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Bonne gouvernance et développement : Le moment est venu d’agir

Discours prononcé par
Paul Wolfowitz,
Président de la Banque mondiale,
à Jakarta (Indonésie),
le 11 avril 2006

Il y a 20 ans ce mois-ci, j’arrivais en Indonésie en ma qualité d’ambassadeur des États‑Unis. J’étais loin de savoir à l’époque que j’allais à ce point m’attacher à votre merveilleux pays et être touché par la gentillesse de votre peuple, par sa passion et son courage. J’ai la chance d’avoir noué des liens d’amitié profonds et chaleureux avec un grand nombre d’entre vous, des liens d’amitié qui ont intensément marqué ma vie professionnelle et ma vie personnelle.

 

C’est une joie pour moi de voir beaucoup de ces amis de longue date dans cette assistance, ce soir, et il ne faut peut-être pas s’étonner si c’est en bahasa que me viennent les mots qui traduisent le mieux ce que je ressens aujourd’hui : « pulang kampung ». Je suis ravi d’être de retour une fois de plus en Indonésie.

 

Je tiens aussi à remercier du fond du cœur les deux organisateurs qui ont tant œuvré pour rendre cette soirée possible. Tempo se passe de présentation devant un groupe comme le vôtre : sous la conduite d’individus brillants et courageux, parmi lesquels mes vieux amis Bambang Harymurti, Gunawan Muhammad et Fikri Jufri, Tempo a été à l’avant-garde de la lutte menée en Indonésie pour la liberté d’expression durant toute une génération. Le succès qu’a récemment remporté Bambang devant la Cour suprême vient préserver des valeurs auxquelles la population de ce pays attache énormément de prix, et c’est pour moi un honneur d’être ici pour aider à célébrer 35 années d’efforts persévérants et de résultats remarquables. Le CSIS, quant à lui, a pris une part active au cheminement intellectuel de l’Indonésie au cours de ces trois dernières décennies. Il s’en est constamment tenu aux critères d’intégrité intellectuelle les plus élevés qui soient, même quand il lui a fallu en payer le prix.

 

L’Indonésie a véritablement connu ces 20 dernières années des changements stupéfiants. De 166 millions d’habitants à l’époque où je suis arrivé pour la première fois comme ambassadeur, votre population est passée à 221 millions aujourd’hui. Au cours des 20 dernières années, les Indonésiens ont vu leurs revenus moyens doubler, et la proportion d’individus vivant dans un état d’extrême pauvreté, c’est-à-dire ceux qui n’ont que 1 dollar ou moins par jour pour survivre, a baissé de façon spectaculaire : de 28 % il y a 20 ans à 5 % environ aujourd’hui, bien qu’il nous faille admettre que cela représente encore 11 millions de personnes, soit un nombre bien trop élevé.

 

Il s’agit là d’acquis impressionnants, quels que soient les critères considérés. Ils le sont d’autant plus lorsqu’on prend en compte la crise économique qui a balayé ce pays il y a huit ans. La crise financière de la fin des années 90 a été un cuisant revers pour l’économie indonésienne. En une seule année, de 1997 à 1998, le PIB a baissé de 13 %. Même en s’en tenant à des estimations modérées, l’effondrement de son économie aura coûté à l’Indonésie quelque 40 milliards de dollars. À l’époque, nombreux sont ceux qui estimaient qu’il faudrait beaucoup de temps à l’Indonésie pour se redresser. Certains se demandaient même si elle allait survivre en tant que pays unifié. Au lieu de cela, l’Indonésie s’est rétablie au prix d’une solide reprise économique, et elle a en fait connu une transition démocratique vraiment extraordinaire et pacifique.

 

Certes, il subsiste des problèmes non négligeables et l’économie a encore beaucoup de chemin à parcourir pour tenir ses véritables promesses, mais ces dernières années ont montré que l’Indonésie est à même de surmonter d’énormes défis. C’est une étape clé dans le développement de la démocratie que vous avez franchie avec la tenue consécutive de deux élections présidentielles libres et régulières. Comme le notaient Bambang ainsi que Jusuf, lorsque je suis parti d’ici au terme de mon mandat d’ambassadeur, j’ai lancé un appel à une plus grande ouverture politique dans ce pays, exprimant mon sentiment qu’il n’en avait pas seulement besoin, mais qu’il était prêt pour cela, et les changements à cet égard, bien qu’ils aient pris un certain temps, ont été spectaculaires. La presse, jadis soumise à une censure draconienne, est libre à présent, avec tous les bienfaits et les défis qu’implique une telle ouverture, et je m’associe à la situation de mes homologues au sein du Gouvernement indonésien : c’est une situation parfois difficile, mais c’est ce qui amène votre travail à changer pour le mieux.

