Chine).  Pour les spĂ©cialistes de la santĂ© de la Banque mondiale, essayer dâĂ©largir la portĂ©e des programmes de vaccination dans les pays en dĂ©veloppement soulĂšve de nombreux problĂšmes. Beaucoup de pays sont trĂšs tributaires des dons pour le financement de leurs propres programmes. Ils ont des budgets limitĂ©s et des rĂ©gions difficiles dâaccĂšs, et Ă cela sâajoute le fait que les nouveaux vaccins capables de prĂ©venir plus dâun million de dĂ©cĂšs dus aux maladies respiratoires aiguĂ«s et Ă la diarrhĂ©e risqueraient de grever encore plus les budgets des pays en dĂ©veloppement.  La vaccination nâest pas accessible Ă tous Les statistiques mettent en lumiĂšre un autre problĂšme, Ă savoir le fait que les vaccins nâatteignent pas tous les enfants dans les pays en dĂ©veloppement. Alors que la vaccination couvre en moyenne 75 % de la population Ă lâĂ©chelle mondiale, le taux de couverture peut ĂȘtre de 10 Ă 20 % seulement dans certains districts ou rĂ©gions, souligne Mme Batson, responsable des services de la Banque dans ce domaine. Et dans certains endroits oĂč des progrĂšs avaient Ă©tĂ© rĂ©alisĂ©s, la situation sâest Ă prĂ©sent inversĂ©e.  Au Kenya, par exemple, le nombre dâenfants vaccinĂ©s est en baisse : selon les statistiques officielles, un peu plus de 59 % des nourrissons Ă©taient totalement vaccinĂ©s en 2003, alors que la proportion avait atteint 79 % en 1993. Dans le cas de la rougeole, la proportion dâindividus vaccinĂ©s est tombĂ©e Ă 51 % en 1998 pour se rĂ©tablir Ă 68 % en 2005, selon le Dr Tatu Kamau, responsable du Programme Ă©largi de vaccination en vigueur dans le pays. Il attribue cette situation en partie au fait que le programme national de vaccination du Kenya Ă©tait trĂšs tributaire des bailleurs de fonds et ne pouvait guĂšre compter sur lâappoint de lâĂtat. Le pays a ainsi fini par manquer de vaccins en 2000 lorsquâun appui majeur des donateurs lui a Ă©tĂ© subitement retirĂ©.  MĂȘme dans les cas oĂč les vaccins Ă©taient disponibles, il manquait au programme le personnel et le matĂ©riel voulus pour en assurer la distribution, ce qui a limitĂ© lâaccĂšs des habitants Ă ces vaccins. De plus, beaucoup de centres de santĂ© et de familles nâavaient pas les moyens de se procurer les aiguilles et seringues nĂ©cessaires. Le Dr Kamau ajoute que, faute de documentation adĂ©quate, mĂȘme cette diminution des taux de vaccination nâa pas Ă©tĂ© totalement prise en compte. La situation sâest toutefois inversĂ©e en 2001 grĂące Ă un afflux de fonds. Selon son responsable, le programme de vaccination peut Ă prĂ©sent financer quatre vaccins sur cinq, de mĂȘme que le matĂ©riel requis pour les administrer. Le taux de couverture contre la rougeole est ainsi remontĂ© Ă 68 % en 2005.  Les fonds en question provenaient de lâAlliance mondiale pour les vaccins et la vaccination (GAVI), qui regroupe, aux cĂŽtĂ©s des pays en dĂ©veloppement et industrialisĂ©s, la Banque mondiale, lâUNICEF, la Fondation Bill et Melinda Gates, ainsi que des organisations non gouvernementales et des fabricants de vaccins. LâAlliance sâest engagĂ©e Ă fournir 1,4 milliard de dollars entre 2000 et 2005 pour les programmes de vaccination dans les pays en dĂ©veloppement. Le Kenya Ă lui seul a reçu 79 millions de dollars.  