 

Le Parlement, qui était jadis un organe au service de l’exécutif, est aujourd’hui le cadre de vigoureux débats et un important contrepoids au pouvoir de celui-ci. Un autre fait tout aussi important est l’émergence d’une solide société civile, qui englobe les organisations religieuses du pays, le système scolaire des pensantren (les internats de confession islamique), une presse qui avait conservé son dynamisme même sous la censure, et un esprit de coopération profondément ancré qui trouve sa traduction dans l’expression javanaise gotong royong.

 

Cela étant, le pays est confronté à d’énormes défis. L’investissement reste faible. Il est d’ailleurs tombé de 30 % du PIB à 20 % depuis la crise, soit bien plus bas que dans les pays asiatiques voisins qui connaissent une croissance soutenue. Il faut à l’Indonésie davantage d’emplois, surtout pour les jeunes qui sont, pour un tiers d’entre eux, au chômage. Par ailleurs, la qualité de l’éducation, des soins de santé et de l’infrastructure laisse à désirer. Et bien entendu, vous n’avez pas besoin qu’on vous le rappelle, la nature est souvent mal disposée envers l’Indonésie. Votre pays se situe dans une région qui est régulièrement la proie des séismes, des éruptions volcaniques et des typhons, mais le tsunami qui a frappé Atjeh et Nias voilà un an en décembre s’inscrira dans les annales comme l’une des pires catastrophes naturelles qui se soient produites en 100 années. Le problème soulevé par le processus de redressement à la suite d’un tel désastre représente un énorme fardeau qui vient s’ajouter au défi déjà considérable posé par le développement.

 

Le Président Yudhoyono et son administration ont fait preuve d’une forte volonté politique pour ce qui est de faire face à ces défis, mais une tâche difficile se présente à eux, qui consiste à passer du stade des résolutions à celui des résultats, et à faire véritablement une différence dans la vie de millions d’Indonésiens.

 

Durant les dix mois qui ont suivi ma prise de fonction à la Banque mondiale, je me suis rendu dans les pays en développement, en Afrique subsaharienne, en Asie du Sud, en Asie de l’Est et en Amérique latine. J’ai rencontré des gens de toutes conditions sociales. Sur tous ces continents on ne peut plus différents, j’ai entendu la même chose : ce que veulent les gens, ce sont des opportunités ; ce qu’ils veulent, c’est un avenir meilleur pour leurs enfants. Mais s’il n’y a pas d’État qui soit à même de tenir ses promesses, d’État qui soit à l’écoute de ses administrés et qui les traite avec équité, ces rêves et ces espoirs ne pourront pas se réaliser. Pour exprimer les choses plus simplement : ce qu’il faut aux gens, c’est un État qui fonctionne effectivement.

 

En un demi-siècle, on en est venu à mieux comprendre ce qui aide les pays à fonctionner d’une manière effective et à assurer leur progrès économique. Dans les milieux du développement, on a une expression pour cela. C’est ce qu’on appelle la bonne gouvernance. C’est pour l’essentiel la conjugaison d’institutions transparentes et responsables, de solides qualifications et compétences, et d’une volonté fondamentale de faire ce qui est juste. C’est tout cela qui permet à un État de s’acquitter de manière effective de son obligation de service envers ses administrés.

 

Un pouvoir judiciaire indépendant, une presse libre et une société civile dynamique sont d’importantes composantes d’une bonne gouvernance. Ils servent de contrepoids au pouvoir de l’exécutif, qu’ils tiennent responsable de la fourniture de meilleurs services, de la création d’emplois et de l’amélioration des niveaux de vie. Certains pays peuvent connaître une croissance pendant plusieurs années sans que soient réunis tous ces facteurs. L’histoire de l’Indonésie tout au long des années 70 et 80 en est une illustration. Mais la crise économique dévastatrice qui a suivi ici montre tout ce que la croissance peut avoir de précaire quand les institutions qui font de l’État une entité à la fois redevable, transparente et responsable sont systématiquement affaiblies.

 

Ce que révèle la crise asiatique d’il y a huit ans environ, et en Indonésie plus clairement que partout ailleurs, c’est que la corruption est souvent à la racine même de ce qui peut expliquer les dysfonctionnements de l’État. Aujourd’hui, l’un des principaux éléments qui menacent le développement dans bien des pays, et ici aussi, je crois, est la corruption. C’est elle qui affaiblit les systèmes fondamentaux, qui fausse le jeu des marchés et qui encourage les individus à consacrer leurs talents et leurs énergies à des fins non productives. À terme, ce sont les États et leurs administrés qui en paieront le prix, sous forme de revenus moins élevés, d’un moindre volume d’investissement et de fluctuations économiques plus marquées. C’est une leçon que l’Indonésie a apprise à ses dépens. La corruption a pour beaucoup contribué à l’effondrement de son économie en 1997 et 1998. Elle se présente aujourd’hui comme un élément majeur faisant obstacle à la réalisation des avancées en matière de développement dont je crois ce pays capable, et que le peuple indonésien mérite.

 

La corruption n’a pas seulement pour effet d’empêcher les institutions publiques de fonctionner correctement, elle entrave également l’essor du secteur privé. C’est ce que l’on entend dire parmi les investisseurs, locaux et étrangers, des investisseurs qui s’inquiètent du fait que, dans les situations de corruption endémique, les contrats ne peuvent pas être exécutés, la concurrence est faussée et l’activité économique a des coûts prohibitifs. Quand ils voient cela, les investisseurs cherchent à placer leur argent ailleurs.

 

Pour vous donner une idée de ce dont on parle, en Indonésie, une enquête auprès des entreprises a indiqué que 56 % d’entre elles, soit une majorité, étaient disposées à payer plus d’impôts, et la moitié d’entre elles, en fait, étaient prêtes à acquitter jusqu’à 5 % de leurs recettes, si la corruption pouvait être éliminée. Quand des hommes d’affaires proposent de payer plus d’impôts pour résoudre un problème, vous savez que c’est vraiment un problème.

 

La corruption est en terrain propice dans les pays où les investisseurs privés font face à de lourdes procédures et à des réglementations excessives. Quand il faut un surcroît de permis pour monter une affaire, un surcroît de signatures pour importer des produits, cela ouvre la porte aux abus de pouvoir et à la corruption.

 

L’un des ouvrages les plus intéressants et utiles que produit le Groupe de la Banque mondiale est ce qu’on a lancé il y a quelques années et qu’on appelle le rapport « Doing Business », qui analyse le climat de l’investissement dans 155 pays différents à travers le monde et établit entre eux un classement selon plusieurs catégories en fonction de la facilité avec laquelle on peut y mener des affaires. Ce type d’analyse a déjà commencé, je crois, à avoir un impact intéressant ici même, en Indonésie. Lorsque le nouveau gouvernement a appris, en 2004, qu’il fallait 151 jours pour créer une entreprise ici, soit le triple de la moyenne au niveau mondial, votre président a annoncé que le délai serait ramené à 30 jours. Nos estimations indiquent que le délai nécessaire pour créer une entreprise est déjà tombé en dessous de 80 jours, et nous avons bon espoir que le gouvernement atteindra son objectif. Cela constituerait un exemple de réussite remarquable.

 

Mais le gouvernement fera face à de nombreux défis. Pour les chefs d’entreprise indonésiens, faire inscrire une entreprise au registre du commerce coûte l’équivalent d’une année de revenu ; et pour obtenir l’ensemble des permis requis, le coût atteint plus de trois fois et demie leur revenu annuel.

 

Mais ce qui constitue peut-être le défi principal concerne l’exécution des contrats. À cet égard, l’Indonésie se situe en bas de l’échelle au plan mondial, en 145e position sur un total de 155. Du reste, le manque de confiance des investisseurs à l’égard du système juridique est l’un des problèmes qui ont ramené les niveaux d’investissement dans votre pays à la moitié de ce qu’ils sont pour vos voisins qui connaissent une croissance rapide

 

L’Indonésie s’attaque déjà à certains de ces difficiles problèmes. Le Président Yudhoyono a lancé une campagne résolue pour lutter contre la corruption en tenant les représentants de l’État responsables de leurs actes à tous les niveaux des administrations publiques.

 

De nouvelles institutions telles que la commission pour la lutte contre la corruption, le tribunal pour la lutte contre la corruption, la commission juridique et Timtastipikor, sont opérationnelles et produisent déjà des résultats. Les institutions comme la commission supérieure de contrôle des finances publiques et le bureau du ministre de la Justice font, quant à elles, preuve d’une énergie renouvelée.