Faiblesse des systĂšmes de santĂ© Lâun des plus gros problĂšmes qui se posent dans beaucoup de pays en dĂ©veloppement est la faiblesse des systĂšmes financiers et de prestations en place dans le secteur de la santĂ©. « Pour quâun programme de vaccination soit efficace, il faut un systĂšme de santĂ© en Ă©tat de fonctionner, avec un personnel formĂ© et motivé », dit-elle. « Si les systĂšmes ne fonctionnent pas, une bonne partie de la population ne bĂ©nĂ©ficiera pas des vaccins et autres services de santĂ© essentiels ». Les budgets de santĂ© des pays en dĂ©veloppement sont limitĂ©s, fait-elle remarquer. En moyenne, les pays africains Ă faible revenu consacrent moins de 10 dollars par habitant Ă la santĂ©, et certains, comme lâĂthiopie, 3 dollars seulement.  Ces budgets limitĂ©s doivent couvrir tout un ensemble de services et de produits essentiels, quâil sâagisse de prioritĂ©s de santĂ© publique comme la vaccination et la lutte antipaludique ou de soins actifs en milieu hospitalier. Les partenariats comme la GAVI se tournent vers la Banque mondiale pour ce qui est dâaider Ă concevoir une meilleure façon de soutenir les systĂšmes de santĂ© au sens large, dans le contexte des procĂ©dures de budgĂ©tisation et de planification nationales, ajoute Mme Batson. « Le problĂšme, câest que chaque annĂ©e, il y a une nouvelle cohorte de bĂ©bĂ©s quâil faut vacciner : chaque annĂ©e, on doit ĂȘtre au moins aussi bon quâon ne lâĂ©tait lâannĂ©e derniĂšre et, Ă moins que le systĂšme fonctionne, il y a un risque pour eux. »  Un bon engagement de fonds Il coĂ»te en moyenne 17 dollars pour vacciner totalement un enfant, ce qui fait aujourdâhui du programme de vaccination conventionnel lâun des meilleurs engagements de fonds qui soient, explique par ailleurs Logan Brenzel, spĂ©cialiste senior de la santĂ© Ă la Banque mondiale et auteur principal du chapitre du DCP2 consacrĂ© aux maladies Ă©vitables par la vaccination.  Selon elle, les nouveaux vaccins de nature plus complexe risquent dâĂȘtre dâun coĂ»t moins abordable. Ceux qui protĂšgent contre les maladies Ă rotavirus (diarrhĂ©e aiguĂ«) et Ă pneumocoques (infections respiratoires aiguĂ«s), la grippe aviaire ou le VIH/SIDA (Ă horizon dâau moins dix ans, selon Mme Batson) seront plus coĂ»teux que les vaccins traditionnels (ceux contre la rougeole, la polio et le tĂ©tanos, par exemple). « Le coĂ»t fait toujours problĂšme », dit-elle. La communautĂ© internationale fournirait probablement des fonds Ă lâappui des nouveaux vaccins prioritaires pour leurs cinq Ă dix annĂ©es dâutilisation initiale, mais une fois ces fonds Ă©puisĂ©s, les budgets des pays devront prendre le relais.  « Les pays ont dĂ©jĂ un travail difficile pour ce qui est de trouver des ressources nĂ©cessaires pour financer tous les besoins prioritaires en matiĂšre de santé », ajoute-t-elle. « Comment procĂ©der pour faire la part entre des prioritĂ©s comme le paludisme, le VIH/SIDA, la rougeole, la lutte contre la pneumonie, sans parler des soins hospitaliers? »  Mais il peut suffire dâun virus Ă propagation rapide comme celui de la grippe aviaire pour lâemporter sur toutes les prĂ©occupations en matiĂšre de coĂ»ts, note-t-elle encore. « Dâun point de vue global, pour ce qui est bien public mondial, il paraĂźt sensĂ© pour le monde, collectivement, de trouver les ressources voulues pour faire face Ă un problĂšme majeur comme la grippe aviaire. Si on a assez de chance pour avoir un vaccin efficace, lâappui des donateurs pour la vaccination en constituera un Ă©lĂ©ment important ».   |