 

Mais encore plus importantes sont les mesures prises, sous la direction d’une équipe économique impressionnante, pour réduire les possibilités de corruption et les incitations en la matière. [L’ancien ministre des finances, Pak Boediono, avait, durant son mandat, entrepris de formuler un plan global de réforme de la gestion des recettes publiques, des systèmes du Trésor, de la fiscalité et des douanes. Aujourd’hui, Sri Mulyani s’emploie résolument à les concrétiser.]

 

Je suis heureux que le Groupe de la Banque mondiale ait fourni son appui en ces domaines et je profiterai de cette visite pour explorer avec les membres du gouvernement les possibilités de faire plus encore.

 

Nous savons que lorsque que l’appareil étatique ne fonctionne pas, l’aide au développement que nous accordons à l’État ne produit pas non plus de résultats.

 

Cela signifie que les enfants ne reçoivent pas l’instruction dont ils ont besoin, que les mères n’ont pas accès aux soins de santé qu’elles méritent et que les pays sont privés des institutions nécessaires à l’obtention de réels résultats.

 

En revanche, lorsque que l’appareil étatique fonctionne de manière satisfaisante — c’est‑à-dire lorsque les pouvoirs publics luttent contre la corruption et confortent le respect des principes du droit — un pays peut, à long terme, aller à jusqu’à quadrupler son revenu national.

 

La Banque mondiale a reconnu que la corruption était un obstacle majeur au développement il y a seulement 10 ans. Depuis lors, toutefois, elle mène les efforts déployés par la communauté du développement pour s’attaquer réellement à ce problème très grave mais longtemps négligé.

 

Nous avons été les premiers à entreprendre des travaux de recherche pour mieux comprendre les causes fondamentales de la corruption. Nous tirons les leçons de l’expérience de pays du monde entier et intégrons des mesures de lutte contre la corruption dans nos opérations, nos études et notre dialogue avec les pays partenaires ; mais nous devons faire plus encore. La lutte contre la corruption exige un engagement à long terme et ne produira pas de résultats instantanés.

 

Nous pouvons, en revanche, compter sur des progrès réguliers aux fins de la mise en place d’institutions transparentes et responsables. C’est pourquoi il faut, pour lutter contre la corruption, une stratégie à long terme permettant de s’attaquer systématiquement et progressivement à ce problème et c’est aussi pourquoi toute stratégie envisagée pour remédier à ce problème doit avoir l’adhésion et l’appui des pouvoirs publics, des citoyens et des entreprises privées.

 

La presse a récemment accordé une certaine attention à diverses mesures que nous avons prises pour suspendre les décaissements de prêts au titre de projets en cours lorsque des problèmes de corruption se sont manifestés. Ce type d’action doit être l’un des instruments de toute stratégie suivie par la Banque mondiale pour faire face à ce problème, mais il n’est qu’un instrument parmi d’autres, et non le plus important. Suspendre le décaissement de prêts au titre de projets posant problème ne profite pas en soi aux groupes de population pauvres. Il faut faire beaucoup plus.

 

Nous avons entrepris d’intensifier nos efforts en matière de gouvernance et de lutte contre la corruption sur trois fronts comme je vais maintenant l’indiquer. Notre démarche cible en premier lieu les pays. Nous nous efforçons de sensiblement élargir la portée de nos efforts de lutte contre la corruption au niveau de nos pays partenaires — afin qu’ils reçoivent l’appui dont ils besoin pour procéder à des réformes. Il faudra, pour ce faire, acquérir des compétences spécialisées dans la lutte contre la corruption et fournir à nos équipes sur le terrain l’appui de spécialistes de la gouvernance. Je demanderai aux agents de la Banque opérant dans des pays présentant des risques élevés de formuler une stratégie pour mobiliser tous les instruments de la Banque mondiale, prêts, dons, travaux de recherche, assistance technique et investissements dans le secteur privé, pour renforcer la lutte contre la corruption. Nous accroîtrons nos investissements dans des domaines essentiels tels que la réforme judiciaire, la réforme de la fonction publique, les médias et la liberté d’information ainsi que dans la décentralisation de la prestation des services publics.

 

La stratégie d’aide du Groupe de la Banque mondiale à l’Indonésie sert à bien des égards de modèle à l’institution toute entière. Cette stratégie met tout particulièrement l’accent sur la gouvernance. Dans le cadre du partenariat que nous avons forgé avec le gouvernement indonésien, nous avons engagé 900 millions de dollars cette année pour renforcer la gouvernance dans le but d’améliorer la prestation de services dans les domaines de l’éducation, de la santé et d’autres catégories de services essentiels, et pour promouvoir un meilleur climat de l’investissement. Nos indicateurs de la gouvernance montrent déjà que l’Indonésie progresse dans la lutte contre la corruption puisqu’elle a cessé de compter parmi les moins performants (elle était 16e en 2002) et se trouve en meilleure position (40e cette année) au classement établi pour environ 200 pays. Plus le numéro au classement est élevé et meilleurs sont les résultats. Le classement de l’Indonésie est néanmoins manifestement trop faible et il faudra faire beaucoup plus ; l’évolution constatée montre néanmoins que des progrès ont été faits et qu’ils peuvent se poursuivre. Dans des pays comme l’Indonésie où l’État est déterminé à lutter contre la corruption, les ressources et les compétences spécialisées donc nous disposons peuvent avoir un réel impact.

 

En second lieu, nous avons entrepris de mettre en place un nouveau système pour minimiser le risque de corruption dans le cadre des projets financés par la Banque mondiale. Nombre des éléments de ce nouveau système ont été créés ici même, en Indonésie, et nous souhaitons ardemment en faire bénéficier d’autres pays. Nous déploierons dans un grand nombre de bureaux extérieurs de la Banque des équipes de lutte contre la corruption qui collaboreront avec les institutions locales telles que les services de contrôle des finances publiques et les commissions de lutte contre la corruption, pour protéger nos projets et renforcer les procédures de passation de marchés publics. Nous avons aussi entrepris de modifier la manière dont nous concevons nos projets, de manière à ce qu’ils prennent en compte, dès le départ, les incitations et les opportunités existantes pour lutter contre la corruption.

 

Durant ce bref séjour, j’ai vu des survivants du tsunami à Atjeh gérer leurs propres projets de reconstruction, j’ai vu des veuves avoir recours à la microfinance pour améliorer les conditions de vie de leur famille, et j’ai parlé à des villageois à Sulawesi qui décident des projets de développement qui doivent être poursuivis. Dans le cadre de tous ces projets, ce sont les communautés qui déterminent les investissements qui doivent être effectués. Ce sont elles qui contrôle les fonds et qui suivent les résultats des projets. Les avantages procurés par chaque rupiah dépensé de cette manière s’en trouvent démultipliés et la corruption a sensiblement reculé.

 

Nous avons entrepris de formuler des stratégies de lutte contre la corruption dans le cadre des projets de la Banque mondiale, et nous les publions sur le web pour que nos parties prenantes puissent constater les mesures prises pour veiller à ce que les ressources ne soient pas détournées. Notre bureau à Jakarta, comme je crois l’avoir déjà dit, est l’un des chefs de file des efforts menés par le Groupe de la Banque mondiale en ce domaine, et je l’en remercie. Nous donnons également à notre Service des enquêtes les moyens requis pour qu’il se dote des effectifs, des compétences et des ressources nécessaires pour dépister les fraudes et enquêter sur les cas présumés de corruption dans le cadre des projets financés par la Banque, en particulier les projets présentant des risques élevés.

 

Troisièmement, nous sommes déterminés à étendre nos partenariats à une large gamme de groupes qui ont tout intérêt à améliorer la gouvernance. L’un des plus importants partenaires est le secteur privé dans le monde entier. Si certaines entreprises peuvent exploiter une gestion des affaires publiques déficiente pour modifier les règles du jeu en leur faveur, c’est le secteur privé dans son ensemble qui se retrouve perdant lorsque la corruption est généralisée et l’État de droit compromis. Cette perte a, à son tour, un impact négatif sur la société en termes de croissance non réalisée et d’emplois non créés. Nous collaborerons plus étroitement avec les entreprises et les particuliers à l’identification de toute utilisation à mauvais escient des fonds alloués aux projets financés par la Banque mondiale dans le secteur privé.

 

Les banques multilatérales de développement sont également des partenaires importants. Leurs directeurs se sont réunis il y a quelques semaines et, à cette occasion, nous sommes convenus de formuler une approche commune pour s’attaquer au problème. Nous nous sommes tous accordés, pour la première fois je crois, à reconnaître qu’il s’agit là d’un grave obstacle à la réduction de la pauvreté, et nous avons entrepris de formuler une stratégie commune pour inscrire sur une liste noire les sociétés qui pratiquent la corruption dans le cadre de nos projets et aussi pour échanger les informations dont nous disposons sur ces entreprises pour que si elles volent l’un de nous, elles ne puissent pas recommencer ailleurs. Il serait souhaitable, à mon sens, que toutes les institutions de développement publient une liste noire des sociétés et des particuliers effectuant des paiements illicites dans le cadre de leurs projets, comme le fait déjà la Banque mondiale.

 

La corruption n’est pas un problème unique aux pays en développement. Les pays développés ont, en ce domaine, d’énormes responsabilités. De fait, tout acte de corruption fait malheureusement intervenir deux parties, souvent davantage, et très souvent les instigateurs viennent de pays développés. Ces derniers doivent faire plus pour maîtriser ce problème. Ils doivent aussi faire plus pour empêcher que des fonds volés ne soient déposés sur des comptes ancaires étrangers et pour tenir les sociétés privées responsables si elles exportent la corruption dans les économies émergentes.

 

La société civile, dans le monde entier, est notre plus important partenaire. Nous travaillerons avec des groupes de la société civile car leur action est essentielle à la responsabilisation des administrations publiques. Je rencontrerai demain les chefs d’organisations musulmanes qui, je pense, sont les plus importantes du monde, et qui représentent des millions de membres répartis dans toute l’Indonésie. Nous examinerons, notamment, comment nous pourrons travailler avec ces importantes et vastes organisations de la société civile pour nous assurer que les dollars d’aide vont aux communautés auxquelles elles sont destinées.

 

Pour conclure, l’application de mesures de coercition ne permettra pas, en soi, de résoudre le problème de la corruption. Ce que nous pouvons accomplir, et les progrès que nous pouvons réaliser, dépendent de la mesure dans laquelle l’État et la société civile sont déterminés à mettre en place le cadre nécessaire à un développement sain, robuste et durable. Les transformations les plus profondes se produisent lorsque les convictions des individus changent et, dans de nombreux pays, la population tolère moins qu’auparavant les actes de corruption. La classe moyenne qui prend de plus en plus d’importance, sans lien de dépendance avec la fonction publique, insiste de plus en plus pour que l’appareil étatique améliore ses performances. L’élargissement des filets de protection sociale peut réduire la mesure dans laquelle les citoyens, mêmes pauvres, dépendent des puissants patrons traditionnels. Enfin, on ne peut que se féliciter de ce que, ici même en Indonésie, par suite des accomplissements sociaux et économiques des 40 dernières années, la population souhaite réellement avoir un appareil étatique fonctionnel. Le peuple indonésien reconnaît qu’une gouvernance transparente et responsable ouvre de meilleures perspectives de réduire la corruption, d’améliorer leurs conditions de vie et de jeter les bases d’un avenir plus souriant pour leurs enfants.

 

On m’a raconté que Nurmahumdi Ismail, qui vient d’être élu maire de Depok, a exprimé les mêmes sentiments en ces termes : « Mon rêve est que les membres de mon personnel changent d’attitude et cessent de penser qu’ils détiennent un pouvoir pour reconnaître qu’ils sont au service du peuple ».

 

Malgré les nombreux problèmes qui demeurent, je contemple avec beaucoup d’optimisme l’avenir de ce grand pays et je souhaite également engager pleinement l’action de la Banque mondiale pour qu’elle lui fournisse son appui en ces temps exaltants.

 

Je me suis rendu ce matin sur la tombe de mon ami Nurcholis Majid, que vous connaissez tous sous le nom de Cak Nur. Sa vie, qui a pris fin de manière prématurée il y a juste quelques mois, est une des raisons pour lesquelles j’aime tant ce pays, et que j’espère tant de son avenir. C’était un homme d’un talent exceptionnel et d’une très grande humanité nourrie par une foi profonde. Lorsqu’il a, brièvement, envisagé de se porter candidat à la présidence il y a deux ans de cela, Cak Nur a formulé dix principes pour la conduite de l’État. Les deux premiers consistent à promouvoir une bonne gouvernance et à faire respecter la règle de droit. J’adhère totalement à ces priorités, non seulement pour l’Indonésie, mais aussi dans les relations du Groupe de la Banque mondiale avec tous ses partenaires. Ce sont là les principes que je partage avec votre équipe dirigeante actuelle et le peuple indonésien, et nous avons toute raison d’espérer beaucoup de l’avenir. Je vous remercie.

 

 





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